Théâtre

John Malkovich loupe ses retrouvailles avec Les Liaisons dangereuses

John Malkovich loupe ses retrouvailles avec Les Liaisons dangereuses

25 janvier 2012 | PAR Christophe Candoni

Au théâtre de l’atelier, de jeunes comédiens français défendent avec fraîcheur et entrain une mise en scène anecdotique et peu inspirée de celui qui fut pourtant un magistral Valmont devant la caméra de Stephen Frears. Le projet de John Malkovich d’adapter au théâtre le roman épistolaire de Choderlos de Laclos aurait pu être passionnant mais paraît bancal à commencer par sa distribution. Le metteur en scène avait d’abord pensé à Vincent Cassel et Cristiana Reali pour les premiers rôles. Finalement, c’est à des interprètes encore inconnus que revient la charge de relever le défi.

John Malkovich entend bien démontrer que Les Liaisons dangereuses, c’est moderne ! Voilà qui est faire preuve d’une naïveté aussi inattendue que confondante. D’abord parce qu’il s’agit d’un chef d’œuvre de la littérature et qu’il va donc de soi que son contenu est de toutes les époques et qu’il parle aux spectateurs d’aujourd’hui. Donner à entendre la contemporanéité et l’universalité du propos ne peut tenir dans un simpliste et vain mélange des époques. Alors, il était bien superflu de faire apparaître téléphones portables et autres gadgets électroniques pour remplacer les lettres manuscrites. Cela n’est en rien choquant dans un vrai parti pris d’actualisation (ce qui n’est pas le cas ici) mais devient juste ridicule lorsque, plus tard, les protagonistes se battent en duel à l’épée comme au XVIIIe siècle. L’incohérence est redoublée par les costumes qui mêlent jeans et tee-shirt avec jabots de dentelles, robes à paniers et corsets. Curieusement, Coline Serreau a eu la même fausse bonne idée en montant Manon à l’Opéra Bastille et n’a pas été plus convaincante. En fin de compte, dans les deux cas, on a droit à des spectacles faussement modernes et bien peu radicaux.

Mais revenons à ces Liaisons dangereuses montées comme quelques metteurs en scène, de plus en plus rares heureusement, présentent encore Marivaux : le ton est léger et badin, manque de profondeur et surtout de complexité. On n’entend ni ne perçoit la perversité, le machiavélisme et la subversion. Et ce n’est pas les quelques scènes « choc » de nudité ou le fait de mimer une sodomie qui pimenteront cette nouvelle version qui relève plus du divertissement gentiment sage et sucré. On découvre des comédiens qui ne manquent ni de charme ni de présence mais au jeu souvent précieux pour ne pas écrire embourgeoisé. Ils manient habilement la langue même si c’est débité parfois trop vite. Ils prennent des poses, s’accrochent au « faire », au factice, au détriment de la sincérité et de l’émotion. L’ensemble souffre d’un côté trop propret. Yannick Landrein est bien séduisant mais un peu palot, bien que nettement plus solide que Julie Moulier qui lui donne la réplique. Des rôles plus secondaires attirent davantage l’attention : Rosa Bursztejn et Lazare Herson-Macarel ont de beaux tempéraments, de la malice, de la drôlerie.

Nous revient alors en mémoire l’exceptionnel Salle d’attente, le spectacle que vient de monter Krystian Lupa, lui aussi avec de tout jeunes acteurs sortis récemment des conservatoires. Ce grand maître de la mise en scène a lancé à ses acteurs au cours d’une répétition « Ca pue le théâtre !», une maxime que devraient méditer les jeunes comédiens du théâtre de l’atelier.

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

3 thoughts on “John Malkovich loupe ses retrouvailles avec Les Liaisons dangereuses”

Commentaire(s)

  • titus

    Entièrement d’accord avec votre critique !
    Quelle profonde déception ! C’est la première fois que nous quittons définitivement la salle à l’entracte.
    Fervents admirateurs de John Malkovich, nous avons réservé nos places dès la mise en vente et regrettons amèrement.
    C’est ce qu’on appelle un échec et John Malkovich n’a pas été à la hauteur de sa réputation après les succès des précédentes pièces (Hysteria, Good Canary).
    Grosse erreur de casting pour Valmont : même jeune, il aurait été préférable de choisir un comédien crédible dans ce rôle car celui qui l’incarne actuellement n’a aucune sensualité ni virilité. Paradoxal pour un amant réputé cumuler les conquêtes… Effectivement, Vincent Cassel aurait été parfait dans ce rôle !
    Il aurait été intéressant d’adapter complètement le texte original à l’environnement actuel plutôt que de placer ça et là un iPhone ou une tablette tactile…
    Regrettable.

    janvier 31, 2012 at 15 h 59 min

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