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[Critique] « Une histoire de fou » : Robert Guédiguian questionne les justiciers du génocide arménien

[Critique] « Une histoire de fou » : Robert Guédiguian questionne les justiciers du génocide arménien

10 novembre 2015 | PAR Gilles Herail

Le nouveau film de Robert Guédiguian (après le Fil d’Ariane) revient sur la blessure toujours ouverte du Génocide arménien et du combat pour sa reconnaissance. Le cinéaste marseillais ne manque pas d’ambition mais patine parfois dans l’exécution. Un film pédagogique malheureusement inégal qui pose pourtant des questions passionnantes sur la tentation de la lutte armée et la difficulté de refermer les cicatrices de l’Histoire. (Voir aussi notre critique cannoise)

[rating=2]

Extrait du synopsis officiel: Berlin 1921, Talaat Pacha, principal responsable du génocide Arménien est exécuté dans la rue par Soghomon Thelirian dont la famille a été entièrement exterminée (…) Soixante ans plus tard, Aram, jeune marseillais d’origine arménienne, fait sauter à Paris la voiture de l’ambassadeur de Turquie. Un jeune cycliste qui passait là par hasard, Gilles Tessier, est gravement blessé.

Robert Guédiguian a constitué, au fil des années, une filmographie qui lui ressemble. Explorant des thématiques récurrentes sur l’engagement à gauche, la ville de Marseille, la communauté arménienne. Et faisant évoluer une famille d’acteurs que l’on retrouve de film en film, notamment Ariane Ascaride, apparaissant dans quasiment tous ses projets. Son nouveau long-métrage s’inscrit dans la veine de L’armée du crime qui revenait sur la résistance communiste pendant la seconde guerre mondiale à travers l’histoire du groupe Manouchian. Après The Cut de Fatih Akin qui s’intéressait au génocide en lui même, Guédiguian s’attaque aux conséquences de sa négation par les autorités turques. En retraçant différents moments de l’histoire de la communauté arménienne, de l’assassinat de Talaat Pacha (principal commanditaire du génocide) jusqu’à la lutte armée des « commandos de justiciers du génocide arménien » dans les années 1970.

Une histoire de fou organise son propos autour de plusieurs questionnements : la légitimité de l’utilisation de la violence, le cercle vicieux de la vengeance, l’impossibilité de panser les plaies d’un peuple anéanti qui n’a jamais obtenu réparation. Une histoire de fou ne manque pas d’ambition et tente de remettre en contexte plusieurs moments clefs de l’histoire arménienne avec un effort indéniable d’équilibre et de précision. En montrant notamment les diemmes stratégiques et éthiques qui divisent la communauté arménienne, l’hésitation entre les efforts d’intégration dans les pays de la diaspora et la décision de certains de rejoindre la lutte armée contre les turcs. Robert Guédiguian touche également des thématiques qui dépassent la seule histoire du peuple arménien : la tentation de la violence, la limite entre résistance et terrorisme, la transmission de la soif de vengeance, de génération en génération.

L’approche historique pose des questions passionnantes mais Robert Guédiguian échoue à entremêler le récit mémoriel à la fiction dramatique, s’inspirant librement du livre autobiographique de José Antonio Gurriarán. Cette « histoire de fou » qui voit la victime collatérale d’une bombe arménienne chercher à retrouver son bourreau et s’installer dans sa famille. En épousant la lutte pour la reconnaissance du génocide tout en condamnant les méthodes employées par les commandos « justiciers ». Le mélange de la grande Histoire avec la petite manque de fluidité et les dialogues pèchent parfois par excès de didactisme. La lourdeur de l’écriture handicape certains acteurs et ne permet pas à plusieurs scènes clefs de déployer l’émotion attendue (notamment lors de la rencontre entre la victime et son bourreau). Robert Guédiguian ne signe clairement pas son meilleur film et on aurait aimé défendre un peu plus un long métrage qui aborde un sujet fascinant. A voir pour la portée historique et pédagogique plus que pour ses qualités intrinsèques.

Gilles Hérail

Une histoire de fou, un drame historique de Robert Guédiguian avec Simon Abkarian, Ariane Ascaride et Grégoire Leprince-Ringuet, durée 2h14, sortie en salles le 11 novembre 2015

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films
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Gilles Herail

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