Théâtre
Didier Ruiz ausculte la foi au Théâtre de la Bastille

Didier Ruiz ausculte la foi au Théâtre de la Bastille

12 mai 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

En preview pro et presse, Didier Ruiz, le roi du théâtre documentaire, s’attaque, en clôture de son triptyque, aux croyants. Et, comme à chaque fois, c’est de l’orfèvrerie !

Voilà pas mal de temps que l’on suit ce metteur en scène dit documentaire. Lui n’aime pas le terme, la voit comme une injonction. Il préfère parler « de théâtre de l’humanité ». On le rencontre en 2014 lorsqu’il présente, dans ce même lieu Dale Recuerdos, une pièce sur la mémoire des « vieux ». Cela fait 20 ans que Didier Ruiz collecte des paroles et en laisse des traces lors de représentations théâtrales. Du théâtre oui mais fait avec du vrai. Vrais gens, vrais vêtements, vraie vie. Mais alors où est le théâtre ? Et bien dans l’éphémère de la représentation déjà, mais aussi dans l’art de mettre en scène et de rassembler ces amateurs très bien dirigés.

Que faut-il dire au hommes ? est la troisième et dernière partie d’un triptyque composé de Une longue peine où parlaient des anciens prisonniers et TRANS, un spectacle où témoignaient des hommes et des femmes transgenres. Ici le chemin vers sa propre vérité, sa liberté est autre. Sur le parquet qui orne la scène, il y a des tiges nouées comme des lianes, qui vont monter vers le ciel sans arrêt et vont se parer de plumes, de fleurs…Il est question ici d’élévation, de ligne directe avec le ciel.

Adel Bentounsi, Marie-Christine Bernard, Olivier Blond, Éric Foucart, Grace Gatibaru, Jean-Pierre Nakache et Brice Olivier ont en commun qu’ils ont tous la foi. Ils croient tous en Dieu. Mais quel Dieu ? En trois temps, ils racontent chacun leur tour, sans jamais parler à l’autre, leur parcours, de la révélation à la pratique. S’ils ne se parlent pas, quand ils partagent la scène, ils s’écoutent, se respectent, ne se jugent pas.

Comment l’un est devenu Chaman en ayant eu la sensation intacte de quitter son corps, comment l’autre accomplit sa Bar-mitsva en disant merde à la méthode désuète utilisée par le rabbin, comment elle qui cherchait à Paris le vivre ensemble laïc y trouve le protestantisme et devient pasteure ! Comment elle prend des chemins de traverse pour comprendre que ce en quoi elle croit, c’est Jésus-Christ. Comment lui comprend qu’être musulman est une histoire d’attitude, et comment ce prêtre dominicain a embrassé sa vie cellulaire pour ne pas avoir à dépendre ni du sexe, ni du pouvoir, ni de l’argent. Tous ont une bonne raison d’avoir choisi d’y croire. Mais croire en quoi ? Le chaman dit « croire en moi même », le prêtre que « la vie est parfois plus puissante que les vœux ».

Comme toujours chez Didier Ruiz, nous sommes sur un fil bien tissé où le doute est roi. Comme dans ses précédents spectacles, ce qui compte c’est le parcours de vie, c’est bien cela qui est sacré pour lui, le parcours de vie. En préambule du spectacle , un homme chante « La vie est une étincelle », Didier Ruiz rend la flamme pérenne et lumineuse.

Visuel © Emilia Stefani

Du 19 au 22 mai à 19H, fin du spectacle à 20H20.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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