Mode
La robe naissante d’Iris Van Herpen pour un monde meilleur

La robe naissante d’Iris Van Herpen pour un monde meilleur

14 juillet 2020 | PAR Cloe Assire

Le 6 juillet 2020 à 12h, la néerlandaise Iris Van Herpen dévoilait au monde entier non pas une collection automne-hiver 2020/2021 mais une robe porteuse d’un message fort en se voulant la métaphore d’un nouveau départ. Intitulée « Transmotion », ladite robe fut sublimée par l’actrice Carice Van Houten apparaissant sous les traits d’une nymphe des temps modernes depuis la caméra de Ryan McDaniels. 

Ce n’est un secret pour personne : l’approche d’Iris Van Herpen se veut conceptuelle et expérimentale par l’incorporation de technologies dans les savoir-faire traditionnels de la Haute Couture. Au cours d’une interview réalisée par Jessica Michault pour la plateforme de la Fédération de la Mode et de la haute Couture, la créatrice néerlandaise explique que l’absence de défilé a rendu la création moins stressante que d’habitude. D’un autre côté, le confinement a quant à lui compliqué les choses en contraignant ses collaborateurs à une interaction inexistante. Son travail étant basé sur le partage, Iris Van Herpen se vit obligée d’expérimenter avec son propre matériel et son équipe la plus proche. Six mois furent nécessaires pour réussir ce challenge. Pour cela, la décision fut rapidement prise de se concentrer encore davantage sur le concept, de l’explorer en profondeur : pas uniquement avec les vêtements mais aussi avec la présentation qu’il fut nécessaire de repenser dans le contexte du coronavirus. Dans ce sens, plus de libertés purent être prises même si elles furent contrebalancées par de nombreuses limites techniques.

Pour la designer, « Transmotion » devait refléter les derniers mois avec un concept axé sur la nature de la perception. Perception ô combien changeante dans un monde où tout est éphémère à l’image des nombreux reflets utilisés pour la mise en scène que ce soit à partir de miroirs, d’eau ou d’un délicat arc-en-ciel faisant écho à l’unique robe – diaphane – ici présentée. S’il n’y avait qu’un mot à conserver pour la décrire, il s’agirait indéniablement de « nurture », une notion notamment très chère à Neri Oxman du MIT avec qui la créatrice néerlandaise a collaboré par le passé. Iris Van Herpen, par l’intermédiaire d’une création unique, réussit à capturer le processus de changement, d’évolution de notre monde, en nous plongeant dans un état de méditation face à la beauté de cette robe composée de couches translucides d’organza de soie blanche plissée. Fragile et ondulante, nous devons en prendre soin, la façonner, l’éduquer à partir de contours non-définis que la designer semble avoir pris soin de rendre impalpables pour que rien ne puisse être figé – surtout pas la création. « Transmotion » n’est autre qu’une robe se voulant la métaphore d’une nouvelle espèce de plante, d’une nouvelle mode, d’un nouveau monde, dont les pétales, certes frêles, sont supportés par une structure, semblant être issue de nos erreurs passées. En effet, des branches noires de satin duchesse ont été découpées au laser, cousues à la main en vue de former les « racines » centrales du vêtement. Ces nervures viennent structurer le textile au centre de la pièce, rappelant que l’Homme est au cœur du changement à venir, lui qui a une importante capacité d’apprivoisement de la nature à laquelle il est grand temps de permettre une forme de renaissance. Cette dernière se voit ici symbolisée par de fins filaments, rappelant des pistils où les étamines prennent désormais la forme de cristaux noirs, des graines à l’origine d’une nouvelle vie qu’il nous faut protéger. L’espoir est donc le message-clé de cette robe qui attend non pas des brises mais des bourrasques de changements pour stimuler le potentiel de la vie afin de s’épanouir dans un monde meilleur.

Crédits : captures d’écran réalisées à partir de la vidéo de Ryan McDaniels présentant la robe « Transmotion » d’Iris Van Herpen

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Cloe Assire

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