Expos
Le Liban à l’honneur à l’abbaye de Jumièges

Le Liban à l’honneur à l’abbaye de Jumièges

04 août 2022 | PAR Laetitia Larralde

En 2022, le département de la Seine-Maritime a choisi de mettre le Liban à l’honneur dans sa programmation culturelle, en marque de soutien au pays qui fait face à une crise généralisée ces dernières années. A l’abbaye de Jumièges se trouvent deux propositions : l’installation A roof for silence d’Hala Wardé et une exposition de photographies contemporaines, Au bord du monde, vivent nos vertiges. Au centre de cette saison libanaise, l’abbaye de Jumièges fait le lien entre la France et le Liban, comme au XIXème siècle, quand les artistes romantiques visitaient ses ruines et rêvaient d’Orient.

Quand le silence du choc remplace le bruit de la vie

Conçu initialement pour la Biennale d’architecture de Venise de 2021, A roof for silence s’est ensuite métamorphosé pour devenir itinérant. Présentée jusqu’au 24 juillet 2022 au Palais de Tokyo à Paris, l’œuvre s’installe jusqu’à l’automne au cœur de Notre Dame de Jumièges. L’architecte libanaise Hala Wardé est la chef d’orchestre de cette œuvre collective qui regroupe l’artiste et poétesse Etel Adnan, disparue récemment, le penseur et urbaniste Paul Virilio, le photographe Fouad Elkhoury, le cinéaste Alain Fleischer et les musiciens de Soundwalk Collective, accompagnés par Mika.

Né juste avant la révolution populaire libanaise, modifiée suite à l’explosion du port de Beyrouth de 2020, le projet se glisse dans un espace sans toit, une architecture en ruines. Les oliviers millénaires du village de Bchaaleh nous accueillent à l’entrée de l’abbatiale en photos de jour, et en vidéo de nuit. De là, nous remontons la nef en suivant une ligne de verre brisé, accompagnés par une musique qui se répercute entre les murs, mettant en place une atmosphère quasi mystique très enveloppante.

Arrivés au chœur, des Antiformes de Paul Virilio en verre soufflé représentant la coupe des troncs des oliviers nous mènent jusqu’à une coupole inversée reflétant le ciel. De là, plusieurs cercles s’étendent, comme des ondes de choc : les peintures d’Etel Adnan, Olivéa : Hommage à la Déesse de l’olivier, reproduites en céramique, les photographies de Fouad Elkhoury et des haut-parleurs diffusant des poèmes du recueil d’Etel Adnan, Night. Chacun de ces cercles s’aligne sur les sept chapelles aujourd’hui disparues de l’abbatiale, redonnant une forme au vide qui nous reste, par-delà les siècles.

Représenter le Liban aujourd’hui

Dans le logis abbatial, seize photographes et vidéastes libanais livrent leur vision du Liban actuel, de leurs réalités, leurs rêves et leurs questionnements. Pris dans cette succession et accumulation de crises, le pays se trouve dans un de ces moments de transition, où son destin pourrait tout aussi bien basculer vers le négatif que le positif. A l’image du cèdre de Jack Dabaghian, mort mais toujours enraciné, une frontière ambigüe se dessine entre tous les possibles perpétuellement tiraillée entre les paradoxes.

Mais malgré les difficultés quotidiennes et les drames, la vie continue, et avec elle l’espoir et la projection vers un futur différent. L’exposition pose la question : comment continuer à créer quand tout s’effondre, et dans quel but ? Où trouver la source d’inspiration, quand ce qui nous entoure perd de sa consistance ? En revenant à une forme d’essentiel : le paysage, l’eau, la linéarité du temps, les mémoires collectives et individuelles et l’imaginaire. Dans un éventail de styles et de techniques large, allant du collodion humide au polaroïd en passant par le photomontage et présentant des images réelles ou recomposées, les artistes interrogent les limites de la représentation photographique et de la documentation du réel.

Ces deux expositions de la saison libanaise nous montrent bien le paradoxe dans lequel vit le Liban aujourd’hui : un état d’entre-deux où tout peut arriver. Et les artistes créent pour documenter le présent et fabriquer l’espoir du futur.

A roof for silence
Du 15 juin au 06 novembre 2022
Au bord du monde, vivent nos vertiges
Du 09 juillet au 06 novembre 2022
Abbaye de Jumièges

Visuels : 1-2-3 – Vues in situ, A Roof for Silence de Hala Wardé, Abbaye de Jumièges, 2022-©HW – ©MD_A Roof for Silence / 4- La mort du Cèdre, Maasser el Chouf, 2021, Jack Dabaghian © Jack Dabaghian / 5- Caroline Tabet, Série Vies Intérieures- Antérieures, 2020, Tirage jet d’encre pigmentaire © Caroline Tabet / 6- Ouyoune Al Simane, 2019, Paul Gorra © Paul Gorra

Jacqueline et Marcel et Pierre (Choderlos de Laclos) (s)ont encore frappés
Paris en août : Les 5 expos de l’été en plein air
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture