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Un Loewe polymorphe par Jonathan Anderson – PFW

Un Loewe polymorphe par Jonathan Anderson – PFW

08 octobre 2021 | PAR Camille Bois Martin

Vendredi 1er octobre, le claquement des sabots de La Garde Républicaine du 4e arrondissement de Paris résonnait en écho avec les talons des mannequins du défilé Loewe. Jonathan Anderson a proposé une collection printemps-été 2022 haute en couleurs et en formes, surprenante et désirable en tout point — robes drapées, robes pointues, robes-manteaux… Talons-oeuf, talons-rose, talons-savon…

Carré blanc sur fond blanc, la salle supprime les artifices d’une possible mise en scène pour se concentrer sur les 53 silhouettes du défilé. Celles-ci déclinent à l’infini la palette chromatique vive du fameux tableau La Déposition (1528) peint par le florentin Pontormo, source du processus de création de la collection de Jonathan Anderson. Les pastels de rose, de bleu, de jaune et de vert se retrouvent notamment dans la 48e silhouette, où les drapés se confrontent et se complètent dans un jeu asymétrique au parfait rendu esthétique. Une jambe se dévoile tandis que l’autre s’efface dans le mouvement du tissu : le créateur artistique transforme les personnages de Pontormo en une robe aux allures de déesse pop. Les drapés sont omniprésents au sein de la collection : un pantalon taille haute rose drapé s’accompagne d’un haut-voile également drapé, un tout en un recouvrant à la fois les seins et la tête du mannequin.

De Pontormo, Loewe extrait également les corps maniérés qui semblent disproportionnés : le premier look ouvrant le défilé arbore à l’avant une forme carrée, excroissance d’une robe noire à l’apparence pourtant simple. Les silhouettes suivantes affichent la même asymétrie, déployant des formes géométriques pointues à des endroits inattendus : au dessus du sein droit, dans la continuité de la hanche gauche puis de la cuisse droite. Ces pointes sont presque sensuelles, sous-tendant des imaginaires érotiques et transformant ces robes étonnantes en vêtements incontournables pour la prochaine saison. 

Comme rapporté dans le Vogue UK par Kerry Mcdermott, Anderson précisait dans le carton de présentation du défilé que « les notions de drapé, de sculpture et de couleur » sont explorées au travers de « torsions, détournements et déformations« . En somme, une collection polymorphe aux antipodes d’une silhouette printanière légère et acidulée. Ici, la femme Loewe utilise son corps comme le portant d’un vêtement indépendant, qui traduit en lui-même la personnalité affirmée de la personne qui osera le porter. 

Paradoxe de cette transformation des formes, les bustes des mannequins, quand ils ne sont pas recouverts d’un drapé délicat, exhibent une armure argentée, transparente ou dorée. Celle-ci est rigide et épouse le galbe des seins, ou bien se développe en une forme organique, au milieu du verso d’une veste en jean portée de face, ou d’une robe moulante grise simple mais efficace. Le torse semble ainsi avoir été le focus principal du talent du designer pour cette collection, qui y concentre tout son travail polymorphe du textile. 

Acmé du défilé, les talons Loewe ont fait sensation sur les réseaux sociaux, et à raison. Jonathan Anderson a pris le contre-pied de ses vêtements aux couleurs épurées en proposant des sandales dont le talon se transforme en savon violet, ou encore en flacon de vernis à ongle, en bougie dont la cire a déjà commencé à s’écouler… Une rose s’écrase sous le pied d’une mannequin, une autre brise dans ses pas la coquille d’un œuf qui semble prêt à se répandre au sol mais qui reste retenu dans sa course par le talent d’Anderson. 

Visuels : © Marcus Tondo, Loewe courtesy

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Camille Bois Martin
Étudiante en Master de Journalisme Culturel (Sorbonne Nouvelle)

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