Théâtre

Inconnu à cette adresse au théâtre Antoine

Inconnu à cette adresse au théâtre Antoine

23 mai 2012 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Après Thierry Fremont et Nicolas Vaude, c’est au tour de Samuel Le Bihan et Bruno Solo d’interpréter ce texte bouleversant qui exprime si parfaitement l’horreur que fut la Seconde Guerre Mondiale et le déchirement qu’elle a représenté dans nombre de foyers, les ravages qu’elle a fait dans tant d’amitiés, toutes ces morts, ces souffrances, ces tortures…

Deux hommes galeristes, qui travaillent ensemble partagent une passion pour l’art, la bonne nourriture et la dérision. Ils ont migré vers les États-Unis mais l’un d’eux décide de rentrer en Allemagne y reconstruire sa vie. S’engage alors entre eux une correspondance qui va faire basculer leurs vies et briser leurs destins en dix-neuf lettres. Max, celui qui reste aux États-Unis, est juif et assiste à distance au massacre de ses compatriotes, le seul réconfort qu’il pourrait trouver serait dans l’amitié qu’il entretient avec Martin mais ce dernier va basculer dans l’idéologie nazie…

Derrière le pseudonyme masculin de Kressmann Taylor se cache une jeune femme déterminée dont le texte fut un des premiers à dénoncer de manière si remarquable le nazisme et les atrocités qu’il a suscité. Annonçant de manière visionnaire les événements qui allaient suivre, ce grand auteur récidivera son engagement avec le bouleversant Jour sans retour qui raconte l’histoire vraie d’un jeune clerc  allemand qui fuit son pays pour venir témoigner aux États-Unis des horreurs qui se déroulent en Allemagne.

Aujourd’hui encore, Inconnu à cette adresse n’a rien perdu de son caractère poignant et délivre un message universel de paix et de tolérance qui ne pourra laisser aucun spectateur indifférent.  Bruno Solo et Samuel Le Bihan, qui débutent cette lecture paisiblement et avec jovialité, font monter crescendo l’émotion à mesure que s’intensifie le drame jusqu’à son sommet, inéluctable et déchirant. La guerre divise une vieille amitié, ceux qui croyaient se connaître, se comprendre et s’aimer se redécouvrent avec horreur dans la haine, la souffrance, le mépris et le dégoût. Cinquante minutes qui s’envolent en un éclair tant nous sommes pris par cette tragédie qui est une si expressive métaphore de la réalité.

Un spectacle unique à ne pas manquer dont la simplicité n’ôte rien de ses qualités bien au contraire, la place est laissée aux mots et la force de ces derniers inouïe.

Et le vainqueur du 42ème Prix Maison de la Presse est …
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Sandrine et Igor Weislinger

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