Electro
On a écouté, en studio et en exclu, le prochain album de Birdy Nam Nam avec Birdy Nam Nam

On a écouté, en studio et en exclu, le prochain album de Birdy Nam Nam avec Birdy Nam Nam

10 novembre 2015 | PAR Bastien Stisi

Lorsqu’on nous sollicite pour caler une interview avec Birdy Nam Nam, dans le cadre de la sortie d’un 4e album à paraître (au mieux) en février prochain, on s’étonne que ne figure pas (dans les mails non lus ou dans les spams), et comme le veut pourtant l’usage, un lien d’écoute vers l’album dont on est censé parler à cette occasion. On fait remarquer ce manque, qui n’est sans doute qu’un étourdissement. Smiley à la clé pour paraître sympa en toutes circonstances. Un long mail suivra, nous expliquant qu’il n’était pas possible d’écouter l’album en amont, pour la simple et bonne raison que l’album n’est pas encore tout à fait terminé. Ce que l’on nous propose, justement, c’est d’aller l’écouter aux côtés du groupe, cet album, directement dans le studio que le groupe occupe métro Saint-Ambroise. Banco.

On nous file alors un numéro de portable (et même deux, au cas où le premier ne répondrait pas), sans nous préciser l’identité de l’interlocuteur que l’on trouvera au bout de la ligne. C’est Little Mike qui répond, et qui vient nous chercher, à l’entrée d’un immeuble banal de la rue de la Folie-Méricourt. Dans le studio, évidemment bordélique et tamisé, Crazy B et DJ Need sont déjà là. Mais pas DJ Pone bien sûr, dont on sait bien, depuis l’avoir croisé aux côtés de José Reis Fontano pour son nouveau projet Sarh, que l’aventure Birdy Nam Nam est pour lui bel et bien terminé.

On n’évoquera pas trop cette absence. Non pas parce qu’il faut taire son nom comme les hobbits du Seigneur des Anneaux le font avec Sauron. Mais simplement parce que le groupe donne l’impression d’avoir entamé avec ce nouvel album, le 4e après quasiment 15 ans de carrière et un titre préalable de champion du Monde de DJ en équipe (en 2002), une phase clairement nouvelle de son existence. C’est un peu le sens qu’il convient de donner à Dance or Die, le titre de ce prochain album, dont on décortiquera le sens pendant longtemps. Little Mike, qui fête ce jour-là son anniversaire :

« C’est vrai qu’on a souvent entendu que Birdy Nam Nam était terminé après le départ de Pone. Ça aurait pu être le cas. Mais on ne l’a jamais vraiment envisagé. Alors Dance or Die, c’est un peu « marche ou crève ». « Va au bout de ton rêve ». C’est d’une certaine manière une référence à cette part d’auto entreprenariat (ndlr : pour la 1ère fois, c’est eux qui produisent leur album, et sans être rattaché à un label) qu’il y a aujourd’hui au sein du groupe. L’envie que l’on a de se gérer tout seul. C’est aussi le fait d’assumer des choix esthétiques et des choix très club que l’on n’assumait pas forcément hier. »

Ces choix, on les avait déjà découverts un peu et comme tout le monde, via un premier extrait solaire et viril – « Can’t Do Me » – porté par un clip qui évoque autant Tarantino (le plan du coffre et les personnages nommés) que Dupieux (le flic loubard et les plans désertiques) et dans lequel on n’avait pas tort de voir une référence à ce passé que le groupe enterre via ce nouvel album qui sortira cet hiver. Crazy B :

« Ce truc qui sort du coffre – dénommé Morty – tu l’as bien dit, c’est un peu notre passé que l’on essaye d’enterrer. On a tourné le clip dans le désert pour faire référence à notre traversée du désert à nous, vu que l’on a quand même un peu vécu ça. Et puis, on s’est mis en scène tous les trois pour bien faire comprendre aux gens qu’on était encore bien là, et pour bien valider la composition nouvelle du groupe. »

Ces choix esthétiques, on les découvre alors davantage. On les découvre même bien vite, quelques petites minutes seulement après notre arrivée dans le coin, puisque le groupe paraît particulièrement impatient de les dévoiler, ces choix qui feront forcément jaser le jour où la totalité du disque sera dévoilée au public.

Little Mike, conscient du degré du virage entrepris : « C’est certain que l’on risque de nous reprocher d’explorer trop de trucs différents sur cet album. Et de nous comparer avec les autres. Sur « Can’t Do Me » on va dire que c’est du Mr Oizo. Sur « All Night Long » que c’est du Daft Punk. Sur le morceau avec Mai Lan, ben que Main Lan tiens, ce sera pas trop compliqué ! »

Main Lan donc, qui participe à ce titre trap et électroclash qu’on nous fait écouter d’abord, les basses poussées à fond. La Française, remarqué pour son joli album éponyme il y a trois ans, fait partie des nombreux collaborateurs qui posent leur voix sur ce disque qui, pour la première fois, assume de proposer des « chansons », et non plus seulement des « sons ». La démarche avait déjà été envisagée sur le 2e album. Mais n’avait pas été concluante. On l’assume ici. Et on doit employer ce terme. Car « assumer » est sans doute (on aurait dû compter) le mot que les trois membres de Birdy Nam Nam emploieront le plus souvent au cours de la grosse heure qu’on a passé à leurs côtés.

Little Mike, qui se justifie presque : « On assume effectivement certaines influences que l’on n’assumait pas forcément avant. Tous ces trucs qui étaient complètement inavouables à une époque, et qui le sont davantage 20 ans après, une fois digérés et une fois détachés de l’effet de mode qu’ils impliquaient avant. Tu vois sur la track que l’on vient de te faire écouter-là (ndlr : les noms des morceaux sont en work in progress…), on assume le côté eurodance avec une énergie funk. Quand t’y réfléchis, l’eurodance, c’est quand même la première fois qu’il y a eu des hits électroniques avec des mecs qui rappent dessus. Moi tu vois « No Limit », « Shimmy Shake », « I Like To Move It Move It », « Don’t Go »… ces trucs-là c’est ce que je préfère passer en soirée. C’est ce qui passe le mieux en vérité ! »

Et Crazy B qui poursuit : « On accepte aussi mieux cette part de second-degré qui n’avait jusque-là jamais vraiment existé dans Birdy Nam Nam. Et en même temps ce n’est pas juste une blague. On aime cette musique-là, on aime l’idée qu’elle fasse danser. Le club c’est quelque chose qui fait partie de notre vie. On n’est pas juste Birdy Nam Nam en concert. C’est une énergie qu’on a voulu recréer, et assumer des référents que l’on a depuis longtemps. » DJ Need, plus synthétique et moins bavard que ses deux acolytes : « On a accepté l’idée d’avoir des idées solaires, dansantes, écoutables par tout le monde. D’exprimer nos envies, tout simplement. »

On écoutera davantage encore. Ce titre notamment, dub, technoïde et particulièrement virulent, illustré par un clip morbide (qui sort bientôt) qui évoque plutôt cette fois l’American Psycho de Mary Harron, qui met en scène, dans les rues de Tokyo, un homme qui circule en costard la journée et en assassin vicelard le soir. On écoutera et on sera surpris. Par la radicalité de ce changement, d’abord, qui surprendra du monde lors de sa sortie début 2016 et qui écartera sans doute (le groupe le sait bien) bon nombre de ceux qui chercheraient à trouver ici le Birdy Nam Nam des débuts.

On sera en fait surpris, surtout, par le degré de liberté et de courage artistique que ce disque-là implique. Car en ne se refusant absolument rien, et en s’accordant absolument tout, Birdy Nam Nam signe sûrement le disque de musique électronique le plus libre et le plus inattendu que l’on devrait entendre au cours des prochains mois qui arrivent.

Visuels : (c) DR

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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