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Serge Bromberg, ancien directeur du Festival du film d’Annecy, reconnaît sa responsabilité dans l’incendie mortel de Vincennes

Serge Bromberg, ancien directeur du Festival du film d’Annecy, reconnaît sa responsabilité dans l’incendie mortel de Vincennes

24 novembre 2022 | PAR Mai Linh Tang Stievenard

Serge Bromberg, ancien directeur du Festival du film d’Annecy, a reconnu sa responsabilité dans l’incendie mortel de Vincennes en 2020 devant le tribunal correctionnel de Créteil. Plusieurs chefs d’inculpation pesaient sur lui : homicide involontaire, mise en danger de la vie d’autrui et blessures involontaires. 

Une passion inextinguible

Serge Bromberg est à la tête d’une société de production, Lobster Films, spécialisée dans la sauvegarde, la restauration et la distribution de films anciens. Dans un garage de l’immeuble du 30 rue de la Liberté à Vincennes, non loin de la mairie, le cinéphile y entrepose sans autorisation des pellicules anciennes et potentiellement inflammables du fait de leur composition en nitrate de cellulose. Les bobines prennent feu dans la nuit du 10 au 11 août 2020, provoquant un incendie mortel à 1h du matin qui dévaste l’immeuble du 30 rue de la Liberté et se répercute sur l’immeuble attenant du 12 rue Joseph-Gaillard. Le sinistre, qui durera six heures sans que les pompiers ne parviennent à le maîtriser, est aggravé par des conditions de stockage risquées. En pleine canicule, la ventilation est bouchée, l’alarme incendie en panne et la climatisation dysfonctionnelle. Une paroi «coupe-feu» avait été installée, mais n’était en réalité pas équipée d’isolant thermique. Elle a fondu en 30 minutes.

Une quantité de bobines non négligeable

Bromberg avoue qu’au moment du drame, « plusieurs centaines étaient stockées ». Le réalisateur entreposait également plusieurs pellicules dans une ferme isolée en Normandie, fait que le président du tribunal a souligné face à l’accusation portée à l’encontre du Centre national du cinéma et de l’image animée : « Le fait qu’un site en pleine campagne, une ferme inutilisée, puisse être utilisé, ça ne vous a pas traversé l’esprit ? », lui a-t-il demandé. 

Aujourd’hui, le débat au cœur de l’audience est celui du nombre de bobines stockées dans le local, la loi imposant un nombre limité de bobines pouvant être entreposées sans danger. Les enquêteurs estiment qu’au moment de l’incendie entre 1364 et 1935 bobines se trouvaient là, pour un poids allant de 2,5 à 3,6 tonnes. Une quantité non négligeable et risquée pour la sécurité des résidents de l’immeuble. 

« Il a flambé, comme vos bobines monsieur Bromberg »

Proches des défunts et rescapés se sont rendus au procès. Une avocate lit le texte de la mère de la première victime, absente à l’audience : « Mon fils est mort, heurtant le sol après s’être défenestré. Il a flambé, comme vos bobines monsieur Bromberg. Je vais continuer à vivre avec un enfant mort.» La fille de la seconde disparue, morte dans les flammes, a brandi un jeu de clés devant le prévenu : « Ce double, c’est tout ce qu’il me reste de ma mère. Avec les souvenirs heureusement, car tout le reste a brûlé dans l’incendie. Ce traumatisme restera gravé à vie. » Enfin, une même question revient de la part des proches : « Vous qui connaissiez si bien les dangers du nitrate, auriez-vous stocké les bobines dans les mêmes conditions si des membres de votre famille vivaient au même endroit ? ». Bromberg a gardé le silence. 

Le parquet a réclamé quatre ans d’emprisonnement avec une aggravation de peine au motif que le prévenu a maintenu ses pratiques de stockage tout en ayant parfaitement conscience des risques encourus, et ce pour des raisons économiques. 
Bromberg, dos au public, reconnaît son entière responsabilité dans l’incendie : « Je suis le seul responsable de ce drame. Je suis impardonnable. J’ose à peine demander des excuses. »
Son sort sera connu le 24 janvier 2023.

Visuel : © Photo de Serge Bromberg – Wikipédia

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