Opéra
Ho jo to ho ! À Berlin, le nouveau Ring de Stefan Herheim commence avec la Walkyrie

Ho jo to ho ! À Berlin, le nouveau Ring de Stefan Herheim commence avec la Walkyrie

06 octobre 2020 | PAR Nicolas Chaplain

La Deutsche Oper de Berlin peut se féliciter d’être un des rares endroits – le seul ? – à conjurer le sort et proposer, malgré la pandémie, un opéra de Wagner avec mise en scène, orchestre complet et figurants.

C’est le metteur en scène Stefan Herheim qui signe le nouveau Ring qui succède à celui de Götz Friedrich présenté depuis 1984 sur la scène de la Deutsche Oper de Berlin. Il est difficile, sans avoir vu L’Or du Rhin (premier volet de la tétralogie reporté en juin 2021) de saisir exactement ce que veut nous dire Herheim.

Sur scène, des personnes en fuite, des réfugiés errent dans un décor sombre et apocalyptique constitué de tas de vieilles valises. L’équipe dramaturgique semble donc vouloir proposer une réflexion sur un thème contemporain, celui des millions de personnes en fuite dans le monde. Un chien-loup traverse le plateau. Au centre de cet espace abandonné, se trouve un piano à queue de concert, symbole de l’art, de la création, de la culture, du pouvoir de la musique, du compositeur de génie qu’est Richard Wagner.

Les réfugiés – hommes, femmes et enfants – rassemblés autour du piano réveillent alors les figures mythiques, les fantômes de l’opéra. Les personnages, Wotan, Brünnhilde, Sieglinde apparaissent alors et disparaissent par le piano qui s’envole également et tourne sur lui-même dans les airs. L’épée Nothung est coincée dans l’instrument. Le peuple de migrants découvre ainsi cette mythologie fondatrice et les destins analogues des héros rebelles, vulnérables, marginaux et fugitifs. Ils deviennent les créateurs, participants d’une expérience communautaire en assistant à la résurgence de la Walkyrie avec les moyens du bord.

Cela pourrait expliquer l’esthétique de bric et de broc, les costumes datés, les encombrantes lances en plastique, les plastrons et casques à plumes ainsi que les effets visuels cheap et kitsch, les draps agités pour faire des flammes, les valises qui s’envolent dans les cintres, les vidéos très moches…

La scène immuable lasse. Les chanteurs coincés dans un espace scénique restreint tournent en rond. L’actualisation en demi-teinte, le choix de l’intemporalité et le peu de symboles déçoivent.

Le principe de la mise en abyme n’est pas très original. Une partition de l’œuvre circule, les figurants semblent ne pas être prêts et les interprètes des walkyries non plus quand, sans costumes, elles lisent la partition alors que le rideau se lève et que les premières notes de la chevauchée se font entendre. On retient cependant de la mise en scène de Herheim quelques inventions ou originalités tapageuses comme le viol des walkyries par les héros ensanglantés ou encore la présence de l’adolescent, fruit du couple que forment Hunding et Sieglinde ; celle-ci l’égorgera pour vivre sans obstacle son amour avec son frère jumeau.

Donald Runnicles opte pour des tempi lents, très lents, des sons beaux et doux, sombres mais peu (pas assez) sauvages. La tension n’explose jamais. Brandon Jovanovich est un Siegmund ardent et héroïque, très impliqué théâtralement. Lise Davidsen (Sieglinde) possède des moyens vocaux puissants et impressionnants mais son chant est plutôt monolithique. Nina Stemme est une Brünnhilde merveilleusement subtile, épanouie et touchante, rebelle et cependant en proie au doute. La chanteuse ose des couleurs ahurissantes, des nuances poignantes. Une belle et vraie intimité existe dans les scènes avec son père Wotan (John Lundgren).

Sur le piano à queue, Sieglinde donne naissance à son fils Siegfried. L’obstétricien a les traits de Richard Wagner. Ainsi se termine la Walkyrie.

Photo : DIE WALKÜRE, Mise en scène: Stefan Herheim, Premiere: 27.9.2020, copyright: Bernd Uhlig

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Nicolas Chaplain

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