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Vie de Tolstoï de Romain Rolland : réédition pour le centième anniversaire de la mort du grand romancier russe

09 novembre 2010 | PAR Coline Crance

Vie de Tolstoï est d’abord un hommage de Romain Rolland à un auteur qu’il a aimé et estimé. De 1885 à 1887 les œuvres de Tolstoï sont traduites en français et publiées. Elles connaissent un retentissement énorme chez la jeune génération d’intellectuels français tels que Romain Rolland. Tolstoï , homme torturé, excessif, prolifique et magnifique conteur de l’histoire russe va fasciner par ses idées et par la justesse et la force de ses textes. A l’occasion du centième anniversaire de sa mort, Albin Michel publie ou réédite un certain nombre d’ouvrages dont Vie de Tolstoï fait partie. Les livres sont disponibles depuis le 4 Novembre en librairie. Vie de Tolstoï aux éditions Albin Michel 20e

« Ces livres ont été pour nous ce que Werther a été pour sa génération : le miroir magnifique de nos puissances et de nos faiblesses, de nos espoirs et de nos terreurs », confie Romain Rolland dans sa préface.

Tolstoï, à travers son œuvre, à travers sa vie, est l’écho et le réceptacle des sentiments humains. La violence des passions qu’il a toujours décrite et qui l’a toujours portée, a fait de lui cet homme excessif, passionné dont la tragédie est d’avoir reçu «  une âme que l’amour consume », tragédie qui sera propre à la plupart de ses personnages. Romain Rolland dresse un portrait minutieux et littéraire du romancier. A travers ses divers écrits, textes, lettres et romans, il révèle les différentes facettes de cet homme torturé qui «  ne s’aimait pas ». Hanté par ses écrits et ses idées, Tolstoï ne semble trouver le salut qu’un temps, lors de sa rencontre et de son union avec Sophie Behrs, qui sera sa compagne toute sa vie et lui donnera treize enfants. Il écrira alors ces deux chefs- d’œuvre de la maturité, Anna Karénine et Guerre et Paix dont sa femme sert de modèle à la fois pour le personnage de Kitty pour le premier et pour celui de Natacha dans le second.

Mais malgré ce bien être familial rien ne pourra apaiser l’âme tourmentée de Tolstoï. Inquiet par son époque , en retrait du monde,  il constate l’impuissance de ses écrits. Incessant écrivain , et brillant visionnaire, il ne fait alors comme le montre Romain Rolland qu’observer la fin d’une époque , la perversion des arts et  celle d’une société à laquelle il ne croit plus et dont il ne souhaite obtenir que la rédemption et la mort.

Face à l’échec de créer un art , une littérature qui soit le reflet et le produit d’une cohésion universelle, il n’a de cesse de l’espérer en continuant à l’écrire ou choisissant l’échappatoire religieux. « L’art doit supprimer la violence et seul il peut le faire. Sa mission est de faire régner le royaume de Dieu , c’est-à-dire de l’Amour. »

Mystique et humaniste , il se réfugie dans la prostration dont La mort d’Yvan Illitch et La Sonate à Kreutzer en sont les exemples les plus probants. A travers ces deux livres comme le montre Romain Rolland , il oppose deux portraits de la société russe et exorcise ses propres hantises. La mort d’Yvan Illitch n’est finalement rien d’autre que le portrait d’un homme moyen «  vide de religion , d’idéal et presque de pensée, absorbé par sa fonction, dans sa vie machinale jusqu’à l’heure de sa mort où il s’aperçoit avec effroi qu’il n’a rien vécu. » et le mensonge qui l’environne.  Aveu, tristesse, La mort d’Yvan Illitch est l’un des plus sombres de Tolstoï tout comme la Sonate à Kreutzer est l’un des plus personnels.

La sonate a Kreutzer est loin de n’être qu’ un problème de Sonate. La Sonate chez Tolstoï est juste le symbole de cette musique violente trop riche d ‘émotions et de sens qui excite les dérives des sentiments humains et les complexifie. Œuvre intime,  féroce qui se venge elle-même de ce qu’elle a souffert, elle est narrée par le propre auteur de son crime opérant une sorte de rédemption à rebours par le biais de la parole . Ah oui !  Pauvre Posdnichev qui, aveuglé par la jalousie et la beauté de sa femme , pris sous le joug de cet air de musique qu’elle joue pour lui, ne considère plus cet instant musical que comme un moyen de le détourner de son attention pour qu’il ne puisse pas voir en elle cette femme adultère ! « celui qui regarde la femme – surtout sa femme- avec sensualité, commet déjà l’adultère avec elle ».Ce violent réquisitoire contre le mariage blesse sa femme qui lui répond par une nouvelle «  A qui la faute ? » et bouleverse la société littéraire russe.

A travers tous ces textes, Romain Rolland montre donc toute l’étendue , les contradictions , le génie et la folie de cet auteur visionnaire. Vie de Tolstoï est plus qu’une biographie. C’est avant tout un parcours dans l’imaginaire intime du grand romancier russe à travers ses mots et même ses derniers mots. Lui, qui le dimanche 20 Novembre 1910 peu après six heures du matin, appelait la mort «  délivrance » et qui la nommait « la mort , mort bénie ». Et elle vint.

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Coline Crance

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