Mode
Imane Ayissi donne ses lettres de noblesse à la couture africaine

Imane Ayissi donne ses lettres de noblesse à la couture africaine

13 juillet 2020 | PAR Cloe Assire

C’est à 19h30 le 7 juillet que la Fédération de la Haute Couture et de la Mode présentait la collection d’Imane Ayissi au travers d’une vidéo de 6 min 54 réalisée par Raphaël Wertheimer. Deux mannequins – Bintou K et Marion Roussignol – ainsi qu’une maquilleuse – Manon Cana – sont les seules personnes à y avoir pris part en plus du couturier qui a du sortir de sa zone de confort pour cette collection conçue et réalisée en pleine pandémie.

Né au Cameroun, c’est en tant que danseur qu’Imane Ayissi débute sa carrière avant de devenir mannequin lorsqu’il s’installe dans la capitale française au début des nineties. Il décide ensuite de se consacrer à plein temps à son travail de couturier entre haute couture et prêt-à-porter de luxe. En janvier 2020, il assurait auprès de l’AFP qu’«Avec ses tissages artisanaux et tapisseries ethniques, l’Afrique « a mieux à montrer » que le wax « colonial »». Son but n’est autre que de rendre ses lettres de noblesse à un patrimoine souvent délaissé et donc méconnu en mixant certaines traditions africaines à une dimension plus couture. Ses influences principales ? La danse, et donc, le corps. Inutile de montrer à quel point le travail de ce designer entre en écho avec le discours de Naomi Campbell pour le lancement de cette Fashion Week Haute Couture un peu spéciale car en ligne, le coronavirus ne permettant pas de rassemblements tels que les défilés. De plus, le couturier franco-camerounais inscrit ses collections dans une volonté de développement durable par l’utilisation de textiles ou teintures naturels en privilégiant un travail artisanal. Frustré par l’absence de défilé, Imane Ayissi a donc utilisé la vidéo comme un médium permettant de voir ce que l’on ne peut habituellement pas distinguer, le tout teinté de mélancolie. Vous pouvez d’ailleurs la consulter intégralement ici.

Pour sa collection Haute Couture automne-hiver 2020/2021, Imane Ayissi a décidé de présenter une ligne intitulée « Amal-Si » ce qui signifie « le grand malheur qui s’abat sur la terre » en langue Ewondo. La pandémie mondiale causée par le coronavirus est donc loin d’avoir laissé le créateur indifférent en le mettant au cœur de ses préoccupations entre problèmes matériels et existentiels. C’est à Paris qu’Imane Ayissi passe le confinement, période qui fut pour lui une véritable épreuve pour poursuivre son travail : les essayages sont annulés, les livraisons bloquées, les ateliers réquisitionnés pour la production de masques. A cela s’ajoute une remise en question intense sur les activités essentielles pour le soin de tout un chacun et sur la notion de bien-être en général. Les interrogations environnementales furent placées plus que jamais sous les feux des projecteurs. Pourquoi créer des vêtements supplémentaires lorsque les boutiques, fermées, regorgent de stocks de vêtements invendus ? La mode n’est-elle pas directement responsable de la dégradation du monde par son impact négatif sur l’environnement ?

Cependant, Imane Ayassi décide rapidement de créer une petite collection pour le mois de juillet étant arrivé à la conclusion que « les activités essentielles ne sont pas suffisantes et que le superflu est aussi essentiel à la vie » comme il le déclare à Hortense Assaga. Mode qui ne doit décidément plus être jetable mais porteuse de sens en relatant une histoire dans un contexte où il fallut renoncer à ses habitudes. A défaut de pouvoir recevoir le travail artisanal de différents pays africains, Imane Ayissi fait alors le choix de l’upcycling en créant une collection à partir de chutes de tissus entraînant un important travail d’assemblage. Le leitmotiv de la collection n’est autre que la juxtaposition de pastilles rondes ou arrondies venant protéger le corps à même la peau, épousant ses courbes comme l’écorce autour du tronc d’un arbre. La gamme colorée quant à elle donne une place importante à l’écru, rehaussé d’un rose shocking et de teintes plus douces comme des bruns, des orangés ou encore des gris bleutés semblant associés de manière abstraite comme sur la toile blanche d’un peintre.

Difficile cependant de reproduire à l’identique ces modèles qui seront donc adaptés pour d’éventuelles commandes selon la volonté des clientes. Un moyen comme un autre de revenir aux sources de la Haute Couture… Image Ayissi ajoute – à propos de cette collection manifeste – qu’elle est aussi « un hommage à la capacité de résilience des sociétés africaines, dont on voit que pour le moment elles se débrouillent plutôt mieux avec ce virus qu’en Europe ou aux États-Unis et qui de toute façon ont l’habitude des coups durs et s’en remettent. Plus généralement cela parle de cette capacité que l’on trouve dans la plupart des pays africains de faire de l’humour sur tous les problèmes et de créer de la beauté, parfois même de la joie à partir du malheur, mais sans l’oublier ou le cacher.[…] Amal-si c’est ça, faire quelque chose de beau malgré le malheur, pour le contrer. »

Crédits : Service de presse d’Imane Ayissi

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Cloe Assire

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