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Particulières à la Manufacture des Abbesses : le féminisme par le rire

Particulières à la Manufacture des Abbesses : le féminisme par le rire

20 avril 2022 | PAR Orane Auriau

La metteuse en scène Clara le Duc nous présente Particulières, une pièce de théâtre humoristique autour du féminisme menée par cinq comédiennes. 

 

Les corps féminins par la trivialité

C’est un sujet qui a le vent en poupe et dont tout le monde se saisit : le féminisme et le rapport des femmes à leur corps, versant parfois dans le feminism-washing – au cinéma, dans les séries, en littérature, dans les médias. Mais dans ce spectacle décalé, Particulières décide de traiter le sujet sur le ton de l’humour et par des thèmes touchant à notre quotidien : les règles, l’épilation, la sexualité, les violences sexuelles, en bref les contraintes sociales pesant de force sur les corps féminins. La pièce s’ouvre sur un anniversaire, l’interrogation d’une femme ne se « sentant pas femme », sur l’histoire d’un groupe d’amies se questionnant sur leurs vécus. 

Le rire cathartique

Non, il ne s’agit pas d’une pièce traitant avec profondeur ou gravité les contraintes subies par les femmes mais de tourner le tout en dérision. Certaines le font avec brio, mais ça n’est pas le but ici. Le spectacle se construit par tableaux, et les comédiennes se jettent dans des jeux de rôles dérangés – interprétant notamment littéralement des poils en guerre contre la cire. Mis à part ce moment sûrement un peu long, leur jeu et l’écriture est assez dynamique. Le tout se déroule avec fluidité et le temps ne se fait pas ressentir. Chloé Boutron, Agathe Fredonnet, Margaux Bonin, Ophélie Joy et Charlotte Lequesne se distinguent les unes des autres par leurs caractères singuliers. Leurs personnalités bien trempées donnent vie aux scénarios; on se moque ouvertement de l’incongruité des pubs pour les serviettes hygiéniques. Globalement, on pointe du doigt le ridicule de la perception de la société quant aux corps féminins.

En abordant le sujet du plaisir féminin, le clitoris a son propre rôle sur scène. Dans nos propres combats féministes, nous avons aussi besoin de ne pas nous prendre au sérieux -en témoigne l’épisode des amies féministes qui se battent-. Le propos ici semble être que le rire est nécessaire pour faire face à des problématiques importantes, voire qu’il y tient un rôle de premier plan. Il nous déculpabilise en effet et nous fait comprendre qu’il n’y a pas de honte à avoir subi ces injonctions à la féminité. 

 

A  la Manufacture des Abbesses, 7 rue Veyron 75018 Paris.
Jusqu’au 25 mai

 

Visuel : Particulières. © Manufacture des Abbesses

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Orane Auriau

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