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Issey Miyake : la mode tout en simplicité

Issey Miyake : la mode tout en simplicité

10 août 2022 | PAR Rachel Rudloff

Le célèbre créateur de mode japonais est décédé le 5 août 2022, à 84 ans. Plein d’ambition, il s’est battu pour créer une mode plus accessible en faisant toujours dialoguer les styles occidentaux et japonais, sans jamais les opposer. 

« Un vent de liberté »

Son amour pour la mode commence avec la lecture des magazines Vogue ou Harper’s Bazar. Au Japon, il étudie le design à la prestigieuse Tama Art University, où il va commencer à s’intéresser aux vêtements. C’est en 1960, en assistant à la World Design Conference que commence son combat pour la défense de la mode comme art. Dès le défilé de sa première collection A poem of Cloth and Stone en 1963, le couturier donne le ton : révolutionnaire, atypique et poétique, il souhaite s’engager pour une mode plus visuelle et imagée. 

À la fin de ses études, il s’installe à Paris où il travaille alors pour les maisons de couture Guy Laroche et Hubert de Givenchy. En France, l’énergie de mai 68 règne encore, comme il l’affirme lui-même : « Mes premières années à Paris ont été importantes pour moi, car elles ont servi de tremplin à ma carrière, les notions de beauté et d’esthétique du corps humain restent trop rigides pour moi. Heureusement, les perceptions se trouvent bouleversées par le vent de liberté qui soufflait en 1968 ». En effet, ce souffle révolutionnaire vont le faire s’inspirer du style « hippie » tout en gardant son minimalisme caractéristique. 

Ces mélanges vont lui donner un style très identifiable : coloré, plein de « plissés », mais tout en simplicité. En effet, tout au long de sa carrière, Issey Miyake aura insisté sur la démocratisation de la moderevendiquant l’ambition de dessiner « pour tous ». « Le pouvoir du design, c’est de faire des produits qui deviendront anonymes. Pas de dessiner pour quatre personnes dans un dîner. J’ai tenté de faire une mode qui ne soit ni japonaise ni occidentale ». 

Ce métissage entre fonctionnalité et le caractère sophistiqué de ses créations révèlent les sources plurielles de ses inspirations : avec des matériaux atypiques qui font son originalité (fil de fer, crin, papier japonais), France et Japon se croisent, se nourrissent pour créer un vêtement raffiné, mais aussi confortable et universel. 

L’enfant d’Hiroshima

Né à Hiroshima en , Issey Miyake a 7 ans lors de l’explosion de la bombe atomique, le trouve alors à seulement trois kilomètres de l’épicentre de l’explosion. Gravement touchée et brûlée à plus de 50%, sa mère meurt quatre ans après. Sa santé à lui va aussi en prendre un coup : trois en plus tard, alors qu’il est seulement âgé de 10 ans, il est diagnostiqué d’une maladie osseuse qui le plonge entre la vie et la mort. Empêché d’aller à l’école, ces conséquences de l’attaque nucléaire vont l’isoler, mais surtout le marquer à vie. 

Il témoignait en 2009, en faveur du désarmement nucléaire, avec précision et émotion des images qui lui restaient en tête « Quand je ferme les yeux, je vois encore des choses que personne ne devrait jamais vivre : une lumière rouge aveuglante, le nuage noir peu après, des gens qui courent dans toutes les directions en tentant désespérément de s’échapper – je me souviens de tout ça ». Face à l’absurdité et l’injustice de la guerre, il choisit de s’armer d’optimisme, qui fera la clé de son succès. 

Une renommée mondiale

En 1970, Issey Miyake retourne à Tokyo pour ouvrir son studio de création. Dans le même temps, ses premières boutiques ouvrent leurs portes à Paris et Tokyo. La première collection Issey Miyake sera présentée en 1971 devant, Diana Vreeland, à ce moment-là rédactrice en chef du magazine Vogue. Au fur et à mesure des années, le nombre de magasins augmente et leur compétence aussi. Par exemple, dans les années 90, la collaboration avec Beauté prestige International fait naître le parfum L’eau Issey, mondialement reconnu aujourd’hui. Pour prouver son succès commercial, les chiffres ne trompent pas : la marque Issey Miyake comptait en 1997, 96 points et 13 boutiques. Encore aujourd’hui, ses créations continuent d’habiller notre quotidien : par exemple, les reconnaissables cols roulés de Steve Jobs, cofondateur d’Apple sont nés de la main du couturier. 

Encore en France, l’ancien ministre de la Culture, Jack Lang, avait témoigné de sa reconnaissance pour le créateur et de son admiration « Issey Miyake, c’est un homme de recherche, un découvreur, un grand inventeur qui a conçu et utilisé des matériaux et des textures uniques au monde. Il est rempli d’élégance morale, intellectuelle et de profonde humanité ».

Visuel : Issey Miyake en 2016, wikicommons. 

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Rachel Rudloff

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