Théâtre
Jacqueline et Marcel et Pierre (Choderlos de Laclos) (s)ont encore frappés

Jacqueline et Marcel et Pierre (Choderlos de Laclos) (s)ont encore frappés

03 août 2022 | PAR Mathieu Dochtermann

Dans la programmation du festival Chalon Dans La Rue, on a eu le plaisir de découvrir la dernière facétie de la compagnie de l’Art Osé, intitulée Les Dangereuses Liaisons. Une lecture du célèbre roman épistolaire qui ne se passe pas exactement comme prévu, un mélange de théâtre de rue, de boniment et d’une bonne dose d’improvisation, qui fait son petit effet sur les zygomatiques.

Jacqueline et Marcel, c’est le duo décapant qui compose la compagnie de l’Art Osé. Ces deux-là n’en sont pas à leur coup d’essai : on leur doit déjà une longue série de spectacles de théâtre de rue prenant pour point de départ – prétexte – quelque œuvre classique piochée chez Molière ou Tchekhov, qui se retrouve complètement dynamitée par la capacité d’improvisation hors norme du couple infernal.

Ici, le dispositif est un peu différent de d’habitude : Jacqueline et Marcel ont voulu tester l’effet donné par un lieu clos, à l’opposé des places ouvertes à tous vents, et d’un public convoqué et – plus ou moins – jaugé. Après les foules monstres qui se battaient pour les voir place du Théâtre dans le Médecin Volant (notre témoignage), on change quelque peu d’ambiance, pour une causerie littéraire entre gens – plus ou moins – bien élevés.

De fil en aiguille, on comprend bien qu’il ne s’agit pas tant de réellement lire les 175 lettres du roman, que de trouver mille manières de ne pas les lire. Le bon vieux principe du clown qui veut commencer, et qui foire tous ses départs… Si cela fonctionne, c’est que les deux interprètes sont toujours aussi fins – et quand on parle de finesse, on ne parle pas nécessairement de la forme d’humour, qui peut parfaitement glisser vers la grosse galoche et le rapt de bière, les habitués reconnaîtront, mais une grande sensibilité au public, à ses attentes et ses humeurs, à ce qui va le faire rire ou pas, au rythme qui convient à la situation, à comment relancer pour que l’ambiance ne retombe pas. Dans cet exercice, les deux sont des magiciens, avec un nombre de tours dans leur sac qui, si on les mettait bout à bout, feraient probablement au moins l’aller-retour Terre-Lune.

C’est donc drôle, loufoque, gentiment déglingue, et on rit toujours des gags et accidents, même si on en a déjà vu quelques-uns. Surtout, surtout, le génie de Marcel et Jacqueline est dans l’improvisation, et c’est quand ils se surprennent eux-mêmes à partir complètement en sucette qu’ils sont les plus délectables. Mais, justement, c’est là que leur dispositif ne les aide pas tout à fait : en se retirant dans un espace extérieur mais fermé, ils se coupent d’une bonne partie des accidents qui étaient le carburant inépuisable de leur moteur à enchaîner les conneries. Du coup, ce n’est pas qu’il n’y en a plus, mais il y en a moins… et on est frustré d’une partie du bonheur de les voir monter chez l’habitant, sauter sur le toit des voitures, emprunter le téléphone des passants, et tutti quanti.

Est-ce que cela vaut tout de même le détour ? Cent fois ! Mais si on a goûté à toute la folle étendue de leur talent, on en ressort en se disant que c’est moins décoiffé que d’habitude… à moins d’avoir la chance de tomber sur un public surinvesti qui à lui tout seul leur offre toutes les munitions dont ils ont besoin pour monter au 8e ciel, et nous emmener avec eux.

Il se dit que cet été les zigotos visiteront Genève, St Amand Montrond, Nieul et Aurillac… prenez-vous en main et jetez un œil au calendrier !

GENERIQUE

Distribution : Christelle Lefèvre et Pierre-Jean Ferrain

Coproductions : Archipel (Granville)

Avec le soutien de : Le Fourneau, CNAREP en Bretagne (Brest) / Les Ateliers Frappaz, CNAREP (Villeurbanne) / Les Zaccros d’ma rue (Nevers)

Visuel : DR.

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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