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Philip Roth : “Némésis sera mon dernier livre”…

Philip Roth : “Némésis sera mon dernier livre”…

13 novembre 2012 | PAR Alice Dubois

Philip Roth, originaire de Newark dans le New Jersey, a décidé, après plus de 25 romans publiés, d’arrêter d’écrire des romans. Révélé par son bestseller «Portnoy et son complexe » (Portnoy’s Complaint paru en 1969), l’auteur a dédié une partie de son œuvre à son personnage et alter ego Nathan Zuckerman. Issue du courant post-moderne, son œuvre mêle souvent satire et aspects autobiographiques. Philip Roth est célébré comme l’un des grands auteurs juifs américains. Sa réflexion sur l’identité américaine, notamment à travers l’histoire des années 1940 à 1960, nourrit ses œuvres les plus récentes (Pastorale américaine, Le Complot contre l’Amérique).

 

Dans Némésis, son dernier roman, il nous plonge dans le Newark des années 1940. On y suit Bucky Cantor, jeune homme parfait de 23 ans, directeur d’un terrain de jeux et dévoué aux gamins dont il s’occupe qui va se retrouver pris dans la tourmente d’une épidémie de polio. Cette maladie qui toucha principalement les enfants, a causé la paralysie et la mort de dizaine de milliers d’entre eux dans l’Amérique du Nord des années 40 et 50.  Elle toucha aussi les adultes, rappelons-nous du Président américain Franklin Delano Roosevelt qui en fût une célèbre victime.

Bucky Cantor est fils d’un escroc qui a fait de la prison. Sa mère est morte en lui donnant le jour. Il a été élevé par ses grand-parents. Avec son corps d’athlète, il est plongeur émérite et champion de javelot. Mais sa mauvaise vue va le cantonner au rang des réformés…  Trainant depuis la secrète honte de ne pas pouvoir partir combattre sur le front du Pacifique, il a le sentiment d’avoir échappé à un destin glorieux.

L’été 1944 est caniculaire et étouffant. La poliomyélite touche d’abord le quartier italien de la ville. Le quartier où vit et travaille Bucky Cantor est inexplicablement préservé jusqu’au jour où des Italiens menaçants débarquent sur le terrain de jeux avec la ferme intention de «refiler la polio» aux juifs. Repoussés avec autorité par Cantor, ils repartent en crachant partout.

Or, ce geste accentue l’angoisse générale. Le monde entier ignore encore les causes et les agents de propagation de cette terrible maladie qui s’attaque aux plus jeunes. On incrimine les mouches, les moustiques, les pigeons, les chiens errants, les chats de gouttière. Les familles interdisent à leurs rejetons d’aller à la piscine, de prendre le bus, de boire aux fontaines, d’emprunter des livres à la bibliothèque…

Le quartier juif est touché à son tour. Les premières victimes viennent du terrain de jeux. Visite aux familles, funérailles et enterrements se succèdent dans un climat de terreur feutrée. Bucky Cantor ne veut pas déroger à ses habitudes et bat le rappel des adolescents, estimant que faire du sport les protégera de la vague meurtrière. Il est hanté par le sens du devoir et de la responsabilité, par l’honneur, par un orgueil stupide.

« Tout ce qu’un homme entreprend comporte des responsabilités. »

Mais rien n’arrête la course de l’épidémie. Bucky finit par céder à l’appel de sa fiancée qui lui demande de la rejoindre dans un camp de vacances, en pleine montagne, préservé des miasmes contagieux de la ville. L’euphorie de se trouver loin de l’enfer dans un cadre idyllique avec sa promise est de courte durée. Sa conscience ne lui accorde aucun répit. Il a fui pour se protéger. Son sens exacerbé du devoir lui commande de repartir vers le front de Newark d’où lui parviennent des échos d’hécatombe…

 

Avec Némésis, Philip Roth nous renvoie à la mythologie et désigne la vengeance divine dont Bucky Cantor serait la flèche invisible. Il explore la fatalité, l’injustice, l’honneur, l’orgueil stupide, la culpabilité et la honte. Il nous plonge au cœur d’un drame collectif, décrit la progression de l’épidémie, l’affolement général face à l’incompréhension, la paranoïa face au mal insaisissable. La maladie déforme les esprits encore plus que les corps. Les personnages doivent affronter une épreuve foudroyante et n’ont, pour seule arme, que le recours à leur conscience torturée.

Quel sens peut bien avoir la vie ? Et Dieu dans tout ça ? « Pervers timbré, mauvais génie » Est-il responsable de cette mort qui frappe avec tant d’injustice ? Comment avaler le mensonge officiel selon lequel Dieu est bon, alors que c’est un implacable assassin d’enfants… « à quoi ça rime, tout ça, bordel ? »

«  Parfois on a de la chance, et parfois on n’en a pas. Toute biographie tient du hasard et, dès le début de la vie, tout relève du hasard, de la tyrannie de la contingence »

 

NEMESIS de Philip Roth (paru en 2010 aux USA). Traduit de l’anglais par Marie-Claire Pasquier. Éditions Gallimard 2012, 240 p. 18,90 €

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Alice Dubois
Alice a suivi une formation d’historienne et obtenu sa maitrise d'histoire contemporaine à l'université d'Avignon. Parallèlement, elle est élève-comédienne au Conservatoire régional d'art dramatique de la ville. Elle renonce à son DESS de Management interculturel et médiation religieuse à l'IEP d'Aix en Provence et monte à Paris en 2004 pour fonder sa propre compagnie. Intermittente du spectacle, elle navigue entre ses activités de comédienne, ses travaux d'écriture personnels et ses chroniques culturelles pour différents webmagazines. Actuellement, elle travaille sur un projet rock-folk avec son compagnon. Elle rejoint la rédaction de TLC en septembre 2012. Elle écrit pour plusieurs rubriques mais essentiellement sur la Littérature.

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