Théâtre

« Trans (Més Enllà) », Didier Ruiz nous trouble au festival d’Avignon

« Trans (Més Enllà) », Didier Ruiz nous trouble au festival d’Avignon

10 juillet 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Depuis vingt ans, Didier Ruiz importe les anonymes sur scène et dresse des portraits pour mémoire. Sa dernière création arrive au festival d’Avignon. Elle donne la parole à sept hommes et femmes transsexuels.

En 2014, Didier Ruiz nous parlait du superbe Dale Recuerdos, un fragile portrait de France. On lui avait posé une question qui commençait par « Vous faites du théâtre documentaire… ». Il nous avait coupé la parole et répondu « C’est vous qui le dites ! ». Nous n’avions rien compris. Sous prétexte que les comédiens n’en sont pas, qu’ils jouent leur propre rôle, il faudrait les sous-catégoriser en dessous de théâtre, en moins bien quoi.

Avouons que l’exercice est une immense prise de risque que le metteur en scène assume totalement. Ils ne sont pas professionnels, certes, mais ils sont merveilleusement dirigés et ont la force des « vrais ».

Sur scène, un par un, on découvre Neus Asencio Vicente, Clara Palau i Canals, Daniel Ranieri del Hoyo, Raúl Roca Baujardon, Ian de la Rosa, Sandra Soro Mateos, Leyre Tarrason Corominas. Ces noms sont leurs noms actuels, mais pas ceux de naissance. Tous ont changé de genre. Cela ne veut pas dire qu’ils ont tous été opérés. Certains ont un vagin, d’autres pas. « C’est pas forcément ce que tu vois à 100% » : « On a pas besoin d’un pénis pour être un homme », entend-on.

Et c’est là l’apport principal de la pièce : nous interroger, plus loin que jamais, sur ce qu’être un homme ou une femme, sur ce que cela veut dire à la fois corporellement et psychiquement

Les sept témoins se placent sur la scène tous en arc, bardés de grandes bâches blanches et circulaires, comme un cocon. La lumière  de Maurice Fouilhé  est très douce, blanche et belle. Nous découvrons que « transsexuel », cela ne veut rien dire. Les sept trajectoires vont de l’horreur au bonheur. Entre Danny à qui la maman a payé son opération et Leyre, que ses parents ont jeté à la rue, le spectre est immense.  Chacun se raconte et chaque récit croise celui d’un autre témoin. Le moment de la révélation, la transformation, l’espace public… tout avance ici, sans nommer les scènes, avec une fluidité parfaite.

C’est troublant. Souvent nous avons du mal à penser qu’il ou elle n’est pas né(e) dans le corps que nous voyons, tant il est évident que c’est cette enveloppe-là qu’il lui fallait. Après avoir travaillé sur les corps enfermés en prison (Une longue peine – 2016), Ruiz nous libère en nous montrant des corps libres qui sortent d’un système où il faut choisir son camp : femme ou homme. Les sept font étonnamment groupe alors qu’ils sont tous différents, non pas en raison de leur point commun, mais par l’unité bienveillante et belle qui se dégage sur scène.

Une pièce sensible, troublante et à voir seulement jusqu’au 16 juillet 2018 au Gymnase Mistral à Avignon, puis à Paris, du 4 au 10 février 2019 au Théâtre de la Bastille.

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Trans (Més Enllà) – Didier Ruiz –  © Christophe Raynaud de Lage

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