Théâtre

Questions d’identité au Théâtre de la bastille

13 janvier 2011 | PAR Christophe Candoni

Pourquoi sans même connaître le fond du propos de la pièce écrite par Gérard Watkins attribue-t-on à son titre un parfum de polémique. Attention, la question identitaire est un sujet sensible après la volonté politique de définir de manière hasardeuse et arbitraire ce qu’est « l’identité nationale » aujourd’hui. C’est un peu tout cela qui surgit en arrière plan à l’action décrite dans le texte édité par les Voix navigables et mis en scène par son auteur, lauréat du Grand Prix de littérature dramatique 2010,  au Théâtre de la bastille.

Watkins met en scène un couple d’aujourd’hui. Il traite son sujet par le prisme de l’intime. L’identité est avant tout une question de personne. Un décor blanc, plus dépouillé que misérabiliste, une certaine précarité demeure visible. Fin de soirée, très tôt le matin, couché sur le grand tapis du salon, faisant reculer le sommeil, ils boivent et lisent. Sur l’étiquette de la bouteille de vin, l’homme découvre un jeu-concours : « Voulez-vous gagner de l’argent? » est-inscrit dessus. Elle répond avec bon sens : « Ce n’est pas une question, c’est un ordre! ». Ils décident de participer au jeu, répondent à des tests douteux et, pris dans l’engrenage, doivent fouiller et dévoiler abusivement leur origine. Écrite en réaction à la proposition de loi sur le fait de faire passer des tests ADN à certains étrangers lors de regroupements familiaux, la pièce est une métaphore de la pression sociale exercée au nom de la transparence des individus, de la liberté individuelle entamée dans une société moderne au dépend de l’homme lui-même.

Le propos intelligent est mené avec pertinence, sans didactisme,mais avec un trop plein de sérieux et de froideur. On décroche parfois car la représentation est plombée par le hiératisme excessif du jeu. Pourtant Anne-Lise Heimburger et Fabien Orcier sont de bons acteurs : elle, son personnage fait la grève de la faim, joue un petit être tout fragile sans force, la voix aigre et pâteuse. Elle est impressionnante. Lui aussi, est d’une grande justesse. C’est une performance qui gagne notre intérêt malgré l’ennui pesant à certains moments. Cette pièce sera aussi l’occasion de faire naître un discours essentiel sur l’homme, la politique et notre époque. A noter, le dimanche 23 janvier à 17h, après le spectacle, la rencontre-débat sur l’identité, avec le Réseau d’Education sans Frontières et France Terre d’Asile.

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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