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Ingres et ses élèves : Le maître du Néo-Classique fait son retour aux Beaux-Arts

Ingres et ses élèves : Le maître du Néo-Classique fait son retour aux Beaux-Arts

06 mars 2017 | PAR Joanna Wadel

Bien qu’il n’ait jamais quitté l’institution qu’il a présidée en 1829, le maître de la peinture Néo-Classique est à nouveau célébré entre les murs des Beaux-Arts depuis le 26 janvier, avec l’exposition Ingres et ses élèves. Un panel de dessins préparatoires sortis des collections du Musée, concentré révélateur de la beauté exigeante de son œuvre, et de son héritage perceptible au travers des productions de ses célèbres disciples : les frères Flandrin, Bertin et Chassériau. Une rare occasion de contempler l’incroyable précision d’une génération de prodiges du dessin.

Nous connaissons Ingres pour son illustre Odalisque fantasmée, ses portraits de la bourgeoisie de l’Empire, de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. Son réalisme idéalisé d’une beauté hypnotique, faisant revivre l’idéal Achéen a marqué l’Orientalisme et la peinture du XIXe siècle. Ce que l’on sait moins en revanche, c’est que le maître a fait de la reconnaissance du dessin son cheval de bataille, art qu’il considérait comme primordial, inférieur à la peinture, et dans lequel il excellait. Une vocation que l’élève de Jacques-Louis David a cultivé lors de ses séjours à Rome, en enchaînant les ébauches, études et portraits virtuoses de la bourgeoisie toscane et romaine.

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Rassemblée dans l’exiguïté du cabinet Jean Bonna, au cœur des Beaux-Arts de Paris, la sélection de dessins fait face au visiteur. Il s’agit en réalité des croquis préparatoires annonçant des chefs d’œuvres, tels que Jésus remettant les clefs à Saint Pierre. Sur ces feuilles brunies, le trait de plume assuré de Jean-Auguste-Dominique Ingres apparaît, reconnaissable entre tous par sa précision innée, sa maîtrise impressionnante des proportions du corps – peu scientifiques puisqu’il pestait contre l’anatomie – enrichi d’annotations griffonnées à la manière d’un journal. Au menu, des intérieurs classiques comme celui de l’église Praxede à Rome, ou des études de pieds, de mains et de bras qui seront ceux des sujets de ses scènes. L’on perçoit aisément, en fixant tous ces drapés réalisés à la pierre noire et rehauts de craie sur calque, la quête d’un corps idéalisé que poursuivait le peintre, le rêve inaccessible d’une beauté antique retrouvée, mêlant modèles vivants et visions raphaélesques, la parfaite symbiose entre l’art de la Renaissance et celui de l’Antiquité. C’est le même soin du détail que l’on retrouve chez son premier, et sans doute plus célèbre élève, Théodore Chassériau, dont les premières esquisses rappellent celles de son maître. La filiation graphique est présente aussi chez les frères Paul et Hippolyte Flandrin, dont certains croquis poussent à l’admiration. Comme l’Apollon Sauroctone réalisé par Paul, une copie d’antique qui donne, avec de magnifiques nuances pour un résultat quasi-photographique, l’illusion parfaite de la pierre sculptée.

Quant aux autres disciples, chacun d’eux a su développer son propre réalisme, avec autant d’exigence et plus ou moins d’originalité : le splendide Christ descendu de la croix crée par Sébastien Cornu, réalisé à partir d’un modèle vivant pour l’église St Roch est d’une impressionnante beauté. Le peintre s’est également illustré dans les commandes d’allégories sous la IIIe République et de scènes historiques. On reconnaît le style ingresque dans ses visages ronds, ses peaux brillantes et lumineuses, ce lyrisme Hellénique qui se dégage de ses sujets.

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Une autre découverte de l’exposition : les paysages d’Edouard Bertin. Des natures vivantes d’une grande modernité, qui pourraient passer pour des illustrations contemporaines – dont certaines rappellent l’aquarelle – présentant des enchevêtrements d’arbres noueux, de rochers et d’arbustes croqués à la plume et à l’encre.

Exigence, soin du détail et talent sont à contempler dans cette collection sortie exceptionnellement des fonds du Musée, pour les passionnées de dessin et tous les Ingristes, en attendant le retour prochain de l’oeuvre du peintre Romulus vainqueur d’Acron porte les dépouilles opimes au temple de Jupiter capitolin au sein de l’institution.

Ingres et ses élèves jusqu’au 28 avril 2017, Cabinet Jean Bonna des Beaux-Arts de Paris. Entrée libre, participation laissée à la discrétion du visiteur. 

Visuels : Jean-Dominique Ingres, Femme nue couchée et études de têtes et de bras Graphite, don de Mme Valton © Beaux-Arts de Paris – Édouard Bertin, Paysage d’Italie, Graphite, plume et encre brune, lavis brun, rehauts d’aquarelle verte, ocre et bleue sur papier beige, don de Mme Bertin © Beaux-Arts de Paris

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Joanna Wadel

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