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L’imaginaire comme évasion : la proposition de Daniel Roseberry pour Schiaparelli

L’imaginaire comme évasion : la proposition de Daniel Roseberry pour Schiaparelli

14 juillet 2020 | PAR Cloe Assire

C’est avec la collection automne-hiver 2020/2021 de Daniel Roseberry pour Schiaparelli que la Fashion Week Haute Couture Online s’est ouverte le 6 juillet, suite à un discours engagé de l’iconique Naomi Campbell. Entre New York et Paris, la vidéo de 3 min 34 proposée par Christophe Tiphaine marque un départ tout en poésie et en rêverie, le tout esquissé par les traits fantasmés du directeur artistique de la maison du 21 place Vendôme.

Fondée dans l’entre-deux-guerres par l’italienne Elsa Schiaparelli en 1927, cette marque emblématique prendra fin sur décision de sa fondatrice en 1954 avant de rouvrir en 2012, de nouveau au sein de l’hôtel de Fontpertuis. Il est cependant indéniable que c’est l’arrivée de Daniel Roseberry au poste de directeur artistique de la maison la plus proche des Surréalistes qui soit – en avril 2019 – qui a remis au-devant de la scène internationale des pièces iconiques et un esprit unique dans le monde de la Haute Couture. Ayant passé plus de dix ans aux côtés de Thom Browne, Daniel Roseberry avait fait une déclaration au moment de sa prise de fonction qui ne peut qu’entrer en écho avec la période de crise sanitaire que nous traversons depuis quelques mois : « C’est un honneur et une grande joie de reprendre là où Mme Schiaparelli s’était arrêtée il y a environ 85 ans. Schiaparelli était une experte en matière de modernité ; son travail reflétait le chaos et l’espoir de la période agitée dans laquelle elle vivait. Aujourd’hui, nous nous trouvons également face à des questions semblables qui façonnent notre identité : À quoi ressemble l’art ? Qu’est-ce que l’identité ? Comment s’habille t-on pour la fin du monde ? Schiaparelli a répondu à ces questions avec franchise et humour, mais l’un de ses plus grands héritages est peut-être son engagement dans la fantaisie, sa compréhension du fait que nous avons besoin de fantaisie dans des temps compliqués. Je veux apporter mes propres réponses à ces questions et proposer un fantasme – un rêve – qui semble pertinent et nécessaire aujourd’hui. »

Pari gagné pour Daniel Roseberry qui nous conduit dans son univers au travers d’une vidéo retraçant son processus créatif pour une collection qualifiée d’«imaginaire», toutes les silhouettes étant simplement croquées, mises sur le papier. Loin d’entraîner une quelconque frustration pour l’auditoire, les dessins du directeur artistique de la maison ne peuvent qu’enchanter, présentant à merveilles l’attitude voulue, les pièces que l’on devine déjà iconiques. Son coup de crayon unique, à placer aux côtés des plus grands illustrateurs de mode, entraîne le fantasme face à ces lignes fortes dessinant sous nos yeux une réinterprétation d’un emblématique chapeau-chaussure, un mètre-ruban comme leitmotiv, un rose shocking pour rehausser le tout, des volumes démesurés ou, au contraire, proches du corps avec des découpes d’un glamour saisissant. Les yeux et les cadenas sont également récurrents au sein d’imposants bijoux dorés, dans le même esprit que ceux de la collection précédente qui nous avaient enchantés. Chaînes, os, trous de serrure : l’ensemble pourrait sembler kitsch et frôler le mauvais goût. Il n’en est rien. Onirisme et séduction se mêlent pour créer une beauté que beaucoup pourrait qualifier d’étrange, la rendant ainsi fascinante et ambivalente. En bref, rien de tel pour nous mettre l’eau à la bouche tant nous sommes impatients de découvrir la collection qui serait achevée en décembre pour une présentation prévue à Los Angeles. En attendant ce moment, la vidéo de la « Collection Imaginaire » est disponible ici.

Daniel Roseberry étant bloqué à New York, la maison Schiaparelli s’est donc vue imposer une pause au sein de ses ateliers, certes, mais pas au niveau de la création stylistique, loin de là, ce qu’explique ainsi le directeur artistique de la maison, justifiant notamment le choix de cette collection et de sa présentation : « Le 29 juin 2020, je me suis réveillé tôt, je me suis préparé dans mon appartement new-yorkais de la 12e rue, j’ai mis mon masque et je suis sorti pour affronter une autre journée de vie en quarantaine. Il y a trois mois, j’ai été bloqué à New York alors que je faisais un rapide voyage de retour aux États-Unis. Depuis lors, je vis dans l’isolement pendant que la Maison Schiaparelli a fait une pause. Chacun a sa propre histoire d’isolement, certaines pénibles, d’autres tragiques, d’autres encore complètement solitaires. Les plus chanceux d’entre nous ont pu passer ce temps dans la nature, loin de la vie urbaine. Ma propre expérience a été partagée avec des millions d’autres habitants de Manhattan : c’était un privilège, mais rien d’extraordinaire. Ce qui était extraordinaire, en revanche, c’était la possibilité de se rendre à Washington Square un lundi matin et d’y esquisser toute une collection de Couture. La vie d’aujourd’hui est vécue selon des contraires ; la pandémie a inversé tout ce que nous connaissions. Maintenant, au lieu d’une équipe pour exécuter cette collection, j’ai juste ma propre imagination. Au lieu de la place Vendôme à Paris, elle a été dessinée et esquissée sur un banc de parc. Tout a changé, mais l’imagination, et la volonté de créer, n’ont jamais été aussi pertinentes, ni aussi profondes. Cette collection est un hommage à cette impulsion de créer. C’est aussi la raison pour laquelle le monde de Schiaparelli n’a jamais été aussi représentatif de notre époque. L’engagement d’Elsa dans le surréel, sa fascination pour l’inversion de notre réalité quotidienne, n’ont jamais été aussi opportuns. Cette collection est pleine d’hommages à son travail et à ses obsessions, faite à ma façon, dans de nouveaux termes. »

Crédits : captures d’écran de la vidéo présentant la Collection Imaginaire de Daniel Roseberry pour Schiaparelli, réalisée par Christophe Tiphaine

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Cloe Assire

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