Théâtre

Christian Benedetti invente à l’Athénée un Tchekhov entre farce et Feydeau.

Christian Benedetti invente à l’Athénée un Tchekhov entre farce et Feydeau.

12 novembre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Christian Benedetti propose son Ivanov dans la grande salle de l’Athénée Louis Jouvet. À partir d’une nouvelle traduction, il tente d’imposer une version orientée farce du drame en quatre actes. 

 

Christian Benedetti poursuit son projet d’intégrale des pièces de Tchekhov débutée il y a sept ans avec La Mouette, puis La cerisaie dernièrement. Le cycle se terminera en 2020 avec Platonov. 

Il se confronte à la première pièce du répertoire, peu avant La Mouette, d’un Tchekhov de 27 ans.  Si la première version d‘Ivanov est une comédie, c’est en 1888 que Tchekhov la soumet à une révision la transformant en drame. Elle sera appelée désormais Ivanov drame en quatre actes.

Benedetti s’empare de la première version. La comédie est souvent plus brutale que le drame. La différence entre comédie et drame ne réside pas dans le dénouement heureux ou malheureux, mais plutôt dans la présence ou l’absence de certains éléments satiriques en particulier l’antisémitisme grossier de Chabeslski  atténué dans le drame. Benedetti, pourchassant l’origine de la comédie utilise pour sa traduction une version plus antérieure encore et non éditée où Ivanov meurt d’une crise cardiaque.

La première fois comme tragédie, la seconde comme farce

Dans cette entreprise de réécriture, il modifie le centre de gravité de la pièce et donne au personnage de Borkine violemment antisémite mais burlesque le statut de personnage central de l’intrigue. Le public attend chacune de ses apparitions comme on attend le Bouzin de Feydeau. La mise en scène est comme à chaque fois efficace et orientée vers le jeu des comédiens. Par une lecture très (trop?) littérale des pauses indiquées dans les didascalies les personnages se figent parfois. Les changements de décor, signature de Benedetti, sont exécutés par la troupe au complet et devant le public. La mécanique fonctionne.

On regrettera l’emploi façon Feydeau des portes au dernier acte. On accueille sceptique le sur-jeu de Borkine interprété par Christian Benedetti. La pièce souffre enfin des différences de talent entre les comédiens. Il n’empêche. Vincent Ozanon campe un merveilleux Ivanov mélancolique et au bord de la rupture. Il réussit admirablement la scène du raptus de son personnage insultant sa femme de  youpine, lui qui n’est pas antisémite. L’esprit de Tchekhov est magnifié; on retrouve ce qui fait la violence secrète de l’auteur russe et de son oeuvre : le constat du destin de l’homme toujours minable et toujours à se divertir à tout prix tout en marchant vers la mort. Et Christian Benedetti, côtoie et connait son Tchekhov depuis longtemps; sa version bien qu’étrange mérite d’être vue.

 

Crédits Photos ©Simon Gosselin

Ivanov
texte Anton Tchekhov
mise en scène Christian Benedetti

Athénée Louis Jouvet

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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