Théâtre
« La trilogie de la vengeance », le porte-à-porte virtuose de Simon Stone

« La trilogie de la vengeance », le porte-à-porte virtuose de Simon Stone

28 mars 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Depuis Ibsen Huis, le compagnon de route d’Ivo Van Hove a imposé une façon très moderne de raconter les histoires de famille. A mi-chemin entre une série et une performance déambulatoire, cette Trilogie de la vengeance se déploie jusqu’au climax.

Trois scènes, A, B et C et trois publics. Chacun verra les mêmes parties mais dans un ordre différent. Certains suivront cette histoire qui mêle inceste et meurtres en flash-back, d’autres en chronologique et les derniers en flash forward.  Si les termes sont empruntés à Hollywood c’est parce que le cinéma et le monde de Netflix est une réalité pour Simon Stone, 35 ans, et déjà une carrière dingue. Son Gabriel Borkman a remporté plusieurs prix Nestroy, comme son Hotel Strinberg. Avec cette Trilogie, il pousse encore plus loin sa folie de faire des histoires en même temps, dans des espaces différents mais avec les même comédiens.

Dans Ibsen Huis comme dans Les trois sœurs, Simon Stone utilisait la maison comme matrice. Ici le système est légèrement différent, ce n’est pas dans un immeuble que nous sommes mais dans des pièces qui chacune a une fonction, par exemple, un bureau. Si le lieu est fixe, le temps ne l’est pas. Comme il sait très bien le faire, il croise les histoires, ici, entre 1982 et aujourd’hui et parfois dans une même scène grâce à un fondu enchaîné théâtral. Un dialogue s’efface pour en faire entrer un autre, sans changer de lieu mais en changeant d’époque.

Il est question de vengeance donc. Plus précisément, de femmes qui ont à se venger d’un homme. « Te faire du mal va peut être me faire du bien » dit Nathalie Richard à Éric Caravaca. Le texte assez quotidien est un mélange très digéré de Dommage qu’elle soit une putain de John Ford, The Changeling de Thomas Middleton et William Rowley, Titus Andronicus de William Shakespeare et  Fuente Ovejuna de Lope de Vega.  Ce qui fait sens ici c’est le décor et la façon dont les comédiennes et le comédien sont dirigés.

Elles, Valeria Bruni Tedeschi, Servane Ducorps, Adèle Exarchopoulos, Eye Haïdara, Pauline Lorillard, Nathalie Richard et Alison Valence, seront tour à tour l’épouse, la mère, la maîtresse, la fille, la sœur…du détestable et paumé « Jean Baptiste », seul rôle presque fixe campé par  Éric Caravaca.

Quand le puzzle commence à se mettre en place, on reste subjugué par la prouesse technique. C’est vraiment du cinéma, mais sans camera. En même temps, grâce à des jeux de portes, les acteurs passent d’un espace à un autre. Cela veut dire qu’ils changent de rôle, c’est à dire : de costume et d’attitude. L’idée est démente, presque irréalisable.  Il ne s’agit plus de jouer mais d’être dans l’instant très présent et très fugace d’un plateau éphémère.  Valeria Bruni Tedeschi nous happe en femme qui part,  Servane Ducorps est glaçante en assistante très particulière, Adèle Exarchopoulos, géniale en gamine de seize ans qui se trouve au mauvais endroit,  Eye Haïdara est une incroyable mère hors sol, Pauline Lorillard est troublante dans ses amours interdits, Nathalie Richard est fantastique en enquêtrice d’un autre genre, Alison Valence est si juste en jeune femme abandonnée ou ailleurs une autre en colère…

L’artiste associé de l’Odéon prouve une fois plus qu’il sait faire jouer les décors et permettre aux régisseurs de déployer tout les artifices que le théâtre peut offrir, sans limite. Dans l’une des scènes, la pièce vide devient une actrice, ourlée de néons qui l’illumine.  Comme dans Ibsen Huis, on a envie de garder l’image de cette construction gravée en nous. 

Virtuose.

Aux Ateliers Berthier jusqu’au 21 avril à 19h30 du mardi au samedi, 15h le dimanche, durée 3h45 ( avec deux entractes)

 

Visuel : ©Elisabeth Carecchio

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

One thought on “« La trilogie de la vengeance », le porte-à-porte virtuose de Simon Stone”

Commentaire(s)

  • Laurence

    C’est 1987 pas 1982 ;)

    avril 1, 2019 at 9 h 42 min

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