Théâtre
“Héroïne”, un tribunal immersif au coeur de la ville

“Héroïne”, un tribunal immersif au coeur de la ville

19 août 2022 | PAR Lucine Bastard-Rosset

Le Festival d’Aurillac 2022 accueille au cœur de la ville la nouvelle création de la compagnie Les Arts Oseurs. Plongez dans un tribunal à ciel ouvert avec la pièce Héroïne de Périne Faivre. Une immersion totale dans le milieu judiciaire français. 

Un tribunal immersif 

Héroïne “vous invite dans un faux tribunal, aussi faux que sont vraies les histoires” qui y sont racontées. Ce tribunal en plein air réattribue au peuple sa justice, trop souvent laissée de côté par la société. Grâce à son dispositif à 360°C, le public quitte son rôle de simple spectateur en prenant part aux audiences. Un dialogue se met en place avec des comédiens qui s’assoient et déambulent au milieu des bancs dressés au centre du plateau. Le public n’est plus captif d’un spectacle mais a la possibilité de faire ce qui lui plaît : quitter les bancs pour y revenir, changer de place, aller aux toilettes, boire un verre ou encore manger. Un microcosme se crée, matérialisant l’espace du tribunal. 

Ce dispositif scénique confère à la pièce un ancrage fort dans le réel, accentué par un texte qui s’inscrit dans notre société en faisant référence à des faits réels. Divers mouvements sociaux et politiques sont mentionnés – tels que les gilets jaunes – et les récits de vie abordés sont tirés des échanges entretenus par Périne Faivre avec des familles ou des prévenus. Le milieu judiciaire est mis à nu grâce à de nombreuses explications : on découvre les différentes lois qui le régissent, les métiers ou encore les multiples instances judiciaires. Cet ensemble confère au spectacle un côté documentaire important. 

Un récit narré

Pour réaliser ce spectacle, Périne Faivre s’est immergée pendant treize mois dans le travail d’une avocate, la suivant quotidiennement dans son cabinet et au tribunal. De cette expérience sociale est né le récit de Héroïne, narré par la metteuse en scène. Elle devient son propre porte-parole, racontant ce qu’elle a vu, entendu et pensé, nous faisant part de ses questionnements et de ses sentiments. 

Cette narration est particulièrement présente durant la première partie du spectacle, délaissant les personnages qui deviennent l’illustration des propos tenus. Ce choix de mettre au centre le récit nous laisse extérieur aux situations présentées et il devient difficile de s’identifier aux personnages dont les histoires s’enchaînent rapidement. Au contraire, la seconde partie de la pièce laisse davantage la place aux personnages et au jeu théâtral. Les évènements ne sont plus amenés par une voix descriptive mais sont présentés en temps réel par les comédiens.

La facticité du théâtre 

Au réalisme de Héroïne se mêle la facticité du théâtre, le dispositif théâtral étant mis à nu. Au fil de la pièce, le décor se transforme à vue, modulé par des comédiens qui s’accaparent leur espace de jeu. Aucune coulisse n’est présente, obligeant les acteurs à se changer devant nous, les costumes étant installés sur deux immenses penderies. Cette théâtralité se retrouve également dans le récit avec des transitions et des passages abstraits. La danse krump et le dessin se joignent aux évènements, laissant les corps s’exprimer avec délicatesse et sensualité.

Un spectacle pluridisciplinaire 

Ce spectacle de quatre heures est porté par des comédiens, des musiciens, des plasticiens et des danseurs krump qui interprètent divers rôles : juges, avocats, condamnés, policiers, civils ou encore accusés. Ensemble, ils créent un spectacle pluridisciplinaire qui ne cesse de surprendre par sa forme. Le plasticien Moreno devient le dessinateur d’audience qui réalise des croquis sur les vitres transparentes du décor. De son pinceau, il immortalise les instants, créant une immense fresque vivante. Au dessin se joignent des bruitages réalisés en direct grâce à une perche et un micro. La musique live composée et jouée par Renaud Grémillon porte les situations présentées.

Ce sont surtout les instants de danse qui surprennent. Les deux comédiens-danseurs Kevin Adjovi-Boco et Emilie Ouedraogo Spencer réalisent des chorégraphies intenses qui accentuent les émotions ressenties. Le krump devient le moyen d’exprimer ce qui ne peut être dit par les mots, laissant le corps prendre la parole au milieu de tous ces jugements, discours et discussions.

 

Héroïne est une expérience théâtrale d’une grande originalité qui fait exister pendant quatre heures un tribunal en plein air.

Visuel : ©Lucille Corbeille

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Lucine Bastard-Rosset

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