Théâtre

Isabel Osthues signe une Noce poussive au Vieux-Colombier

Isabel Osthues signe une Noce poussive au Vieux-Colombier

20 novembre 2011 | PAR Christophe Candoni

Dans La Noce de Bertolt Brecht que met en scène Isabel Osthues au Vieux-Colombier sur une tonalité clownesque hyper forcée, les comédiens de la Comédie-Française s’amusent et sont à la fête, le public, lui, l’est un peu moins.

Sans connaître le travail d’Isabel Osthues mais à la lecture de son parcours artistique en Allemagne, où elle a notamment travaillé au côté de Christoph Marthaler, et bien au fait des tendances sur-inventives de la mise en scène et de la dramaturgie outre-Rhin, on pouvait s’attendre à une radicalité plus tenace dans la représentation de cette courte pièce de jeunesse de Brecht. La metteuse en scène dirige avec superficialité ses comédiens unilatéralement vers la comédie, et la moins fine !, exploitant plus le grotesque que le sulfureux des situations proposées par le texte, qui n’est certes pas un chef d’œuvre, mais ce n‘est pas une raison pour ne pas prendre au sérieux ce qu’il raconte. Gageons que derrière la série de gags potaches à répétition que contient la pièce (l’ivresse des invités, les couples qui se défont comme les meubles se déglinguent dans le petit nid d’amour, les petits jeux d’humiliations et d’agressions…), il faut y voir une vraie situation de crise, tout un effritement de la sociabilité, le délitement d’une communauté et de ses conventions, la destruction comme une provocation anti petit-bourgeois.

C’est évident, le spectacle a de quoi séduire : une scénographie maligne, des costumes chatoyants, un rythme extrêmement vif, allègre, le parti pris d’une interprétation vivifiante et délurée qui frôle tout de même le surjeu mais on attend en vain le moment où tout bascule, l‘instant où l’absurde est tellement poussé qu’il tourne à la gravité ; et rien n’arrive de ce côté-là. Avec plus de férocité et une méchanceté plus nette, cette Noce serait encore plus percutante et plus drôle.

Une pantomime ouvre la pièce en rappelant le film muet et l’art du mime du début du XXe siècle à la Karl Valentin : l’arrivée des convives sans bonnes manières qui prennent place sur une photo de groupe est un passage obligé quand il s’agit de mettre en scène un mariage, Laurent Pelly et d’autres l’ont fait on ne sait plus combien de fois. Puis vient le temps des présentations, des embrassades et de l’installation à table. C’est déjà trop long. Le manque de précision et de mesure se fit sentir. Tout le spectacle devra en pâtir. Les comédiens sont pourtant à l’avenant. Dans une pleine énergie qui frise l’hystérie, ils se livrent à des pitreries énormes et parfois douteuses, n’ont pas peur du ridicule, ne ménagent pas leurs effets et offrent trop peu de ruptures. La pièce est chorale, tous ont une partition intéressante même s’ils parlent finalement assez peu. Citons quand-même Cécile Brune, fort drôle en mère autoritaire et castratrice, Stéphane Varupenne, qui assure l’ambiance surchauffée en séducteur lourdaud avec sa guitare et ses chansons grivoises, Félicien Juttner en poète exalté, l’amusante Véronique Vella, Elliot Jenicot pour sa première pièce dans la maison, et surtout Nâzim Boudjenah. Ce-dernier campe le rôle relativement ingrat du marié, mais pendant que ses camarades font leur show, il propose des nuances, des couleurs moins uniformes et une progression du personnage intéressante et réjouissante.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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