L’écrivain américain Philip Roth est mort

23 mai 2018 Par
Claudia Lebon
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Le géant de la littérature américaine, Philip Roth s’est éteint dans la nuit du 22 au 23 mai, à l’âge de 85 ans.

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S’il n’a finalement jamais reçu le Prix Nobel de littérature, Philip Roth figure parmi les plus grands écrivains de son temps et son talent, récompensé par de nombreux autres prix, est reconnu à l’international.

Professeur de littérature à l’Université de Chicago, cette carrière universitaire le poursuivra dans ses romans à travers le personnage de Nathan Zuckerman, son double littéraire.

Auteur d’une trentaine de romans, Philip Roth use d’une écriture incisive et crue pour bousculer l’Amérique puritaine et moralisatrice. Il s’attire déjà de nombreux détracteurs avec ses deux premiers ouvrages satiriques, le recueil de nouvelles Goodbye Colombus (1959) et le célèbre roman Portnoy et son complexe (1969) qui dépeignent la petite bourgeoisie juive américaine.

Malgré ces critiques malveillantes, l’écrivain ne se défait jamais de cet humour noir et franc qui traverse l’ensemble de son oeuvre. Dans Pastorale américaine, publié en 1997, il ose aborder la guerre du Viêt Nam et ses conséquences sur la conscience nationale. En 1998, J’ai épousé un communiste se penche sur le maccarthysme. Le politiquement correct et ses ravages est la cible de son premier grand succès public en France, La tâche paru en 2000. Le héros, Coleman Silk, un noir à peau claire qui se fait passer pour un juif, est confronté à un double scandale : une accusation de racisme et une affaire avec une femme de ménage deux fois plus jeune que lui.

« La littérature n’est pas un concours de beauté morale », disait l’écrivain, dans la lignée de Gide. Fanatisme, lubricité, antisémitisme, racisme, vieillesse, les thèmes abordés dans son oeuvre ne ménagent pas l’être humain et ses vicissitudes.

Lauréat du prix Franz Kafka en 2001, Philip Roth a reçu de nombreuses distinctions américaines prestigieuses : les National Book Award, National Book Critics Circle Award et prix Faulkner le distinguent à plusieurs reprises.

Il fait également partie des rares écrivains à entrer dans la collection La Pléiade de leur vivant, avec cinq romans et nouvelles de jeunesse édités par Gallimard en 2017.

En 2012, Philip Roth annonce sa décision d’arrêter l’écriture, ne se sentant plus capable de gérer la frustration générée par la création littéraire. « Je n’ai plus l’énergie pour supporter la frustration. Ecrire est une frustration quotidienne, et je ne parle pas de l’humiliation », expliquait-il alors au New York Times.  Némésisparu en 2010, fut donc son dernier ouvrage.

Vivant en retrait de la vie publique, l’écrivain s’est cependant exprimé sur l’élection de Donald Trump dans un texte qu’il envoie au New Yorker fin janvier et dans lequel il dénonce un Président  « ignorant du gouvernement, de l’histoire, de la science, de la philosophie, de l’art, incapable d’exprimer ou de reconnaître une subtilité ou une nuance » et utilisant « un vocabulaire de 77 mots ».

En 2014, l’auteur avait confié au quotidien suédois Svenska Dagbladet avoir relu ses 31 livres pour vérifier s’il n’avait pas perdu son temps. « On ne peut jamais être sûr, vous savez » avait-il dit. Il avait alors déclaré avoir ressenti « un énorme soulagement : c’est une expérience presque sublime de n’avoir plus à s’inquiéter que de la mort ».

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