Mode
Les « défilmés » de la Paris Fashion week

Les « défilmés » de la Paris Fashion week

13 mars 2021 | PAR Camille Bois Martin

Du 1er au 10 mars, la Fashion Week parisienne s’est déroulée entièrement (ou presque) sur internet. En direct ou en replay, le spectacle des défilés Prêt-à-porter féminins pour l’Automne-Hiver 2021-2022 étaient accessibles en un clic, pour notre plus grand plaisir. 

Les maisons de mode n’ont pas eu d’autre choix que de filmer leurs défilés afin de pouvoir les diffuser sur différentes plateformes (YouTube, Instagram, TikTok). Filmée par le journaliste Loïc Prigent, Isabelle Marant parle avec humour de « défilmés », symptômes d’une nouvelle façon de concevoir les prochaines fashion weeks, même post-pandémie.  

Avantage à cette nouvelle édition totalement numérique, les défilés pouvaient être visionnés (presque) par tous, et peuvent être revoir à loisir depuis le site de la Paris Fashion Week ou depuis les réseaux sociaux des différentes maisons de mode.

Christian Dior au château de Versailles : un conte sans fées

Pour Maria Grazia Chiuri, directrice artistique de la maison Dior, le temps n’est plus aux jolis contes que l’on aime se raconter et dont la fin est toujours aseptisée. Sur une musique presque angoissante, les mannequins et danseurs nous proposent une « Beauté Dérangeante« . Dans la forêt, dans les escaliers ou au milieu de la galerie des glaces, des corps dansent, en transe, sur une chorégraphie signée Sharon Eyal. Les reflets des miroirs du roi Soleil sont obstrués par ceux installés par l’artiste Silvia Giambrone dont les encadrements sont recouverts d’épines, tandis que les roses envahissent les robes des mannequins. L’atmosphère est sombre, presque lugubre : la dame de pique entre en avant-dernière, avant la dame de coeur, qui, clôturant le défilé, s’enfuit par les escaliers. Quelque part entre la Reine de coeur obsédée par les roses d’Alice au Pays des Merveilles et le château endormi et protégé d’épines de la Belle au bois dormant, le défilé Dior dérange, le temps d’un soir, le silence de plomb qui règne depuis plusieurs mois sur Versailles.

À l’aéroport Paris-Charles de Gaulle, destination Balmain

Plus possible de voler? Tant pis, les pistes d’atterrissage serviront à défiler! Sur les ailes des avions AirFrance, les mannequins arborent fièrement leurs vêtements Balmain. Le directeur artistique de la marque, Olivier Rousteing, frustré de ne plus pouvoir voyager et fatigué par monotonie des podiums, nous propose de s’envoler avec lui, et, pourquoi pas, jusque dans l’espace. Des sacs rembourrés et monogrammés, en forme de lune, peuvent également servir de coussin ; de toutes les couleurs, ils sont fièrement arborés avec des costumes d’aviateurs, voire de cosmonautes, argentés ou colorés. Le jaune fluo, l’orange fluo, le rose fluo… Après tout, si on veut défiler en toute sécurité dans un aéroport, autant s’habiller voyant! Olivier Rousteing évite le gâchis et réutilise aussi les couettes de survie : en robe, en pantalon, en combinaison, la silhouette Balmain est dorée, de la tête aux pieds. Destination finale : la Lune. Les derniers mannequins défilent dans l’espace, dans des tenues toujours aussi fluorescentes, histoire d’être vu, même depuis la Lune. 

Miu Miu post-hibernation 

Au milieu d’un paysage déserté, enneigé et ensoleillé, une mannequin masquée et recouverte de la tête aux pieds fait son entrée : sa combinaison deux pièces est satinée et matelassée, donnant plus envie de dormir dedans que de sortir avec. « Comme un animal sortant de son hibernation – épuisé par l’énergie dépensée à rester vivant enfermé – notre retour à la normal est chargé d’anxiété, en particulier parce que ce normal ne sera pas celui que l’on connait » confie Miuccia Prada, directrice artistique de Miu Miu, dans une interview avec Vogue. Dans cet instinct de protection et ce désir de retour à la civilisation, la visage Miu Miu est masqué, sa tête recouverte d’un bonnet, le tout parfois assorti aux collants, faits de laine tricotée presque à la manière de nos grands-mamans. 

If I Was a Lanvin Girl

Le directeur artistique de Lanvin, Bruno Sialelli, nous permet de respirer, de vibrer, de chanter, de danser. Sur la célèbre chanson de Gwen Stefani, If I Was a Rich Girl, Lanvin nous emmène dans une soirée pyjama de luxe, au sein d’un riche palace parisien, histoire de tout oublier, au moins le temps d’une soirée. Les mannequins ne défilent pas, elles dansent, elles chantent ; les vêtement sont plein de plumes, de paillettes et de couleurs. La vidéo est vivante, enivrante : trois minutes suffisent à rompre la monotonie de la pandémie. Merci Bruno Sialelli. 

Hermès, de New-York à Paris

Dans un défilé-performance sans artifice mais toujours aussi efficace, Hermès nous emmène de New-York à Paris, jusqu’à Shangai. La mode efface les frontières, et ce n’est pas la Covid qui dira le contraire! Si le public habituel ne peut plus assister à ses défilés préférés, il peut au moins en regarder la captation filmée. Aux États-Unis, des danseuses entièrement vêtues de noir envahissent un espace orange ; en France, des mannequins défilent au milieu des fameuses boîtes Hermès orange qui construisent et organisent un endroit vide ; en Chine, d’autres danseurs marchent sur ces mêmes boîtes très précieuses, les lancent à l’autre bout de la salle, comme de vulgaires accessoires. Nadège Vanhee-Cybulski, directrice artistique de la marque, a joué sur le traditionnel essentiel-non essentiel de la maison, avec des couleurs proches de la nature. Du noir en cuir, en toile, en fourrure, en ceinture ; du rouge trenché, coupé aligné ; des franges en bas des jupes et des manteaux, et même parfois les deux par dessus! Une collection d’indispensables, hauts en simplicité et créativité. 

« The Loewe Show Has Been Cancelled »

Pas d’inquiétude, le défilé Loewe a bien eu lieu. Jonathan Anderson, directeur artistique de la maison, a opté pour un défilé matérialisé : un bon vieux journal papier, dont le titre, en lettres majuscules, annonce que « le show Loewe a été annulé ». Envoyé à tous ses invités habituels dans une boite d’étain qu’Anderson se plait à qualifier de « capsule temporelle », le journal est composé de toutes les silhouettes du défilé. Loewe propose des vêtements graphiques et légers, dont la forme géométrique arbore elle-même des motifs géométriques. Aux pieds, les mannequins portent d’énormes mocassins, à plateforme et chaussettes de cuirs, paroxysme du léger et du lourd, du fin et de l’épais. L’ambiance est psychédélique, la thérapie est la couleur. Dans la vidéo de présentation, Jonathan Anderson présente les différents aspects de sa collection et en conclue que seul les vêtements permettent à une idée de fantaisie de devenir réalité. 

Visuel :  ©ParisFashionWeek – Fédération de la Haute Couture et de la Mode

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Camille Bois Martin
Étudiante en Master de Journalisme Culturel (Sorbonne Nouvelle)

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