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Le WET° 2021 a tenu ses promesses

Le WET° 2021 a tenu ses promesses

30 septembre 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Organisé autour de Centre Dramatique National de Tours et de son directeur Jacques Vincey, le Festival Week-End Tours, le Wet°, continue d’être le tremplin festif pour la jeune création. Cette cinquième édition innovait en s’ouvrant à l’international.

Le Festival WET° est programmé collectivement par les membres du Jeune Théâtre en Région Centre (JTRC). La programmation est réalisée en complicité avec la direction du Centre dramatique national. Tourné vers l’émergence et la jeune création, le Festival WET° s’ouvre désormais à l’international en accueillant des propositions artistiques issues de toute l’Europe. Déprogrammé à trois reprises, le festival qui depuis sa création a lieu au printemps est exceptionnellement mis à l’affiche en septembre avec les créations des compagnies initialement retenues pour l’édition précédente.

La diversité des formes et des écritures

Le choix de l’hybridation des formes explique l’invitation de la bruxelloise Daddy Cie ! et de son Suzette Project, création jeune public qui interroge la vision de la famille, en mêlant au jeu foutraque des vignettes documentaires sous forme de vidéos.  Les comédiennes Nina Lombardo,  Anaïs Grandamy, Victoria Lewuillon y sont dynamiques, énergiques. Le propos est finement déplié et on découvre dans la bouche d’enfants l’origine difficile et nécessaire de la tolérance et du vivre ensemble. L’humour qui traverse toute la pièce assure l’attention du public jeune ou pas.

L’artiste associé au Théâtre Olympia, le dramaturge et performer Vanasay Khamphommala a écrit un texte dont il a le secret, entre excentricité et gravité. Dans  Monuments hystériques, il écrit et pense le religieux du 21ème siècle, une relation avec un religieux contemporain qui cherche à saisir le présent et à imaginer des lieux de rupture de notre espace de vie et de pliure du temps, un espace-temps ou l’imaginaire s’embrase pour produire une autre pensée. En extérieur, les jeunes comédiens de l’ensemble artistique investissent le  magnifique cloître de Psalette.  Autour d’un piédestal vide, en moins d’une heure, cinq personnes doivent créer et inaugurer un monument en résonance avec l’espace. Leur objectif sera d’inscrire dans nos mémoires le moment qui nous réunit, le ici et maintenant. Mais le passé s’invite et menace le projet commun. L’expérience spectateur mêle l’émerveillement devant l’intrigue foisonnante et les rires de la clownerie efficace. Tamara Lipszyc fabrique un personnage aussi drôle qu’inoubliable. 

Dans Vie et mort d’un chien traduit du danois par Niels Nielsen, (notre critique ici) une troupe plurielle et talentueuse nous embarque au sein d’une famille danoise, marquée par la disparition du fils aîné et taraudée de questionnements existentiels. Jean Béchetoille, l’auteur, s’y invente une autobiographie danoise pour explorer le deuil familial, son traumatisme et son énigme. Le geste intéresse.

Avec Maryvonne,  théâtre documentaire Camille Berthelot signe sa toute première mise en scène autour de son énigmatique grand-mère. Si le texte connait quelques faiblesses, il est rattrapé par une scénographie inédite. Le public est saisi, l’interprétation engagée et tout en finesse. On oscille entre rires, sourires et au final quelques larmes d’une émotion qui déborde. 

Une magnifique programmation dont une pépite

Notre séjour au Wet° confirme le haut niveau voulu et tenu par les organisateurs. Il confirme aussi la pépiniere de talents qui s’agitent autour de l’Olympia. La jeune pousse prometteuse met demain au présent. Chaque proposition surprend, intéresse et réjouit. Et puis il ya Op?, un spectacle créé à Avignon qui est un choc esthétique, (notre critique à la création ici). 

Danseuse, comédienne et performeuse, diplômée de l’École de la Manufacture à Lausanne, la danseuse gréco-suisse Mélina Martin, une heure durant, ressuscite Hélène de Troie et nous invite à suivre celle qui, mariée au vieux Ménélas, roi de Sparte, enlevée par Paris, prince troyen, fut à l’origine de la célebre guerre, celle de Troie.  Mélina Martin se glisse dans la peau de plus belle femme du monde pour questionner dans un spectacle mêlant la danse, le musique, la comédie et le stand up, l’actuel des femmes qui ont dû amender et réinventer l’amour, le mariage, le désir, recalibrer les rapports amoureux faits de lâchetés et de violence. Elle démarre sa pièce sur les  pointes et l’on retiendra sa virtuosité de danseuse. On se souviendra aussi longtemps de ses grimaces hilarantes, qui jamais ne ternissent sa beauté. 

Le festival WET° n’est pas constitué uniquement de sa programmation : il est aussi un lieu de rencontres entre les spectateurs, les artistes, et les professionnels. Il est un temps de découvertes, de fêtes, et de bienveillance. Nous ne saurions rendre compte du Wet° sans décrire l’ambiance jeune du public, une jeunesse de tout âge qui se régalent d’un spectacle très vivant, qui a gardé durant les mois de fermetures son dynamisme et sa vivacité.

Crédit Photo ©Sebastion Monachon

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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