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Culture café : les meilleurs souvenirs de la Rédaction

Culture café : les meilleurs souvenirs de la Rédaction

06 octobre 2020 | PAR La Rédaction

Alors qu’ils ferment pour au moins 15 jours, nous voulions célébrer ces lieux de partage, de passage, d’écriture et de création que sont les cafés. Une interview magique, une playlist inouïe, un concert impromptu ou une rencontre qui change tout, la rédaction parle de ses coups de cœur culturels au café.

Des souvenirs culturels au café,  je n’ai que ça ! Pendant le confinement l’un de mes amis m’a dit « ce qui me manque le plus, ce n’est pas  d’aller au spectacle avec toi, c’est le verre ensuite avec toi où l’on parle du spectacle ». Cela résume bien l’affaire.  Le café, quand on est critique, est un bureau. C’est au café que j’écris le matin mes papiers quand je suis en festival, au Tom Tip et à l’Halogène à Avignon, et à Paris, c’est au Griffon et à la Fronde que je tapote. Le café c’est le lieu des interviews, et en pensant à cet exercice, le premier souvenir qui est monté est l’un de mes premiers entretiens. C’était au café de l’Industrie en 2013.  Je vois arriver le colosse fragile, Pippo Delbono dont je vois tous les spectacles depuis plus de 10 ans. Bref, je suis fan. Alors, on a parlé de sa mère, de Pina, de la mort, de la vie quoi. Le prétexte était alors son film Sangue.

Amélie.

Le premier souvenir qui me vient, c’est le café au coin de ma rue « Jean-Jacques Rousseau », quand je suis arrivée à Paris à 17 ans. Le « Café des Initiés », ce fut pour moi la découverte d’une nouvelle forme de sociabilité, de gens venus de tous horizons, qui partageaient des moments d’humanité, discutaient de tout et de rien, avec des élans de profondeur inattendus. Ce café, j’y ai travaillé, préparé des sandwichs dans une petite guitoune à l’extérieur, servi des cafés. J’y ai partagé des moments amicaux et musicaux avec son chef, Laurent. Et il portait bien son nom, ce café, ce fut mon initiation à la vie, tout simplement. Puis je suis partie à l’étranger, et quand je suis revenue, le café s’appelait toujours ainsi, toujours ouvert, juste à côté de la Bourse du Commerce. Sauf que les propriétaires avaient changé, les temps aussi, j’avais grandi, et le café des Initiés pour moi n’est plus, sauf dans mes souvenirs. Pour moi, c’est Chantal Thomas qui en parle le mieux, dans Cafés de la Mémoire.  

Géraldine.

Ai-je un café préféré ? Oui, celui où l’on fait des rencontres ! Car c’est cela l’âme de nos cafés : le partage ! C’est l’endroit où l’on se donne rendez-vous pour interviewer des artistes : la compagnie La Cabane (par deux fois ici et ici), pour sa soif insatiable d’écrire et de jouer, le Collectif ALT, pour sa passion pour les textes de dramaturges (ici), Elena Serra, à qui je dois ma découverte du pantomime (ici)… et bien d’autres. Le café, c’est aussi le lieu qui nous sert de refuge et de QG, celui où on prend sa dose de caféine pour rester aux aguets, celui où on se pose avant ou après un spectacle, une exposition…, celui où l’on surprend quelques bribes de conversation, quelques sensations du public, des artistes… sur ce qu’ils viennent de vivre… Un café, c’est tout cela et bien plus encore ! Mais pour l’instant et pour 15 jours, nous voilà contraints à l’errance, sans port d’attache où s’ancrer, ne serait-ce qu’un instant…

Magali 

Les cafés et les bars… que de souvenirs! Les cafés, qui m’ont si souvent servi de lieu de rendez-vous pour un entretien avec un ou une artiste. Je me souviens d’une heure formidable passée à discuter avec Chloé Dabert au Valmy, juste au moment de sa nomination à la Comédie de Reims… Et tellement d’autres rendez-vous ou réunions improvisés, pour mettre sur pied de nouveaux projets, pour inventer de nouveaux objets… Définitivement, ce sont des lieux de travail, autant que ce sont des lieux de plaisir ! Que d’articles tapés sur un coin de table, particulièrement en festival, où un moment de calme entre deux représentations permet de jeter quelques idées, voire de boucler une publication ! J’aime beaucoup lire dans les bars également, l’après-midi de préférence quand les choses sont calmes. Il y a un délice tout particulier à tourner les pages d’un roman envoûtant, calé bien au chaud sur une banquette, tandis que les gouttes froides d’un novembre gris frappent les vitres. Et cela vaut aussi quand les portes et les fenêtres laissent passer la brise tiède d’une belle journée de juin. Je me souviens d’y avoir fait la rencontre de Coelho et de Kundera, plus tard de Murakami… je crois que je pourrais prendre mes allongés en plus mauvaise compagnie!

Mathieu

Que seraient le théâtre ou le cinéma sans café ? Rares sont les films que je vais voir sans prolonger leur visionnage d’une longue conversation autour d’un verre. Cette discussion fait intégralement partie de mon expérience de spectatrice. Et, comme le vin délie les langues, la légère euphorie liée à son absorption est la voie ouverte aux multiples exégèses, parfois contradictoires, parfois – il faut bien l’admettre – plus que hasardeuses. Si une œuvre n’existe que par sa réception, c’est bien ce lieu de sociabilité par excellence qu’est le café qui lui confère cette existence.

Lieu de rêverie solitaire, aussi. Lors de projections presse, j’arrive volontiers au cinéma une bonne demi-heure avant la projection. C’est alors l’occasion de (re)lire le dossier de presse. Autour d’une tasse de café et d’un croissant, j’imagine le film que j’aurai la chance de découvrir. Aurai-je, comme je l’espère à chaque fois, une véritable révélation ? Serai-je au contraire déçue par un propos trop convenu, une caméra trop académique, un jeu artificiel ? Ou découvrirai-je un chef d’œuvre ?

Lieu de rêverie et de sociabilité, lieu de cocooning et d’ouverture sur le monde, le café ouvre, comme une œuvre d’art, sur un monde où l’union des contraires est la norme.

Julia

En 2008, quand je suis arrivée pour écrire ma thèse à New-York, le climat était assez angoissant avec la grande crise économique qui a frappé la ville de plein fouet. Je quittais chaque soir le campus de l’université où je vivais, me réfugiais à la bibliothèque et enseignais, pour aller chercher un peu plus de mouvement au cœur de Manhattan. Et proche du Washington Square Park, sous ses vrais-faux dehors art nouveau (c’est vraiment un des cafés les plus anciens de New-York), j’adorais aller au Cafe Reggio. D’abord parce que la café était vraiment délicieux et ensuite parce qu’on y sentait comme un vent nostalgique du New-York des cartes postales des années 1950. Au sud de Broadway, j’y avais souvent comme voisins des acteurs ou réalisateurs que j’admirais comme Spike Lee ou Philip Seymour Hoffman. Je me cachais en général derrière mon livre sans oser aller leur parler mais j’avais un peu l’impression que cette ville intimidante, et finalement plus vieillotte et strictement codée que ce à quoi je m’attendais, pouvait m’adopter.

Yaël

Parisien depuis seulement deux ans, et encore, j’habite à Saint-Denis, les cafés de la capitale sont encore empreints de mystère pour moi. Quand je vois tous ces gens en rang d’oignons, un coude sur leur table ronde, une clope à la main, faisant face à la rue, le regard rivé sur le flux incessant de voitures et piétons tous.tes plus préssé.es les un.es que les autres, je me dis que parfois les clichés ont du vrai. Mais, loin de s’arrêter au périph, cette tradition s’exporte jusque dans les confins de l’Auvergne. À Clermont-Ferrand, d’où je viens (on n’est pas tous parfait), le bar des Beaux-Arts, juché en face des anciens .. Beaux-Arts (faut pas faire compliquer là-bas, le froid, ça ralentit) a vu toute la jeunesse se confondre pendant toutes ces après-midi où la seule occupation se résumait à boire des noisettes, fumer nos premières roulées, débriefer les soirées de la veille, et .. regarder les gens et les voitures passer (un peu plus lentement, avouons-le). Comme quoi, tout se ressemble, hormis que là-bas, les tables sont carrées.

Pierre

Le bar, le lieu auquel j’ai envie de penser comme un lieu de mise à part temporaire vis-à-vis du monde, servant aux mises au point. Souvent avec une personne à laquelle je tiens, j’ai tous l’espace physique et sonore pour l’écouter au sens plein du terme. « Histoire d’oublier un peu le cours de ma vie »… Souvenir du Père Tranquille, à côté du Forum des Halles, où il me semble que dans le temps Jean-Luc Lagarce écrivit beaucoup son journal. Ou de son voisin, le Bon Pêcheur, qui vit passer plus d’émotions lui, entre devoirs d’université à finir – du temps où le bar avait encore son ancienne forme – ou rendez-vous orageux avec le sexe opposé (après la rénovation, ça).

Geoffrey

Visuel : ©ABN

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La Rédaction

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