Théâtre

« La Duchesse » de Clément Peyon, un Feydeau revisité

« La Duchesse » de Clément Peyon, un Feydeau revisité

21 septembre 2015 | PAR Constance Delamarre

Le jeune Clément Peyon a mis en scène La Duchesse, une pièce adaptée de La Duchesse des Folies Bergère, écrite par Feydeau il y a plus d’un siècle (1902), en aménageant le texte original et en recréant une mise en scène contemporaine mais sans toucher à l’histoire en elle-même. C’était au Vingtième Théâtre il y a toujours une semaine. 

Reprenant ainsi la trame de la narration de Feydeau – avec le fameux personnage de la Môme Crevette, une fille légère devenue duchesse après son mariage – cette adaptation s’installe dans un temps contemporain surprenant: la pièce s’ouvre dans un bar de strip-tease avec des filles presque dénudées dansant sur des barres de pole dance et des hommes en talons aiguilles pailletés.

Le premier acte, ajouté au texte original et se passant dans ce fameux bar, est un peu confus. La musique y prend une place prépondérante et efface presque les comédiens rendus inaudibles. Est-ce une manière de semer le doute sur chacun des personnages, qui finalement mènent tous un double jeu ? Sur les cinq acteurs présents sur scène, certains interprètent d’ailleurs différents personnages au cours de l’histoire, et les rôles homme-femme sont interversés. Une façon d’actualiser et d’intellectualiser le théâtre pour une jeune équipe de comédiens prometteurs reprenant cette pièce du répertoire.

Une fois le propos mis en place avec notamment l’ajout d’un personnage inexistant dans la pièce originale et servant à ouvrir le bal, l’adaptation de Clément Peyon reprend une narration plus claire avec ces inénarrables quiproquos entre les personnages, qui font tout le succès des vaudevilles de Feydeau pour le plaisir de nos zygomatiques. Malgré les mots du siècle dernier, le texte résonne et prend son sens dans un présent bien ancré, grâce à une mise en scène loin des salons bourgeois de Feydeau.

Bien que nous sentions cette volonté de rendre La Duchesse des Folies Bergère universelle – devenue d’ailleurs simplement  La Duchesse – par un jeu ambigu des acteurs et une mise en scène contemporaine, Clément Peyon semble pourtant s’être pris le pied dans le grand tapis doré qui sert à son décor: avec trop d’idées qui fusent mais qui ne sont pas exploitées jusqu’au bout, nous sommes finalement perdus dans ce désordre visuel. Le travail sur cette pièce mériterait d’être approfondi pour l’apprécier à sa juste valeur. Affaire à suivre, donc !

© Livia Colombani

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