Théâtre

Le tangible quitte le réel au théâtre de la Bastille

09 novembre 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« La compagnie Tg STAN fut fondée par quatre acteurs diplômés du Conservatoire d’Anvers en 1989. Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Waas Gramser et Frank Vercruyssen refusèrent catégoriquement de s’intégrer dans une des compagnies existantes, ne voyant dans celles-ci qu’esthétisme révolu, expérimentation formelle aliénante et tyrannie de metteur en scène. Résolument tournée vers l’acteur, refusant tout dogmatisme, voilà les mots clés qui caractérisent Tg STAN. Le refus du dogmatisme est évoqué par son nom – S(top) T(hinking) A(bout) N(ames) – mais aussi par le répertoire hybride, quoique systématiquement contestataire, où Cocteau et Anouilh côtoient Tchekhov, Bernhard suit Ibsen et les comédies de Wilde où Shaw voisinent avec des essais de Diderot. Mais cet éclectisme, loin d’exprimer la volonté de contenter tout le monde, est le fruit d’une stratégie de programmation consciente et pertinente. » A ce titre, « Le Tangible », présenté au théâtre de la Bastille dans le cadre du Festival d’Automne est un exemple « by the book » de leur travail.

Le Tangible voyage du côté du Moyen Orient, s’arrêtant en photo et vidéo à Ramallah en mélangeant les cultures littéraires. Le spectacle se compose de fragments de poèmes du palestinien Mahmoud Darwich et de la libanaise Etel Adnan, de récits du britannique John Berger et du palestinien Mourid Barghouti. Les textes sont dit en anglais-arabe-français par des comédiens et des danseurs invités de tg STAN et issus des quatre coins du globe . Des danseuses de Stavanger, de Toronto et de Gênes, des comédiens de Damas, de Naplouse et d’Anvers, des vidéastes de Ramallah se rassemblent pour parler autrement des conflits moyen orientaux.

La mise en scène de Franck Vercruyssen épurée et belle est constituée de trois panneaux vidéos et d’un plateau vaste. Sur scène, des danseuses évoluent une à une dans une chorégraphie d’inspiration contemporaine. Très vite, les danseuses croisent les deux comédiens, les images défilent , le son est lancé par un homme sur le côté. L’ambiance est guerrière et jazzy en même temps. Le sujet est posé, voila une guerre qui se glisse partout comme les mouvements dansés.

La comédienne s’avance et raconte son histoire d’amour avec un prisonnier qui évoque rapidement son statut de « martyr ». L’accent n’est jamais mis sur la réalité des événements et cherche à se concentrer sur le symbolique et le poétique. Les petits accidents de la vie viennent dire l’ampleur du conflit. Comment vivre l’absence de son conjoint enfermé. Le moindre détail rappelle le temps qui passe et l’ampleur de la perte. L’ensemble souligne l’absurde de la situation.

Le Tangible offre néanmoins quelques déceptions. Le rythme du spectacle s’essouffle doucement en ne permettant pas à l’attention de se fixer. Le texte est traduit en français et en arabe. La projection des traductions offre de belles images où le texte et les vues sur Ramallah se mêlent. Les Danseuses talentueuses parcourent le plateau simultanément au jeu de la comédienne, imitant le bruit des bombes et traçant les lignes des frontières et des barbelés.
A trop vouloir parler de la guerre par l’absence, nous en oublions le sens du mot « tangible ». Rien n’est évident dans le propos et rien n’est palpable. Le spectacle devient alors une œuvre belle et poétique s’éloignant du sujet traité.

Le Tangible, Théâtre de la Bastille, 76, rue de la Roquette,75011 Paris, jusqu’au 14/11, 21H, 01 43 57 42 14, 22€, Tr 13€

©Vik Brynjar

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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