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L’affiche parisienne s’expose avec faste au musée Van Gogh d’Amsterdam

L’affiche parisienne s’expose avec faste au musée Van Gogh d’Amsterdam

06 mars 2017 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

Des rues de Paris aux intérieurs bourgeois, l’affiche et l’imprimé provoquèrent au XIXème siècle une «affichomanie» des plus réjouissantes. Les amateurs de lithographies, les lecteurs de journaux à la mode et les artistes peintres collectionnaient les images avec une euphorie aujourd’hui parfaitement restituée par le musée Van Gogh d’Amsterdam, qui leur consacre trois étages et une scénographie immersive : le visiteur se balade tantôt sous les lampions d’un Paris de théâtres et de cafés animés, tantôt sur les épais tapis d’une demeure opulente. On s’amuse beaucoup dans cette exposition construite avec un soin de bibliothécaire et dotée d’une magnifique collection d’images, toutes issues du fonds du musée. Graphistes de tout poil et mélancoliques du vieux Paris, rendez-vous du 3 mars au 11 juin 2017.

C’est d’abord une fierté : depuis 2000, le musée Van Gogh a parcouru les maisons de vente et s’est offert des centaines d’estampes fin-de-siècle, réunissant ainsi l’une des plus belles collections en la matière. L’exposition intitulée L’estampe à Paris, 1900. Éliste et populaire est donc une fastueuse célébration de ces dix-sept années d’achats intensifs, qui aujourd’hui se déploient avec diversité en trois parties : le premier étage est consacré aux collections privées des amateurs bourgeois, le deuxième aux rues de Paris envahies d’affiches et de unes de journaux et le troisième aux techniques de l’imprimerie. Notons tout de suite la grande fantaisie du scénographe de l’exposition, Maarten Spruyt, qui s’est amusé à reconstituer une ambiance parigote. Selon qu’il se trouve dans la partie «élitiste» ou «populaire», le visiteur s’assoit dans de moelleux fauteuils Empire ou sur des bancs typiquement parisiens, entouré de papiers peints à motifs ou de murs recouverts d’affiches et éclairés de guirlandes festives. On entendrait presque un air d’accordéon si les estampes exposées n’étaient pas si fascinantes, et c’est avec un plaisir délicieux que l’on se plonge dans ces images du vieux Paris, balzaciennes vues de la fouille grouillante ou rougissantes représentations de prostituées affairées.

C’est Pierre Bonnard (1867-1947) qui ouvre le bal avec une série de vues de Paris silencieuses : une façade d’immeuble, un paysage haussmannien plongé dans la nuit, quelques passants sur un pont, et voici le décor de Paname planté sous la sublime hauteur du musée d’Amsterdam. Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) est également présent dès les premières notes, bien sûr, lui qui a offert à l’affiche parisienne sa plus emblématique représentation avec Le Chat Noir. Rapidement, on pénètre dans des sortes de chambres où l’on découvre, aux côtés des Maurice Denis, des Edgar Degas, des Félix Vallotton et des Odilon Redon, des malles et des meubles sensationnels destinés à contenir les feuilles collectionnées par les amateurs éclairés ; sculptés finement, ornés d’un cuir coloré, ces contenants de premier ordre sont aussi nobles que les œuvres qu’ils abritaient.

Un escalier et nous voici tout d’un coup à l’extérieur, dans les rues de Paris, là où on danse, chante et crie, là où on lit des journaux satyriques et des feuilles de choux illustrées, là où les murs sont entièrement recouverts d’affiches, transformant ainsi les rues en supports de réclames diverses et variées (sauf qu’elles sont signées Jules Chéret et compagnie, rien à voir avec le paysage urbain d’aujourd’hui !). Le témoignage est vibrant : on comprend rapidement l’influence qu’a pu avoir un tel décor sur les jeunes artistes arrivant de province et d’ailleurs. Infusée de femmes colorées et offertes, la ville est un éloge toujours renouvelé de la sensualité et de la vie nocturne, si festive et subversive. Que l’on soit sans le sou ou grand duc, la joie règne en maître et s’exprime en images.

Un passage par le troisième étage réjouira les amateurs de technique, puisqu’une ancienne presse est présentée entre différents témoignages peints de la vie des imprimeurs. Plus qu’une exposition d’estampes, ce formidable voyage dans la période triomphante de la fin du XIXème siècle se savoure comme un roman qui, selon le bon mot de Stendhal, «est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route».

Informations pratiques : 

Prints in Paris au musée Van Gogh d’Amsterdam
Du 3 mars au 11 juin 2017
Site officiel de l’office du tourisme hollandais

Infos pratiques

Cité de la céramique de Sèvres
Centre Wallonie-Bruxelles
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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