Cinema
[Cannes 2021, Cannes Première] Tromperie : nouvelle plongée littéraire signée Desplechin, portée par Denis Podalydès

[Cannes 2021, Cannes Première] Tromperie : nouvelle plongée littéraire signée Desplechin, portée par Denis Podalydès

27 juillet 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Comme il le fit pour Edward Bond, Arnaud Desplechin plonge cette fois dans un texte de Philip Roth. Avec la vie habituelle qui habite son cinéma, et un Denis Podalydès assez fascinant.

Tromperie est un film qui se centre sur un écrivain, recevant souvent sa maîtresse chez lui à Londres et hanté par les images d’autres femmes connues auparavant. Un protagoniste joué par Denis Podalydès, dont l’interprétation fait ici d’emblée un fort effet : distillant les mots de manière superbement incarnée, il se révèle aussi physique que cérébral au final, et impose tout de suite un personnage semblant usé, fatigué, parlant bien mais peinant à s’ancrer dans l’existence. Dans le départ, on se prend à l’écouter avec passion.

On le verra tout d’abord, longuement, deviser avec son amante britannique (très convaincante Léa Seydoux) et se livrer avec elle à des jeux d’esprit. Puis on le retrouvera face à son passé – peut-être imaginé – et face notamment à une femme tchèque, entre autres, bloquée dans une vie londonienne la lassant, suite à des affaires d’espionnage dans son pays d’origine. Une protagoniste incarnée avec pas mal d’intensité par Madalina Constantin.

Si le texte transposé ici, à savoir le roman de Philip Roth Tromperie, paraît souffrir parfois d’un trop-plein de mots et tourne un peu en rond à certains instants, il est vivifié par la mise en scène d’Arnaud Desplechin, qui cadre les pièces exigües où se déroulent les scènes avec une caméra plus mobile que jamais, s’accordant à merveille avec la photographie chatoyante de Yorick Le Saux. Ces partis-pris de réalisation accrochent l’attention : ce sont eux qui donnent envie de plonger dans le texte transposé à la suite du réalisateur curieux.

La nouvelle section Cannes Première, inaugurée au début de l’édition 2021 du Festival de Cannes, doit permettre entre autres aux réalisateurs qui figurent à son programme de faire le point sur l’endroit où ils en sont au sein de leur œuvre, en compagnie des spectateurs. Ici, comme dans Léo – En jouant Dans la compagnie des hommes, Arnaud Desplechin se mesure à un texte assez foisonnant. Il y injecte davantage de vie, de personnalité : les ficelles de son travail de recherche apparaissent désormais moins apparentes. On est en droit de se demander s’il plongera un jour, de la même manière, littéralement, dans un livre de James Joyce, l’auteur de Dedalus – Portrait de l’artiste en jeune homme, écrivain qui l’accompagne depuis de longues années dans ses magnifiques fictions.

Tromperie est présenté au Festival de Cannes 2021 dans le cadre de la nouvelle section Cannes Première. Il sortira dans les salles de cinéma françaises le 8 décembre, distribué par Le Pacte.

Retrouvez tous nos articles sur les films du Festival dans notre dossier Cannes 2021.

Notre avis sur le Palmarès final de Cannes 2021 est à découvrir ici.

Visuels : © Shanna Besson – Why Not Productions

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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