Théâtre

[Interview] Dimitri Karantzas : « Je crois que l’on peut raconter seulement avec le corps »

[Interview] Dimitri Karantzas : « Je crois que l’on peut raconter seulement avec le corps »

05 août 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Arrivé au Festival d’Avignon dans les derniers jours, le texte de Dimitris Dimitriadis,O kyklismos tou tetragonou ( La Ronde du carré ) mis en scène par Dimitris Karantzas aura été le spectacle le plus pointu et le plus avant-gardiste de cette 68e édition. Le metteur en scène grec signe à 27 ans son cinquième spectacle. Il présente actuellement Chacun sa vérité de Pirandello au Théâtre National d’Athènes et Hélène d’Euripide, dans le cadre du Festival d’Athènes.


Le spectacle a-t-il été créé pour le Festival d’Avignon ?

Dimitri Karantzas : Non, La Ronde de carré est une création pour le Centre culturel Onassis à Athènes. Nous l’avons présenté en octobre et nous avons reçu beaucoup de réactions diverses. L’une d’entre elles était que le public ne supportait pas la répétition, il quittait la salle excédé. Les autres ont beaucoup ri, surtout pendant la première partie, et cela, malheureusement, à cause des sous-titres et du grec était peu atteignable avec le public français. Mais à Avignon, le public n’est pas parti, il était subjugué par la répétition et une belle énergie a grandi tout au long de la performance.

Le public présent n’est pas parti, mais la salle était aux trois quarts- vide. Ce vide là faisait-il écho à votre récit ? Egalement, avez -vous volontairement choisi l’Opéra-Théâtre qui est un lieu vieillissant ? Votre décor délabré raisonnait parfaitement avec ce théâtre en décrépitude.

D. K. : Cela me semblait familier car à cause de la durée de la violence, ou de la répétition, beaucoup de gens partaient. Je n’avais pas choisi ce théâtre, mais c’était le seul théâtre vide et intérieur. Le spectacle demande une attention particulière au son et nous ne pouvions pas pour cette raison jouer en plein air. Et ce lieu, en raison de sa décadence, était parfait pour la pièce.

La pièce fonctionne comme une symphonie sans musique. Avez -vous voulu faire un travail chorégraphique ?

D. K. : Je désirais créer une voix chorégraphique. Une chorégraphie d’un chœur qui à la fin n’est pas un chœur mais une seule voix deseperée avec onze tonalités différentes

Avez -vous eu le désir de faire un spectacle silencieux, juste fait de gestes ?

D. K. : Je m’intéresse vivement à la façon dont le corps peut permettre d’accéder au sens. Je crois que l’on peut atteindre une narration nette seulement avec des corps qui se tiennent debout, qui respirent, qui bougent.

En Europe, la Grèce est devenue le symbole de La Crise. Le fait d’avoir demandé à vos comédiens de jouer de façon très expressive était-il un choix politique ?

D. K. : Non, c’était un choix personnel. Un choix existentiel bien éloigné de la crise financière. Je pense que c’est intimidant pour la Grèce d’être pensé comme un symbole de la crise mais les gens ont toujours le besoin d’étiqueter les choses afin de leur faire face.

Visuel : © Marios Valassopoulos

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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