[Live Report] Victoires de la Musique Classique 2016

25 février 2016 Par Elodie Martinez | 0 commentaires

Hier soir se tenaient à la Halle aux Grains de Toulouse les 23èmes Victoires de la Musique Classique 2016, retransmises en direct sur France Musique et sur France 3, réunissant 1,6 millions de téléspectateurs, soit 7,7% de part d’audience. Des chiffres en progression puisque l’an passé 1,5 millions de spectateurs avaient suivi la cérémonie pour 6,7% de part d’audience.

La grande nouveauté de cette soirée était la présence de Claire Chazal aux côtés de Frédéric Lodéon, remplaçant ainsi Louis Laforge. Si l’on se réjouissait de cette touche féminine, populaire (qui ne connait pas l’ancienne présentatrice du JT de TF1?), si sa place dans un contexte de musique classique n’était pas incongrue (son goût pour l’opéra est connu, on l’a déjà vu fréquenter les salles parisiennes, elle présente une émission hebdomadaire sur Radio Classique depuis 2006 et signe une chronique culturelle hebdomadaire dans le Figaro depuis 2008), bref, si tout semblait indiquer que l’idée était excellente, qu’en fut-il dans la pratique? Pas grand chose, malheureusement. Claire Chazal ne convainc pas, balbutiant souvent, se reprenant, se trompant même dans la traduction de « Beaux-Arts Trio » qu’elle transforma en « Mozart Trio », écorchant certains noms (souvent par manque d’articulation), sans oublier sa méconnaissance générale sur les artistes présents. Heureusement, Frédéric Lodéon était là pour apporter des anecdotes, présentant les extraits comme à son habitude, permettant ainsi aux interprètes de se mettre en place et aux équipes de faire les changements nécessaires sur le plateau. De ce côté-là, depuis la salle, la fluidité de l’ensemble de la soirée était excellente.

Cette dernière s’est ouverte par le Boléro des Vêpres Siciliennes interprété par la soprano russe Olga Peretyatko qui nous a offert une beau moment technique, mais où l’émotion était justement enfermée dans cette technique et la maîtrise de l’image. Encore une fois, on aurait aimé davantage de naturel de sa part, même si l’entendre est toujours un grand moment de plaisir. Le second invité de la soirée est le ténor américain Charles Castronovo qui nous offre une superbe interprétation de « No puede ser », tandis que le dernier invité, la basse russe Ildar Abdrazakov, fera résonner « La calunnia » du Barbier de Séville dans une Halle aux Grains totalement conquise par cet autre talent russe. Deux grands noms russes donc en ouverture et en clôture de soirée, en clin d’oeil aux origines du chef Tugan Sokhiev. Les ensembles de Toulouse étaient aussi à l’honneur avec les chœurs du Capitole qui ont chanté un extrait des Danses polovtsiennes du Prince Igor ainsi que Les Eléments, anciens lauréats des Victoires, a chanté le « Lacrymosa » du Requiem de Mozart sous la direction de son fondateur, Joël Suhubiette.

Cette année, les nommés dans la catégorie « Révélation Artiste lyrique » ont chanté ensemble « Ah, quel colpo inaspettato », extrait du Barbier de Séville. Nous avons donc pu entendre le ténor Jérémy Duffau,  le baryton Guillaume Andrieu et le soprano Elsa Dreisig avant que cette dernière ne reçoive son prix. Ce moment fait d’ailleurs parti des plus marquants de la soirée et risque de faire date. En effet, le discours que la jeune soprano a prononcé dénote du conventionnel, ce qui n’est pas un mal, mais laisse un peu perplexe et créée déjà le buzz. Lui a-t-on fait des reproches dans ses choix de carrière? A-t-elle été victime de remarques déplacées, ou bien blessantes, ou encore moralisatrices? Toujours est-il qu’elle affirme que cette victoire la conforte dans ses convictions et dans ses choix, que  »jamais elle ne se soumettra ni aux avis extérieurs ni aux certitudes toutes faites dictées par une loi qui vient d’elle ne sait où et qui ne peuvent, à son sens, que ruiner la création ». Un discours engagé, mais que certains ont mal perçu dans l’ensemble. Elle a en effet déclaré : « Je sais qu’il est d’usage, lorsqu’on se trouve à cette place d’élu, de remercier tout le monde […]. Non pas que je ne sois pas reconnaissante des gens qui m’entourent et m’aident, loin de là […], mais je ne souhaite pas formuler de remerciement particulier ce soir, parce que, tout simplement, cela me rendrait obéissante ». Ceci n’a pas empêché la jeune lauréate de glisser plusieurs « merci » dans son discours et publié aujourd’hui-même sur les réseaux sociaux le message suivant : « Je suis très heureuse et reconnaissante pour le soutien que vous m’avez apporté. Votre enthousiasme me va droit au cœur. Merci ! »  Un discours qui dénote donc, un peu comme celui de Sophie Marceau il y a quelques années à Cannes, ainsi que certains l’ont déjà souligné…

Karine Deshayes, pour sa part, n’hésitera pas un instant à dire merci à bon nombre de personnes lors de la remise de son trophée. Elle était d’ailleurs la seule des trois nommés dans la catégorie « Artiste lyrique » à être présente, interprétant un air de La reine de Saba absolument sublime. C’est ici le regret de la soirée auquel personne ne peut malheureusement rien : nous n’avons pas entendu l’ensemble des nominés. On comprend aisément que Marianne Crebassa, actuellement à Chicago pour Roméo et Juliette, Sabine Devieilhe, alors en pleine Générale de Mitridate à Dijon, ou encore Stéphane Degout qui est à Dublin, ne se soient pas dédoublés. Nous aurions toutefois aimé entendre la composition de Philippe Hersant qui lui a valu son trophée de « Compositeur de l’année ». De même, l’hommage rendu à Pierre Boulez n’a pas été accompagné de l’interprétation d’une de ses oeuvres…

Côté musiciens, malgré le thème de La liste de Schindler (composé par John Williams) absolument magnifique joué par la violoniste Camille Berthollet, c’est la tout aussi jeune trompettiste Lucienne Renaudin-Vary qui a remporté le trophée après une belle interprétation du 3ème mouvement du Concerto pour trompette en mi bémol majeur de Haydn. Cela n’enlève bien sûr rien aux talents d’Adrien Boisseau et de Camille Berthollet, cette dernière se produisant bientôt salle Gaveau avec sa soeur.

Bertrand Chamayou gagne de son côté à domicile, ajoutant une nouvelle Victoire aux précédentes, tandis que c’est Daphnis et Chloé qui remporte le titre d’enregistrement de l’année. Philippe Jordan étant actuellement lui aussi à l’étranger (à Berlin pour être plus précis), il n’a pas pu être présent pour cette remise de prix. Cela n’enlève absolument rien au superbe et à l’intérêt des deux autres albums nommés, Yes! de Julie Fuchs et The Weber Sisters de Sabine Devieilhe et Pygmalion qui nous avaient tous deux conquis.

Une très belle soirée donc, enchaînant les grands noms, les grands interprètes, les titres connus que l’on prend plaisir à retrouver, accessible au plus grand nombre, se clôturant par La Marche de Radetzky, par l’Orchestre National du Capitole qui nous a offert un très beau spectacle ce soir, confirmant leur notoriété d’excellence.

Résumé du Plamarès des Victoires de la Musique Classique 2016 :

Victoire d’honneur : Menahem Pressler
Soliste instrumental  : Bertrand Chamayou, piano
Artiste lyrique : Karine Deshayes, mezzo-soprano
Révélation soliste instrumental : Lucienne Renaudin-Vary, trompette
Révélation artiste lyrique : Elsa Dreisig, soprano
Compositeur : Philippe Hersant
Enregistrement : Ravel / Daphnis et Chloé / La valse (Orchestre et choeur de l’Opéra National de Paris, direction Philippe Jordan)

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