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Intégrale des sonates pour piano de Beethoven à l’Auditorium de Radio France – 2

Intégrale des sonates pour piano de Beethoven à l’Auditorium de Radio France – 2

20 juillet 2020 | PAR Victoria Okada

L’intégrale des sonates pour piano de Beethoven a été donné sans public, du 26 au 28 juin, à l’Auditorium de Radio France. Voici la suite d’un bref aperçu de cette série de huit récitals.
Pour la première partie de l’article, lisez : Intégrale des sonates pour piano de Beethoven à l’Auditorium de Radio France – 1

Le concert du soir samedi 27 est partagé par Jean-Paul Gasparian et Rémi Geniet.
Le jeu de Jean-Paul Gasparian a toujours été dynamique, mais il enrichit ce dynamisme avec davantage de subtilité. Il opte tantôt pour l’intensité des accords, y compris une certaine lourdeur volontaire (« marche funèbre » de la sonate op. 26), tantôt pour un chant tendre et affectueux à l’instar d’une berceuse (thème du troisième mouvement de la 30e sonate). Toujours dans la 30e sonate, il réalise de très beaux phrasés à travers des intonations expressives justes, à chaque moment de la partition.

Rémi Geniet © Jean-Baptiste Millot

Rémi Geniet nous offre les Variations « Diabelli » d’une vivacité réjouissante, avec des changements d’humeur et de caractère très marqué à chaque variation. Il donne ici une leçon de son et de l’équilibre entre différentes voix, grâce à une perfection étonnante. Il revient le lendemain pour l’opus 101, imprégné d’un formidable sens de construction et d’une grande profondeur, presque philosophique. L’expression de sa pensée musicale est si limpide qu’on entre dans son univers sans aucune crainte, ni aucune hésitation.

Sélim Mazari, qui vient de publier un magnifique disque consacré aux variations de Beethoven (chez Mirare, lire notre chronique), nous offre une prestation de haut vol. Le fameux premier mouvement du « Clair de lune » n’est pas opaque ou « impressionniste » comme on l’entend souvent, mais doucement affirmatif. Les Variations « Eroïca » sont magistrales, on sent la conviction beethovennienne à travers son interprétation pleine de fougue et de passion, sans toutefois qu’il ne se laisse emporter par l’ardeur du moment.

Nathalia Milstein se distingue par sa souplesse et son élégance. Ces deux qualités sont particulièrement présentes dans le second mouvement de la sonate n° 27 qu’elle interprète avec un sens mélodique évident. Dans l’« Appassionata », elle fait pleinement sonner l’instrument tout en explorant des possibilités de phrasés subtilement nuancés, notamment dans l’« Andante » où les notes toujours en mouvement à une main et la mélodie ample de l’autre font un très beau ménage.

Au concert suivant, outre Rémi Geniet déjà cité, Gaspare Dehaene et Tanguy de Williencourt offrent des interprétations à caractère et à tempérament très différents. Dans la 2e sonate, Gaspare Dehaene paraît encore timide et réservé, et semble ne pas avoir exprimé tout son potentiel. Tanguy de Williencourt propose avec succès le côté humoristique et espiègle de Beethoven (18e sonate), avec à la fois légèreté et fermeté, alors que dans « Les Adieux », son jeu a un élan symphonique ; on apprécie véritablement des tissages sonores pleins de couleurs, ainsi que différentes voix qui s’entrelacent.

Au concert final, François-Frédéric Guy revient pour jouer d’abord les deux « sonates faciles » ou sonatines. Il les interprète de manière si fraîche que ces œuvres « d’études » que tous les musiciens ont jouées au début de leur apprentissage, se dévoilent sous une nouvelle lumière. Tour à tour pensif, espiègle, étincelant et innocent, les quatre mouvements (deux pour chacune) joué à cette occasion presque d’un seul trait créent une unité si convaincante qu’ils pourraient former une seule sonate. Après le n° 3 en do majeur joyeusement vigoureux, on entend la dernière œuvre pianistique de Beethoven : l’opus 111. C’est un aboutissement, de la vie créatrice du compositeur bien sûr, mais aussi de ce voyage si attendu, d’abord minutieusement élaboré et préparé, puis espéré, suspendu, déçu, et enfin repris avec tant de joie et d’enthousiasme. C’est avec ce coup de maître que cette intégrale s’est terminée, laissant un souvenir inoubliable.

Les enregistrements de tous les concerts sont disponibles sur le site de France Musique.

Crédit photographique : Frédéric François Guy © Caroline Doutre

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