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« Le Trophée » de Gaea Schoeters : Les chasses du comte Hunter White

« Le Trophée » de Gaea Schoeters : Les chasses du comte Hunter White

07 septembre 2022 | PAR Julien Coquet

Premier roman traduit en français d’une écrivaine belge, Le Trophée est une auscultation précise de la chasse dotée d’un suspense haletant.

À l’heure de la catastrophe écologique actuelle, la chasse est souvent présentée comme une pratique à changer, voire à interdire. Sauf que Hunter White, le personnage principal de Le Trophée, n’en a que faire. Il prend même l’avion très régulièrement depuis les Etats-Unis pour s’adonner à son passe-temps favori, ou plutôt sa passion. Formé à cet « art » par son grand-père et son père, Hunter a coché quatre des cinq big five au cours de ses précédents voyages. Le roman s’ouvre sur la chasse au rhinocéros noir, seul trophée qui manque au palmarès.

Le hic, c’est qu’Hunter White et son guide de chasse, Van Heeren, tombent bien sur le rhinocéros, mais mort. Braconné. Pour calmer son client et l’encourager à poursuivre la chasse sportive, Van Heeren propose à Hunter White une chasse bien particulière : abattre un homme de la tribu des bushmen, qui aura pour seuls moyens de défenses un arc et des flèches empoisonnées. Pesant le pour et le contre, faisant face à un conflit moral, Hunter White finit par accepter.

La force de Le Trophée tient en la qualité des réflexions autour de la chasse qu’il propose. On sent à quel point l’auteure, Gaea Schoeters, s’est renseignée, lisant sur l’aspect technique de la chasse, mais s’intéressant également aux questions philosophiques sous-jacentes. Dès le début, lors de la chasse au rhinocéros noir, le lecteur, condamnant d’emblée la pratique, se retrouve à pondérer sa position : « avec le chèque à six chiffres qu’il a payé pour pouvoir abattre ce seul mâle, il finance non seulement un programme de reproduction pour garantir la survie de l’espèce, mais il donne aussi au reste du troupeau une chance équitable de survie ». Le Trophée vaut également d’être lu pour ses descriptions de la savane africaine et par ses moments de suspens. Composé de peu de dialogues, le roman se présente comme une succession de scènes : la chasse au rhinocéros noir, la rencontre avec les bushmen, la proposition odieuse de Van Heeren… Tout tend vers la chasse finale lors de laquelle un homme blanc, lourdement armé, se retrouve à faire confiance à son pisteur. Une intéressante réflexion sur la chasse, ce sport et ce passe-temps.

« Touché, mais pas mort. Le cauchemar de tout chasseur, à l’exception de quelques rares sadiques. Quiconque prend plaisir à voir souffrir sa proie n’est pas un chasseur, mais un criminel. Toute personne ayant un quelconque sens de l’honneur préfère tuer d’un seul coup. C’est dans cette maîtrise que réside le plaisir de la chasse : atteindre le gibier d’un unique coup de feu de telle sorte qu’il s’arrête de courir sans jamais avoir su ce qui lui était arrivé. C’est une leçon que son grand-père lui a enseignée à la dure. »

Le Trophée, Gaea Schoeters, Actes Sud, Actes Noirs, 288 pages, 23 €

Visuel : Couverture du livre

Parution : 7 septembre 2022

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Julien Coquet

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