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L’architectonique émotionnelle de Yann Cielat

L’architectonique émotionnelle de Yann Cielat

03 août 2022 | PAR La Rédaction

Se laissant guider par son « œil instinctif », l’artiste Yann Cielat est habitué à explorer les milieux urbains, qu’ils soient habités ou délaissés parfois depuis longtemps par les humains. Un petit condensé des photographies très signifiantes dont il est devenu coutumier est exposé à Rouen.

Par Valentin LAGARES

Des photographies aux atmosphères visuelles qui parviendraient à impliquer, voire parfois happer, le regardeur ou la regardeuse. Ainsi pourrait-on presque résumer la belle série « Émotions urbaines » du photographe rouennais Yann Cielat.

Exposés à L’Usine – un espace multi-usages dit de « coworking » situé à Rouen (76) – les travaux photographiques qui sont montrés au public constituent en quelque sorte un « melting-pot » du travail de l’artiste, selon ses propres termes. En réalité, nous sommes ici entraîné(e)s dans une brève traversée sélective – dans un condensé pourrait-on dire – parmi certaines des urbanités inspirantes qu’il parvient depuis longtemps à très bien capter ici et là. Les visuels actuellement visibles sur Rouen sont dispatchés sur deux petites salles.

La première partie de l’exposition s’intègre de toute évidence dans la mouvance dite de « l’urbex ». Directement issue du terme anglais « urban exploration », cette contraction langagière est désormais largement utilisée en France, sans toutefois avoir encore été avalisée officiellement dans nos dictionnaires. En l’espèce, cela désigne la pratique consistant à pénétrer dans des sites autrefois édifiés et utilisés par des humains avant d’être par la suite abandonnés, sur une période plus ou moins longue. Il peut s’agir de lieux assez difficiles d’accès, voire même théoriquement prohibés. Parmi les amateurs/trices de ces incursions non-officielles, les endroits les plus interdits peuvent être particulièrement recherchés, entre autres choses dans une quête d’obtenir un maximum d’adrénaline.

Dans la présente exposition, Yann Cielat nous livre quelques-unes de ses trouvailles visuelles issues de ses propres explorations attentives sur le champ de « l’urbex ». Les instants transcrits par son objectif apparaissent assez logiquement figés dans le temps… tout en comportant semble-t-il des fragments de vie et/ou d’activité. Ces derniers sont décelables (ou peut-être interprétables…) à travers un détail, une inscription, un objet, etc…

Une tactique artistique visuellement efficace

Opérée en contrebas de l’escalier d’un bâtiment que l’on devine inusité depuis fort longtemps, une prise de vue offre pour horizon palpable une fenêtre traversée de rais de lumière pénétrante. Sur un autre cliché opérant une plongée descendante sur le tourbillon d’un autre escalier, celui-ci en colimaçon, une lucarne située à l’un des étages se révèle également éclairante. Troisième exemple parmi ces lieux délaissés, à la fois inquiétants et intrigants : une vieille rame de train totalement décrépie, comme il en existe tant dans les cimetières ferroviaires à ciel ouvert. Un focus est délibérément effectué sur l’un des wagons, plus précisément sur une fenêtre caillassée sans doute avec violence. L’intérieur abandonné se devine. De l’autre côté du wagon, à travers une autre fenêtre, on note par contre le nez typiquement reconnaissable d’une rame de TGV en action. En somme : le passé mortuaire et l’avenir en mouvement mariés sur une même fixation photographique !

On croit ainsi deviner une tactique artistique (si jamais cela en était une…) visuellement efficace, d’une pointe d’intensité vivifiante, éclairante, réconfortante qui serait injectée pour peut-être nuancer une noirceur et une crasse ambiantes bien réelles. Le tout en respectant le contexte « urbexisant » (si l’on ose écrire) du lieu photographié.

Aux confins de la recherche architectonique

Autre pièce, autres ambiances… D’une toute autre nature tout en restant dans un jus urbain, la deuxième partie de l’exposition est elle aussi de nature à alpaguer. Diverses images sont très géométriques, le photographe prenant un malin plaisir (du moins le suppose-t-on) à brouiller les pistes à travers ses prises de vue captivantes. Droites ou incurvées, carrées, rondes ou quadrangulaires, prises de manière frontale ou à travers des angles savamment alambiqués et efficaces, une intention se perçoit dans les lignes presque dessinées par l’objectif mathématique du photographe. Les axes tantôt sont très centrés sur un contexte pouvant paraître familier, tantôt se révèlent plus subtiles en interprétations Mais qu’a-t-il donc voulu nous dire, d’aucuns ne manqueront pas de se demander. Peu importe pourrait-on oser répondre : l’essentiel est de savourer ces œuvres souvent fascinantes, que l’on situerait volontiers aux confins lointains de la recherche architectonique.

L’ensemble des clichés exposés à Rouen, tout comme ceux qui constituent l’œuvre d’ores et déjà foisonnante de Yann Cielat, constituent dès lors non pas une lucarne mouvante qui serait ouverte sur des parcelles de contextes bâtis, mais plutôt un délicieux appel du monde urbain auprès de la personne regardante.

« Casser le côté documentaire »

Petit détail qui n’en est pas un : il convient de ne surtout pas chercher une mention du lieu photographié, ni même une date du passage à l’acte photographique. En effet, l’artiste récidiviste évoque sa volonté délibérée de « casser le côté documentaire » de ses clichés et son souci de s’éloigner ainsi de ce qui serait une posture architecturale stricto sensu. À l’inverse, il revendique davantage d’être dans une « démarche plutôt graphique » dans laquelle il se laisse guider par son « œil très instinctif ». Et de préciser qu’il « marche à l’émotion visuelle », d’où l’évidence du titre de cette petite exposition.

En termes de parcours artistique, celui qui est par ailleurs dûment référencé comme « responsable audiovisuel » de l’Institut national des sciences appliquées (INSA, Rouen), n’en est pas ici à son premier coup d’essai en termes de monstration de son travail. Il a déjà à son actif une trentaine d’événements montés en solo ou en collectif, parmi lesquels une exposition itinérante montée à Arles en 2017. Son site internet personnel, tout comme ses réseaux sociaux (Facebook et Instagram), sont par ailleurs largement optimisés, ce qui contribue sans doute à ce qui pourrait s’apparenter à une boucle vertueuse, grâce à laquelle il trace patiemment son chemin. Une boucle perceptible, qui autorise à penser que nous sommes ici en présence d’un artiste sur lequel il faudra sans doute compter dans les mois et années à venir. Affaire à suivre, donc… !

Émotions urbaines. Yann Cielat, du 04 juillet au 12 août 2022 à Rouen, L’Usine, 09/11, rue du Renard, 76000 Rouen,Tél : 02.76.08.75.50. Courriel : [email protected]

Pour plus d’infos, cliquez ici.

Site web de l’artiste.

visuels (c) Yann Cielat

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