Théâtre
« La nuit animale » tente de semer le trouble au Festival Impatience

« La nuit animale » tente de semer le trouble au Festival Impatience

13 décembre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Hier soir se clôturait au T2G l’édition 2019 du Festival Impatience qui a remis son prix du Jury au très pop J’abandonne une partie de moi que j’adapte. Mais avant, la Compagnie Fleuve de Janvier n’avait pas pleinement convaincu avec sa Nuit animale au titre plus alléchant que sa réalisation.

Faire du théâtre fantastique est rare car difficile. Guillaume Vincent avait réussi à nous obliger à nous planquer derrière le fauteuil du voisin pour La nuit tombe, en 2012. Depuis on a rarement eu peur au spectacle. Charles Chauvet s’y essaie dans une posture qui se veut très contemporaine mais qui pêche dans sa structure par un formalisme très classique.

On a la sensation ici de fortes inspirations, Castellucci en tête de fil et de peu de singularité. Pourtant, il y a de l’idée. Nous sommes le soir de l’anniversaire de Clara (Isabel Aimé Gonzalez Sola), elle se prépare dans son studio, petit mais bien fourni : des plantes, un frigo plein et même un blender pour réaliser ses smoothies. Tout bascule quand son mentor (Luca Besse) vient inopinément l’entraîner à réviser sa présentation sur  » Du nomadisme à la mobilité des âmes : relations entre la vie quotidienne et les aspects spirituels dans les tribus Cashinahua et Yanomani ». Son sujet cache une bombe politique : « en 1968, un généticien et un anthropologue américains prélèvent du sang au sein des populations  Yanomani, peuple indigène d’Amazonie, sans leur consentement »

Très progressivement, et c’est l’idée du spectacle, le sujet et la chercheuse se mêle pour passer dans un au-delà fantomatique. Malheureusement, le rythme peine à trouver son juste tempo et la magie n’opère pas. Il hésite entre vraie lenteur contemplative où les corps sont posé comme des objets  et un vrai conte fantastique.  Il y a ici une belle recherche esthétique et un travail très propre qu’il faut saluer. Mais La nuit animale manque de rage, et cela est dommage. Sous des figures de style très actuelle, le spectacle respecte une structure théâtrale trop attendue où le récit se fait du début à la fin, et cette fin est ponctuée d’une chanson.  La sensation de déjà vu donne à cette illusion une teinte trop sage.

 

Visuel : ©Charles Chauvet

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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