Classique
Disques classiques et lyriques du mois de février 2020

Disques classiques et lyriques du mois de février 2020

29 février 2020 | PAR La Rédaction

Comme chaque mois, les rédacteurs de Toute La Culture ont écrit leurs articles avec des CDs à l’ancienne dans leurs platines. Voici les enregistrements qui nous ont marqués le mois dernier.
Par Yael Hirsh et Victoria Okada

La voix solaire de Chantal Santon Jeffery dans la musique de Rameau et ses contemporains 


La soprano qui vient d’enregistrer le rôle de Zima des Indes Galantes retrouve le chef György Vashegyi, le Purcell Choir et l’Orfeo Orchestra pour un florilège de musique baroque française où sa voix brille à la hauteur du titre : dans « Brillez astres nouveaux », l’on (re)découvre des airs de Dardanus ou des Fêtes d’Hébé de Rameau mais aussi du Carnaval du Parnasse ou des Fêtes de Paphos de Mondoville ou des airs de Bury, Royer, Boismortier, Leclair et Gervais, avec une lumière et une grâce qui nous emportent dans un flot baroque irrésistible. Le chœur est superbe et l’éclat de la voix de Chantal Santon Jeffery n’ a d’égal que la sérénité qu’elle procure. 

Brillez, astres nouveaux! Chantal Santon Jeffery, György Vashegyi, Purcell Choir, Orfeo Orchestra, 1CD Aparté, Sortie le 31/01/2020. YH

L’énergie des mélanges …

L’amour quintette se promène dans les 19e et 20e siècles avec les Smoking Josephine


Sorti le 14 février dernier, l’album L’amour toujours des Smoking Josephine propose un parcours plein de peps dans une répertoire pour quintette à corde qui va de Elgar à Bernstein en passant par Liszt, Prokofiev, Chopin, Saint-Saëns, Falla et Kreisler. Un premier album aidé par une collecte Ulule réussie, sélectionné par FIP et classique d’or RTL. Menées par la violoniste Genevève Laurenceau, Olivia Hughes (Violon), Marie Chilemme (Alto), Hermine Horiot (Violoncelle) et Laurène Durantel Helstroffer (contrebasse) nous invitent à une parade amoureuse, espiègle et virtuose. Elle sont en concert le 1ier mars à la Seine Musicale !

Smoking Joséphine, Amour, Toujours ! , Naïve 60’29 YH

Post-scriptum : le schmalz condensé en miniatures pour violon


Ils lancent la sortie de l’album le 3 mars à Reid Hall où résident les étudiants de plusieurs universités américaines dont Columbia à Paris. La violoniste Marina Chiche et le pianiste Aurelien Pontier rendent hommage aux deux immenses violonistes du 20e siècle : le russe Heitfetz et l’autrichien Kreisler avec 18 miniatures pour violon qui ont marqué Marina Chiche, accompagnées au piano. Ils sont volontiers données en bis lors de récitals mais condensent un maximum d’intensité : « Le bis, c’est alors un post-scriptum musical, où peut se transmettre, en quelques minutes, un message fort, très personnel, qui fait rire, sourire ou pleurer.La cadence est vive », expliquent les musiciens dans le livret. Le rythme enlevé dès les premières notes du « Schön Rosmarin » de Kreisler, et l’intensité est en effet au rendez-vous, aussi bien dans du Mendelssohn ou une mélodie hébraïque d’Achron mélancolique que dans des transcriptions de Heifetz. Le tout est une somme d’impressions virtuoses et joyeuses et un disque finalement très exigeant puisqu’il demande, toutes les 3 ou 4 minutes de se plonger dans un autre univers. A découvrir chez NoMadMusic. Marina Chiche Aurelien Pontier, Post-Scriptum, 1 CD NoMadMusic / Pias, sortie le 3 février 2020, Précommande, ici. 15,90 euros. YH

« A Benny Goodman Story » : Pierre Génisson fait swinguer les classiques. Le clarinettiste Pierre Génisson rend hommage à l’inoxydable Benny Goodman dans un album qui traverse le 20e siècle où le BBC orchestra l’accompagne. Le disque commence par le célèbre hymne « Sing Sing » et propose des versions de classiques du jazz comme le « Chicago » de Sinatra mais donne aussi à entendre le sublime « Ebony Concerto for clarinet and jazz » de Stravinsky, du Copland et du Bernstein. Entre classique et Brass Band, le voyage est complet et nous fait swinguer à chaque note. Pierre Génisson sera en concert avec le BBC orchestra le 7 mars à la Seine Musicale. Pierre Génisson, BBC Orchestra, A Benny Goodman Story, 1 CD Aparté, Sortie le 24/01/2020. YH

The Sound of Trees : un disque très attendu de Camille Pépin


Elle vient de remporter la Victoire de la musique classique catégorie compositeur avec The Sound of Trees, disponible en CD à partir du 6 mars! La jeune compositrice Camille Pépin, née en 1990, effectue une ascension fulgurante depuis 2015, l’année où son Vajrayana, la première pièce figurant dans son catalogue, a été créé à la Philharmonie de Paris. La même année, elle a reçu le Grand Prix Sacem Musique Symphonique dans la catégorie « Jeune Compositeur ». Son talent est aujourd’hui connu de tous : malgré son jeune âge, elle est l’une des figures incontournables de la scène créatrice actuelle.
The Sound of Trees revendique sa filiation avec les maîtres du passé, notamment Debussy qu’elle admire. Le début de l’œuvre est marquée par cette tradition, mais la composition évolue et affirme bientôt sa propre personnalité, avec cette formule rythmique obstinée comme dans ses nombreuses œuvres, avant de revenir à la même sérénité du début. On imagine une forêt entière se réveiller recevant les premiers rayons du soleil, puis, engendre une formidable énergie au zénith et enfin, sauvegarde sa vigueur pour un lendemain encore plus actif… Voilà l’une des images évoquées à l’écoute de cette partition qui dure environ 20 minutes. Les deux instruments « solistes », la clarinette de Julien Hervé et le violoncelle de Yan Levionnois se fondent dans l’orchestre comme deux magnifiques arbres qui font partie du bois. C’est une musique organique dont le sous-sol regorge de vie ! La compositrice a également orchestré quatre œuvres (Hommage à Rameau et Mouvement, extrait des Images pour piano de Debussy, ainsi que D’un soir triste et D’un matin de printemps de Lili Boulanger) ; la délicatesse de leurs instrumentations et la justesse de leur ton confèrent à ces partitions un caractère tout à fait naturel, comme si elles ont été réalisées par les compositeurs eux-mêmes. L’interprétation par l’Orchestre de Picardie sous la direction d’Arie van Beek concrétise ces aspects et c’est avec délectation certaine que nous les écoutons. A découvrir en toute urgence ! 1 CD NoMadMusic, NMM074, durée : 48’36. Sortie le 6 mars. VO L’Orchestre de Picardie sera en concert le mardi 3 mars à 20h30 à la Philharmonie de Paris et le vendredi 27 mars à 20h30 à la Maison de la Culture d’Amiens.

Bon anniversaire Monsieur Ross !


Une étoile filante du clavecin, Scott Ross est né le 1er mars 1951. En 1985, pour la première fois dans l’histoire du disque, il enregistre les 555 Sonates de Domenico Scarlatti. Son look provocateur fait de lui un extraterrestre dans un milieu de la musique classique très… classique, surtout à son époque. Sa disparition prématurée survenue en 1989 fut un événement infiniment regrettable pour le clavecin ; en effet, sans lui, l’instrument n’aurait pas obtenu la place que l’on accorde aisément aujourd’hui. Et s’il était encore vivant, il nous aurait donné encore et encore de belles interprétations… Heureusement, il nous a laissé de nombreux enregistrements. Ses interprétations de Bach, notamment des Variations Goldberg, demeurent une référence. Le label Erato a réédité l’année dernière ce coffret qui rassemble ses bandes sonores de Bach remastérisées dont des raretés enregistrées en concert, provenant des archives de RTS (Radiotélévision suisse) et de l’INA. Quant à son interprétation du Clavier bien tempéré, son extraordinaire inventivité tout en étant fidèle au texte est tout simplement sidérante et évoque indéniablement son génie. Coffret de 11 CD Erato. VO

Tableaux d’enfance, des pièces pour la jeunesse de Kabalevski et Khatchaturian


Dimitri Kabalevski
(1904-1987) et Aram Khatchaturian (1903-1978), deux compositeurs de la Russie soviétique du milieu du XXe siècle, ont laissé des recueils de pièces pour enfants d’une durée, pour la plupart, de 30 secondes à 2 minutes. Bien connues des professeurs de piano, ces pièces, dont certaines sont familières à des apprentis pianistes, restent cependant méconnues d’un public qui ne pratique pas le clavier. Tristan Pfaff s’empare de ces partitions avec intelligence, leur donnant des visages vivifiants et variés. Il ne s’agit absolument pas d’« interprétations modèles » de ces cahiers pour les petits, mais il en fait de véritables cycles avec des expressions multiples ; cette multiplicité de ton, de style, de couleur, ou encore de rythme… que le pianiste met en valeur. Si les deux recueils de Kabalevski sont clairement destinés aux débutants, les Dix pièces pour jeunes pianistes de Khatchaturian requièrent une technique et un sens rythmique aigu, doublés d’humour. Le jeu inspiré de Tristan Pfaff transmet tous ces aspects, tout en restant extrêmement simple. Prochains concerts : 7 mars : Cornillon-Confoux (13) ; 11 et 12 avril : Festival de Piano de Pâques à Biscarosse (40) ; 16 et 17 mai : Printemps musical de la Roche-sur-Yon. 1 CD Ad Vitam, AV191215, durée : 71’41. Sortie le 6 mars VO

Malinconia : Mozart, Beethoven et Hersant par Quatuor Anches Hantées


Le quatuor de clarinettes n’a pas de répertoire constitué au fil de l’histoire, puisque la formation est toute récente. Il nécessite donc soit la transcription d’œuvres écrites pour d’autres instruments, soit des commandes passées à des compositeurs de choix. Cette contrainte peut se transformer en une opportunité inouïe, celle de concrétiser le son spécialement imaginé, de créer des pages de l’histoire spécifique pour cette formation, ou encore de s’approprier des œuvres connues tout à fait autrement. A l’occasion de ses 18 ans, le Quatuor Anches Hantées publie un disque qui incarne cette opportunité, avec la transcription de deux quatuors, de Mozart (n° 15 KV 421 en ré mineur) et de Beethoven (n° 6 en si bémol majeur op. 18 n° 6), ainsi que la création de Huit Esquisses de Philippe Hersant. Les deux transcriptions réalisées par Bertrand Hainaut sont d’une main de maître : on dirait que Mozart et Beethoven ont conçu leurs œuvres pour les clarinettes ! Les huit courtes Esquisses de Hersant sont délicieuses et inventives ; on savoure pleinement différentes sonorités et possibilités de ces instruments à la fois connus et méconnus. Nos quatre clarinettistes, tous des virtuoses, nous transmettent la joie et le désir de jouer, nous surprennent par des expressions inattendues, nous séduisent par leurs dialogues mutuels en permanence. Un aussi beau CD fera honneur à sa discothèque ! 1 CD Anima Records, ANM/190901, durée : 55’56. VO
Le Quatuor Anches Hantées est en tournée aux États-Unis du 22 au 26 avril, puis, dès le mois de mai, sera présente dans toute la France avec le programme Opéra Sans Diva.

250 ans de Beethoven

En cette année Beethoven, les sorties de disques, y compris des rééditions sont nombreuses, et des intégrales (symphonies, quatuors à cordes, sonates de tout genre…) n’y échappent pas. Voici notre première sélection.

François-Frédéric Guy dans les cinq concertos pour piano


On le savait beethovénien depuis longtemps. Avec une dizaine d’intégrales des Sonates dans sa carrière, François-Frédéric Guy est l’un des meilleurs beethovéniens français du moment. Depuis quelques années, dans le cadre de son « Beethoven Project », il s’engage dans le « jouer-diriger », l’art de soliste dirigeant l’orchestre depuis son instrument. Il a ainsi donné, avec l’Orchestre de Chambre de Paris, une intégrale des Concertos de Beethoven en une soirée, le 18 janvier dernier au Théâtre des Champs-Elysées. Dans ces disques, le pianiste dirige l’Orchestre Sinfonia Varsovia. Enregistrés durant le Festival Le Printemps des Arts de Monte-Carlo en mars 2019, les trois CD qui composent ce coffret montrent un extrême dynamisme de l’artiste, qui s’approprie la musique de Beethoven à sa personnalité et vice versa. C’est un véritable amour musical entre eux ! Rigoureux et méticuleux mais sans aucune rigidité, il décortique chaque note, tout en prenant un vrai plaisir qu’il communique à l’auditeur. L’une des particularités de cet enregistrement réside dans le choix de cadences. En effet, pour le 4e Concerto, il interprète celles composées par Brahms, que l’on n’a presque aucune occasion d’entendre ! Les deux esprits fusionnent dans la partition, incarnée par la pensée musicale de François-Frédéric Guy et le tout favorisé par une prise de son claire. Une merveille. 1 Coffret de 3 CD Printemps des Arts de Monte-Carlo, PRI034. VO
Il est par ailleurs le parrain de l’intégrale des Sonates de Beethoven à l’Auditorium de Radio France du 20 au 22 mars prochain, avec des jeunes pianistes français. 

Igor Levit en état de lévitation avec les 32 sonates pour piano


Sorti en septembre dernier, ce coffret fait partie des premières publications dans la commémoration de l’année anniversaire. Le pianiste germano-russe Igor Levit (né en 1987), armé d’une technique spectaculaire, a enregistré les 32 sonates de Beethoven en un temps record (enregistrements effectués en seulement 5 séances, en novembre 2017, en février, juin et décembre 2018 et en janvier 2019, outre les CD 8 et 9 correspondant aux 5 dernières Sonates déjà enregistrées en 2013). Dans un tempo généralement bien allant, son jeu est toujours droit, dépourvu de tout romantisme et de grandiloquence, ce qui donne parfois une impression mécanique et froide. Cependant, sa force et sa dextérité fascinent indéniablement. Son interprétation divise certainement les mélomanes, mais il y a quelque chose qui retient l’attention dans chaque Sonate et on se dit : « Allons voir comment il poursuit ». Et c’est à chacun de trouver ce qui l’attire ! La finition du coffret ainsi que de chaque pochette est soignée et ils sont agréables à manier. 1 coffret de 9 CD, Sony Classical, 190758431826. VO

Les sublimes Variations pour piano par Selim Mazari


Nommé Révélation aux Victoires de la Musique en 2018, l’un des derniers élève de Brigitte Engerer, le jeune pianiste Sélim Mazari (né en 1992) se distingue par un jeu sûr, rayonnant et spirituel. Ce disque consacré à des variations de Beethoven en témoigne. Déjà, le choix des Variations en dit beaucoup pour son audace pianistique, car outre les Variations Diabelli et les Variations Eroica — qui sont d’ailleurs des sommets du genre —, il est rare de trouver ces partitions dans le programme de récitals. Un travail d’orfèvre s’y impose pour l’art de « varier » le thème, afin de montrer différentes facettes créées à partir d’un seul matériau. Il dit à ce propos : « Je me suis pris de passion pour cette écriture qui pourrait paraître en apparence rigide, mais dont l’étude en profondeur recèle de richesses et de surprises. Ce fut pour moi également un exercice de style, une manière de m’approprier la ‘‘manière’’ du compositeur sans pour autant passer par les sonates. Beethoven travaille son matériau, le son, les harmonies, tout cela est un véritable laboratoire qui lui permet de développer son langage, et c’est exactement de cette manière que je me suis efforcé de travailler. » Par ailleurs, sa maîtrise du temps musical, qui n’est pas une simple question de timing, est remarquable ; tout s’enchaîne idéalement, avec un naturel saisissant. Avec ce disque, Sélim Mazari entre dans la cour des grands ! (son interview à venir sur TouteLaCulturec.om)

Sélim Mazari est en concert le 22 mars à l’Auditorium de Radio France dans le cadre de l’intégrale des Sonates pour piano de Beethoven et en mai dans le Concerto de Clara Schumann aux Invalides et en tournée avec l’Orchestre de Picardie. 1 CD Mirare, MIR 488. durée : 62’ VO

visuel: couverture du disque.

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