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[Cannes 2021, Cannes Première] Belle de Mamoru Hosoda : impressionnant et vibrant

[Cannes 2021, Cannes Première] Belle de Mamoru Hosoda : impressionnant et vibrant

26 juillet 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Ce nouveau long-métrage d’animation de Mamoru Hosoda, sélectionné in extremis à Cannes 2021 pour figurer dans la nouvelle section Cannes Première, fait osciller son héroïne entre deux mondes parallèles. Le réel est déchirant, le virtuel splendidement détaillé.

Dans son nouveau long-métrage en dessin animé, le réalisateur japonais Mamoru Hosoda peint une jeune fille au plus profond d’un deuil, qui bascule dans un univers parallèle en usant de son smartphone. Via une application Internet nouvelle qu’elle télécharge, elle se crée un avatar virtuel, et se met à évoluer dans un monde imaginaire fait de flux de données informatiques se croisant et pouvant interagir entre elles. Nommée Suzu, cette jeune héroïne devient Belle, lorsqu’elle entre dans cet univers où on lui permet même de ressentir de vraies sensations physiques.

Sur le plan technique, dans Belle, Mamoru Hosoda paraît accomplir quelque chose, tant le monde virtuel qu’il crée apparaît détaillé : chaque personnage que l’on y voit circuler a bénéficié d’une attention particulière au niveau de son aspect graphique. Cet univers est d’une fluidité magnifique, et se distingue aussi par un choix de couleurs remarquable. Dès qu’un événement d’importance s’y produit – un concert, par exemple, donné par Belle, et suscitant l’intérêt de millions d’autres avatars – il est figuré de manière imaginative, oubliant parfois pour un temps les personnages au dessin élaboré pour s’en remettre à des jeux de formes et de lumière, tout aussi impressionnants.

La réussite du long-métrage ne s’arrête pas là : lorsque Suzu est donnée à suivre dans le monde réel, le climat du film apparaît déchirant, sans aucunement tomber dans la complaisance. Les causes du terrible deuil de cette héroïne lui reviennent régulièrement en tête, et sont figurées avec maestria, de la même manière que l’état dépressif de cette protagoniste principale, peint d’une façon très adulte.

Le film se révèle aussi excellemment réussi sur le plan de sa musique, pop et très travaillée, et de son rythme, qui n’emprunte pas trop des voies attendues. La trame fait référence, au final, à celle du célèbre conte La Belle et la Bête – l’héroïne croisant la route d’un autre avatar virtuel, appartenant à un être profondément blessé lui aussi – mais tout n’est pas sacrifié à elle. Ce qui laisse tout l’espace au film pour surprendre, tout en impressionnant.

La nouvelle section Cannes Première a été inaugurée au début de l’édition 2021 du Festival de Cannes, avec pour but notamment de permettre à des réalisateurs de « voir là où ils en sont » au sein de leur parcours artistique, et aux spectateurs d’en faire autant, à leurs côtés. On connaît hélas trop mal l’œuvre animée de Mamoru Hosoda pour totalement en juger, mais il semble que Belle est un film qui accomplit quelque chose, lorsqu’on le replace au cœur du cinéma d’animation actuel.

Belle est présenté au Festival de Cannes 2021 dans le cadre de la nouvelle section Cannes Première. Il sortira dans les salles de cinéma françaises le 29 décembre, a priori.

Retrouvez tous nos articles sur les films du Festival dans notre dossier Cannes 2021.

Notre avis sur le Palmarès final de Cannes 2021 est à découvrir ici.

Visuels : © 2021 STUDIO CHIZU

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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