Opéra
Une Giovanna d’Arco rare et bienvenue à l’Opéra de Metz

Une Giovanna d’Arco rare et bienvenue à l’Opéra de Metz

06 octobre 2020 | PAR Paul Fourier

À l’occasion du 800e anniversaire de la cathédrale de la ville, l’Opéra de Metz monte Giovanna d’Arco. Une rare occasion d’entendre ce bel opéra de Verdi.

Certes précédée par Nabucco qui a rencontré un vif succès, Giovanna d’Arco est encore une œuvre des débuts pour le compositeur Verdi, alors âgé de 32 ans lorsque l’opéra est créé en 1845 à la Scala de Milan. Musicalement très belle, elle souffre, en revanche, d’un livret qui malmène l’Histoire et peine à apporter consistance à ses personnages. L’invraisemblance de certaines situations, une relecture du mythe surprenante aujourd’hui (rappelons-nous que Jeanne d’Arc n’acquit son statut actuel, à la fois sacré et national, qu’au XIXe siècle) donne à cette histoire un caractère particulièrement irréel.
Dans son livret (largement inspiré de La pucelle d’Orléans de Schiller), Temistocle Solera dépeint une Giovanna-Jeanne aux caractère et comportement instables, amoureuse de Carlo-Charles VIII, accusée de sorcellerie par son père (probablement parce qu’il fallait, selon la tradition, un « méchant » baryton) et finalement expirant, victime de son héroïsme sur le champ de bataille.
Le format vocal exigé par Verdi pour l’héroïne inscrit cette vierge guerrière dans l’héritage du bel canto (la créatrice du rôle, Erminia Frezzolini, fut notamment l’interprète de Beatrice di Tenda et de Lucrezia Borgia), mais demande aussi une certaine vaillance dans les passages héroïques. Patrizia Ciofi, à qui Paul-Emile Fourny, le directeur du lieu et metteur en scène de la production, l’a proposé, rajoute donc le rôle à son répertoire. S’il faut reconnaître que la voix est parfois tendue dans certains passages, que l’assise sur les graves fait parfois défaut, la soprano retrouve facilement ses marques dans les parties angéliques de l’œuvre. Grande technicienne et spécialiste du bel canto, Ciofi s’impose, par son chant piano et son art des nuances, dans les passages de prière ainsi que lors de la scène de son trépas.
Jean-François Borras, pourtant guère aidé par un livret qui en fait un personnage assez sommaire, campe un Carlo solide, fort de sa belle voix riche et franche qui le confirme comme l’un des actuels ténors français de référence. Il sait ainsi imposer à la fois l’autorité du roi et sa faiblesse face à cette Giovanna qu’il aime. La déception vient du Giacomo interprété par Pierre-Yves Pruvot dont le timbre est certes encore séduisant, mais dont la voix souffre d’un vibrato envahissant. Héritant d’un personnage aussi inquisiteur que changeant, il réussit néanmoins à convaincre, au début de l’acte II, dans le Speme al vecchio, plainte émouvante de ce vieillard hystérique et dérangé.
Dans un rôle court, Giovanni Furlanetto défend, quant à lui, le rôle de Talbot avec un très beau panache.
Pour mieux éclairer cette intrigue compliquée, Paul-Emile Fourny joue habilement du recours aux vidéos – fort bien réalisées – vidéos qui permettent de changer facilement de lieux et d’univers ; de passer ainsi de Domrémy à Reims et à sa cathédrale, pour terminer sur le champ de bataille. Le procédé permet également de mettre l’accent sur l’aspect fantasmatique de bien des aspects de l’intrigue et du caractère mystique de Giovanna.
Combiné à l’esthétique très « comics » des costumes impressionnants conçus par Giovanna Fiorentini, ce procédé, insuffle une incontestable distance – voire même une certaine ironie – face aux aspects caricaturaux de cet imbroglio.
Roberto Rizzi Brignoli dirige l’opéra avec toute la fougue exigée pour cette œuvre « de jeunesse » de Verdi. Pour des raisons de distanciation, l’orchestre est placé bien au-delà de sa fosse sur les premiers rangs du parterre. Si cela modifie forcément et sans grands dommages l’acoustique générale, on est, toutefois, un peu interpellé par la façon dont sonnent les instruments à vent.
Quant au chœur de l’Opéra-Théâtre, acteur à part entière fort présent dans cet opéra, il est de très haute tenue dans ces moments de tension qui sont autant d’empreintes du talent de Verdi, artiste encore en devenir, mais bientôt incontestable génie musical.
Avec cette production, l’Opéra de Metz démontre que la ténacité des directeurs d’opéra et des artistes porte ses fruits et que, même sur le fil, sous la menace permanente de l’annulation, ceux-ci, bien malmenés par les évènements, arrivent à mener une entreprise de qualité à bon port.

Visuel : © Luc Bertau – Opéra-Théâtre de Metz Métropole

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Paul Fourier

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