[Live report] Damian Marley, The Last Shadow Puppets & Flavien Berger à Rock en Seine

27 août 2016 Par Bastien Stisi | 0 commentaires

Du côté de la Porte de Saint-Cloud, on ouvrait hier et sous une canicule forcément étouffante (times are changing : l’an passé, c’était k-way et bottes de pluie) l’édition 2016 de Rock en Seine, ce festival qui, dans l’esprit de chacun (et surtout dans celui de la prolixe industrie du disque) est toujours synonyme de grande rentrée des classes.

Damian Marley : au nom du Père

Et cette rentrée, on la fait d’abord avec le meilleur élève de la fratrie Marley, Damian « Jr. Gong » en l’occurrence , lui qui a su depuis ses débuts en 96 et surtout, depuis le succès immense de son album Welcome to Jamrock (et du single éponyme qui en est issu, évidemment joué hier), perpétré l’héritage énorme qui a forcément atterri sur ses épaules au moment du dernier souffle de son géniteur « God » Marley, et qui a su en même temps bâtir une discographie plus dancehall (et même « brostep », comme sur cette dernière collaboration avec le producteur Skrillex) et singularisé, comme en atteste l’entonnement de ces tubes (« Welcome to Jamrock », « Road to Zion », « Beautiful », ou ce sample du « Sabali » d’Amadou & Mariam) qui ne sont pas l’œuvre de Papa, mais bien celles de Junior. Bon, évidemment, les tubes de Papa Bob, lorsqu’ils sont repris, marchent pas mal aussi (quel gros kiff d’entendre « Could You Be Loved » en live, quand même).

On passe alors, gros écart, de l’incantation rastafari à l’électro pop galipettes-confettis, et à celle véhiculée par les Two Door Cinema Club, ce trio nord-irlandais au son absolument calibré pour les shows XXL et les très grandes scènes de festival (comme hier soir) et qui, comme attendu, dynamiteront la Grande Scène du Parc de Saint-Cloud via cette pop sourires-refrains faciles-riffs entêtants avec un savoir-faire évident. Des morceaux anciens issus de ces deux premiers albums tous deux sortis chez Kitsuné (« What You Know », « Something Good Can Work », « Handshake », « Someday »), des récents (« Bad Decisions », qui annonce sans doute un troisième album pour bientôt), et beaucoup de bonne humeur. Tout se ressemble ? Peu importe : les sourires que peuvent porter les humains sur le visage aussi, finalement.

Moins percutant malgré une bonne volonté évidente, le live des Birdy Nam Nam qui intervient ensuite sur la Scène de la Cascade, quatuor devenu trio depuis le départ de Pone il y a deux ans et dont les morceaux issus du prochain album – Dance or Die, qu’on avait écouté en exclu et en studio avec le groupe mais qui tarde à venir – auront bien du mal à faire vaciller un public tout de même plus attentif aux morceaux d’hier (« Goin’in », « Defiant Order », et bien évidemment le cultissime « Abbesses » et ses cordes malades), et dont beaucoup, aussi, seront déjà tournés vers la grande attente de la soirée, ce live des Last Shadow Puppets sur le point de débuter quelques instants plus tard sur la Grande Scène, absolument blindée.

Alex, Miles, Flavien : charmes contraires

Alex Turner et Miles Kane, parce qu’ils font partie des derniers représentants d’un certain esprit que l’on se risquera à nommer « rock and roll », arrivent ainsi sur le site quelques instants à peine avant le début de leur live (on nous le glisse dans l’oreillette). Pas de balances donc pour les deux Anglais, mais pas de pression non plus : le live que le leader d’Arctic Monkeys et celui des Rascals livreront, aux côtés de ces cordes qui viennent donner une ampleur bénéfique au tout, s’avérera calibré au centimètre près, comme si les deux garçons, dont les mimiques scéniques rappellent parfois la bromance des Libertines Doherty et Barât (à l’affiche de Rock en Seine l’an dernier), jouaient l’un à côté de l’autre depuis des années entières. Beaucoup de sex-appeal, des pauses pour les photographes, et un rock d’une élégance évidente qui livrera ses meilleurs tubes (« Bad Habit », « Aviation », « Dracula Teeth », « The Age of Understatement ») et même celui d’un autre (« Le Cactus » de Dutronc), et contentera tout le monde.

Tout le monde, sauf peut-être ceux qui aiment associer, curieuse idée s’il en est, l’idée de live à celle de prise de risques, et à l’idée, parfois, que les imperfections sont aussi synonymes de charmes. D’un charme fou même. Comme celui de Flavien Berger et de son immense Léviathan (notre album favori de l’an passé), qui livrera sur la scène Pression Live le live le plus audacieux (et donc le meilleur, par essence ?) de cette première journée de Rock en Seine.

Audacieux, et c’est toujours le cas chez le pensionnaire de l’écurie Pan European (Koudlam, Judah Warsky, Poni Hoax…), car un live de Flavien Berger ne ressemble jamais à un autre de Flavien Berger. Et ces lives, bien sûr, ne ressemblent pas forcément à ce que l’on trouve sur l’album. Les boucles, les textes, tout est retravaillé, improvisé peut-être même parfois, véritables cadavres exquis reconstitués à l’aide d’une écriture automatique parfois bancale, souvent très drôle, toujours emplie d’une poésie évidente. Si Tristan Tzara avait fait de la pop, et bien ça aurait certainement sonné de cette manière-là.

Alors, on aurait sans doute aimé que l’on nous laisse la possibilité de répéter, puisque les formats des morceaux de Flavien Berger répondent tout de même à un format pop (textes + mélodies + refrain = chansons qu’il faut chanter), les paroles de « La Fête Noire », d’« Océan Rouge » ou de « Gravité ». Mais, comme si tout ça ne devait pas vraiment être sérieux, on les trafique un peu, ces petits tubes-là. Comme s’il fallait pas qu’on puisses les chanter comme dans un concert avec des briquets allumés. Que c’est bon, répétez pas mes morceaux, ça me gêne un peu là. « Léviathan », le morceau cataclysmique et fabuleux qui clôture cet album du même nom, sera pour sa part interprété de manière intégrale. Avec des violons à la fin pour pouvoir caresser avec toute la grâce nécessaire le flanc de ce grand Léviathan. Flavien, lui, viendra prendre un bain de foule sympatoche pour terminer tout ça, sur le magnifique « Trésor ». « Les mains sur les sols, les yeux dans les yeux ». Et l’esprit, qui, après avoir salué la singularité de ce live-là, se tourne vers la deuxième journée de cette édition de Rock en Seine que l’on passera en compagnie de La Femme, de Sigur Ros, de Massive Attack.

La programmation complète, à ce sujet, est ici.

Visuels : (c) Robert Gil


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