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Les Goûts et les Couleurs, comédie française bien écrite

Les Goûts et les Couleurs, comédie française bien écrite

24 juin 2022 | PAR Geoffrey Nabavian

Ce nouveau film de Michel Leclerc convainc par sa capacité à traverser pas mal de thèmes en les traitant de façon un peu profonde.

Marcia, jeune chanteuse parisienne, a fait sortir de sa retraite Daredjane, interprète qui eut son heure de gloire mais reste à présent détruite par l’alcool et la drogue. Et avant toutes choses, par ses démons intérieurs, qu’elle évoqua dans certains des tubes qu’elle fit : « La bougnoule » notamment, une chanson dans laquelle elle évoque la manière dont on la percevait dans sa famille… Retirée dans son appartement de l’Île Saint-Louis, elle consent à accueillir pour quelques séances de travail Marcia – qui vit elle sur une péniche par choix, avec sa petite amie, artiste contemporaine – et à chercher à nouveau un peu d’inspiration. Un soir, elle fait quelques pas comme elle peut hors de chez elle : une balade qui lui sera fatale.

Dès lors, si elle veut continuer et finir l’album qu’elle avait commencé en sa compagnie, Marcia est obligée d’obtenir des droits. Pour ce faire, elle se rend à Bures-sur-Yvette – ville d’origine de Daredjane, sur laquelle elle fit aussi une chanson – pour rencontrer celui à qui ils sont revenus désormais : Anthony, un gars peu mélomane et un peu brut de décoffrage et direct en toutes choses. Qui déteste de surcroît l’artiste dont il vient d' »hériter », la jugeant responsable de tensions au sein de sa famille.  En faisant des efforts, et en commençant à travailler ensemble, ils vont apprendre à se connaître.

Dans Les Goûts et les Couleurs, avant toutes choses, Judith Chemla trône, incarnant Daredjane, d’abord très vieillie puis pimpante dans les images de ses clips fictifs, passées tout au long du film. Elle est magnifique : chantante et dansante au sein des petites phases musicales montrées, toute chancelante et ne tenant qu’à un fil de vie dans le présent, elle éblouit. Elle devient cette femme toute d’un bloc, s’affichant en face du monde à tous les âges, même épuisée.

On retrouve aussi avec joie Philippe Rebbot, qui s’avère lui aussi d’un sublime naturel en « manager » de Marcia, si humain et si peu fin parfois. Son énergie emporte. Et dans les rôles centraux, Rebecca Marder et Félix Moati imposent leurs deux belles personnalités.

Outre ses interprètes, le grand point fort du film est de traverser une foule de thèmes en ne les négligeant pas. Les différences culturelles, la passation à une jeune génération, le sexisme dans le milieu musical… Bien écrites, les scènes ne tombent jamais dans la facilité. Et le scénario a également l’intelligence de laisser ses personnages évoluer, de leur offrir une vraie progression, réaliste, pas digne d’un conte de fées. Si l’on ajoute à ce cocktail le fait que cette comédie dramatique est aussi une comédie romantique, et que sa forme a pour but de s’afficher comme colorée et entraînante, à la façon d’un feel good movie, on peut dès lors affirmer que Les Goûts et les Couleurs se pose comme une réussite, dans laquelle il y a pas mal de choses touchantes et profondes à piocher.

Les Goûts et les Couleurs est à voir dans les salles françaises depuis le 22 juin, distribué par Pyramide Films.

Visuels : © Pyramide Distribution

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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