Théâtre
« Kliniken » de Julie Duclos, reflet hospitalier de la folie du monde

« Kliniken » de Julie Duclos, reflet hospitalier de la folie du monde

16 novembre 2021 | PAR Clémence Duhazé

Cette création de Julie Duclos, présentée dans le cadre du Festival TNB à Rennes, prend place dans un hôpital psychiatrique. Au fur et à mesure que l’on rencontre les différents personnages, notre prise de conscience de la dureté du monde s’aiguise.

Kliniken est adaptée d’un texte de Lars Norén, dramaturge suédois qui a souvent écrit sur les individus en marge de la société. Il a lui-même été diagnostiqué schizophrène et a été interné à 20 ans dans un hôpital psychiatrique. Julie Duclos rend ainsi hommage à l’artiste, décédé en janvier dernier, en explorant les questions relatives au milieu psychiatrique mais aussi aux raisons sociétales qui amènent les patients dans ces structures.

Des limites imposées à l’espace et au temps

Le décor reproduit parfaitement l’ambiance hospitalière : le sol en lino moucheté, les murs blancs, les doubles portes battantes… Un jardin se découpe également derrière une fenêtre. La lumière change au fur et à mesure de la journée, ne laissant aucun doute quant à la temporalité de la pièce. Tout cela participe à l’immersion du spectateur mais ne lui permet également aucune liberté, aucune échappatoire. Nous sommes nous aussi enfermés, là, avec les patients. Le sentiment de huit-clos est renforcé par la projection d’images sur les murs de la pièce, qui suivent les comédiens lorsqu’ils quittent la scène. Les couloirs obscurs du théâtre sont alors révélés, appuyant cette impression d’enfermement ; tout comme le fait la musique aux notes graves et dramatiques. Peu à peu l’on comprend que les patients sont là de leur propre gré, ou non, certains assommés par leur traitement qui ne leur laisse probablement que peu de volonté. 

Le milieu hospitalier incarne l’aliénation du monde

Le traitement des patients choque parfois. Le personnel qui les encadre ne s’en occupe pas vraiment et use de violence, notamment au moment où une patiente doit prendre son traitement mais ne le veut pas. Ce délaissement conduit les personnages à développer leur propre thérapie, comme le dit l’un d’eux au détour d’une scène « faut sans doute le faire soi-même« . La parole se délie entre eux et les traumatismes ressortent. La question de la folie du monde prend alors une place croissante au fur et à mesure de la pièce. Certaines femmes ont notamment subis des abus et se demandent pourquoi ce sont elles qui sont traitées à l’hôpital et non leurs agresseurs. Les rôles entre oppressés et oppresseurs se floutent. A qui revient la faute ? Julie Duclos donne une réponse partielle qui interpelle : la société, peut-être, et sa folie. Elle est représentée partout, tout le temps ; du ravage des guerres jusqu’au vide inquiétant qu’inspire une « vie normale » à certains patients. La révélation de la violence monte crescendo, levant le voile sur cette lourde vérité : « tout est tellement sale » . 

L’hôpital psychiatrique de Kliniken reflète le monde, dans toute son aberrance mais aussi dans sa grâce et sa poésie. Surprenantes, elles se mêlent à l’horreur sans jamais que l’on s’y attende. L’humour s’enveloppe parfois autour de certains personnages. Les patients aussi peuvent faire preuve de joie et de légèreté, sans savoir ce que cela cache parfois. L’une dit ainsi à propos de sa voisine de chambre « quand tout va au plus mal, elle rit« .

 

 

Kliniken, texte de Lars Norén et mise en scène de Julie Duclos, à retrouver à Rennes au Théâtre National de Bretagne, du 16 au 19 novembre. Puis au Théâtre de la Cité à Toulouse, du 1er au 3 mars 2022. Au Cratère à Alès le 15 mars. Aux Célestins au Théâtre de Lyon du 6 au 4 avril. A l’Odéon au Théâtre de l’Europe à Paris du 7 au 26 mai. Durée : 2h40 avec entracte.

Visuel : © Simon Gosselin

 

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Clémence Duhazé

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