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[Critique] « Bâtisseurs de l’oubli » de Nathalie Démoulin : un livre atmosphérique servi par une écriture somptueuse

[Critique] « Bâtisseurs de l’oubli » de Nathalie Démoulin : un livre atmosphérique servi par une écriture somptueuse

21 septembre 2015 | PAR Matthias Turcaud

Bâtisseurs de l’oubli nous présente une pléiade de personnages parmi lesquels Marc Barca, qui a depuis cinq décennies édifié un empire de béton, désormais menacé, et allant de Sète à la Grande-Motte, et sa belle-fille Rachel pétrie de désillusions quant à l’avenir de son groupe rock comme à ses amours avec Malek, le père de sa fille Barbara …

[rating=4]

Mêlant les trajectoires de plusieurs personnages en alternant le narrateur, passant de l’évocation d’un projet de construction monumental à celle d’Hannibal en passant par un groupe de rock, Bâtisseurs de l’oubli est un de ces livres dans lesquels le récit compte moins qu’une certaine atmosphère créée.

Le flux des descriptions, la richesse et la multitude des connaissances convoquées, l’aspect polyphonique du texte et le glissement fréquent d’un narrateur à l’autre tendent à rendre la compréhension du livre de Nathalie Démoulin parfois un peu ardue.

On est cependant complètement envoûtés et happés par une écriture somptueuse et altière qui se décline fièrement le long des pages en s’enorgueillissant de phrases à rallonge solennelles gorgées de subordonnées dans les ramifications desquelles on aime à se perdre. Exemples parmi tant d’autres de ces phrases à tiroirs empreintes de solennité p. 23 : « Sans nécessité d’un batteur, nous aurions joué seules, Marianne et moi, si semblables, avec nos shorts trop courts, nos colliers pendant jusqu’au nombril, nos cheveux taillés en franges épaisses, cinglant bravement nos guitares et mâchonnant au micro des paroles inaudibles, mais les gamins de quinze ans qui nous regardaient s’en foutaient bien, eux voulaient juste le tempo obsédant de ma basse, la frappe de la pédale sur la grosse caisse et nos cuisses nues en plein dans l’axe.« 

Dans cet écrin de choix ce sont peut-être moins des éléments précis du récit que l’on retient que des thèmes généraux tels l’incandescence de la jeunesse ou l’idée obsessive de vouloir laisser une trace. A lire, pour le traitement de ces thèmes essentiels et la splendeur du style !

Nathalie Démoulin, Bâtisseurs de l’oubli, Actes Sud, 202 p., 18 € 80, sorti en août 2015.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

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