Théâtre

Les Trans sont des gens comme les autres (ou l’extraordinaire au quotidien)

Les Trans sont des gens comme les autres (ou l’extraordinaire au quotidien)

07 février 2019 | PAR Paul Fourier

On a revu au théâtre de la Bastille le beau spectacle présenté en juillet au Festival d’Avignon.

Ils sont sept. Elles sont trans* et ils racontent leur histoire par bribes, par anecdotes. Elles sont telles que dans la vie, habillés comme, un jour, ils ont décidé de le faire et nous livrent les émotions, grandes ou petites, qui les ont traversées. Elles remontent parfois jusqu’à leur enfance et nous décrivent un peu du cheminement entre le moment où ils ont pris conscience de vivre dans un corps différent et aujourd’hui, après leur transition.
Depuis un certain temps, Didier Ruiz s’attache à écouter et à transcrire, à montrer, sans artifices, la façon que chacun a de raconter le monde. Après avoir travaillé avec des anciens détenus, le projet est parti sur un autre type d’enfermement, celui dans une enveloppe que l’on ne considère pas complètement comme sienne. Finalement, il le reconnaît lui-même, il est tombé sur des gens qui parlent plus de leur libération. Ce spectacle surprend, car, tout en s’arrétant sur les moments difficiles, il va vers la lumière et nous rappelle que oui, le monde peut, aussi, rendre optimiste.
Ils et elles ne sont pas des acteurs professionnels. Ils vivent à Barcelone, ville où la vie des personnes transgenres est probablement plus facile que dans bien d’autres endroits. Elles ont des métiers très divers (dessinateur, chauffeur de bus, manutentionnaire, coiffeuse). Aucun n’est travailleur du sexe.

On voyage dans différents espaces dans lesquels chacun est une individualité ; bien que rapprochés par une même situation, les artistes racontent des histoires différentes quant au rapport aux parents et à l’autre en général, le transphobe, l’homophobe ou celui qui ne comprend juste rien ; le comportement du père et celui de la mère sont parfois discordants, souvent inattendus ; et puis il y a celle des enfants. On a le regard du patron ou du collègue réagissant dans un monde de normes (économiques même), les interrogations par rapport à la ma(pa)ternité. Et il y a aussi les décisions et les conséquences de la chirurgie et des hormones pour transformer son corps avec comme limite ses propres envies, sa propre acceptation et celle des autres.
Le spectacle est basé sur un texte parlé, issu de dialogues entre Ruiz et les comédiens, des dialogues d’une forme simple, un langage quotidien sans recherche d’effets. Ils et elles racontent comment des choses normalement anodines, la parole d’une mère, l’achat de sous-vêtements peuvent être des grands évènements dans la vie de quelqu’un. Cette simplicité d’expression, sans emphase, sans pathos, nous touche directement au cœur.
Car finalement, ce que le spectacle nous montre, ce sont des gens comme les autres ou plutôt qui ont bataillé pour devenir comme les autres.
Les spectateurs ont fait une standing ovation aux artistes, une de ces manifestations de bonheur brut. Ils et elles nous ont parlé comme à des amis pendant une heure et on est vraiment fiers d’avoir été le confident de Clara, Sandra, Leyre, Raúl, Ian, Danny et Neus.

*J’ai fait le choix dans cet article d’alterner le « ils » et le « elles », les lecteurs comprendront aisément pourquoi …

Le spectacle sera le 12 février au théâtre André Malraux de Chevilly-Larue, le 14 à Fontenay-sous-Bois, le 28 mars à Choisy-le-Roi, le 14 mai à Mulhouse et le 16 mai à Evry.

© Christophe Raynaud de Lage / Hans Lucas

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