Théâtre
« Dear Prudence », Christophe Honoré et Chloé Dabert en itinérance dans les lycées

« Dear Prudence », Christophe Honoré et Chloé Dabert en itinérance dans les lycées

08 février 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il se passe quelque chose de fou au royaume de France, les lycées sont devenus les maquis de la culture. Un projet au départ social de la Colline, du Grand T, de la Comédie de Reims et du TNS devient un spectaculaire acte politique.

Au commencement il y a le théâtre

« Lycéens citoyens, sur les chemins du théâtre » est un programme qui fait se rencontrer des élèves de seconde de lycées professionnels et généraux à Paris, Strasbourg, Nantes et Reims autour d’un spectacle : Dear Prudence. C’est un texte que Christophe Honoré a écrit pour l’occasion et qui est mis en scène par Chloé Dabert in situ, c’est à dire dans le lycée. Il y a cette idée belle et intacte qu’il ne faut pas avoir le budget d’un Thomas Jolly à Avignon pour faire théâtre, c’est à dire pour activer la pensée et l’imaginaire.

C’est donc devant une trentaine d’adolescents, 15 ans, que l’histoire se met en place. Elle est au départ très floue. Que fait ce papa (Olivier Dupuy) dans le bureau de ce prof (Sébastien Éveno) ? Pourquoi le tient-il responsable de la « disparition » de Jean, son fils ? Christophe Honoré s’attaque à l’un de ses sujets préférés : le père.  Ce pas de deux se joue face à face, de profil pour nous spectateurs, et un peu plus tard, à nouveau face à face mais à travers le public. Dans ce monde un peu étrange, le bureau est bleu à paillettes et la discussion n’a rien d’une réunion parent-prof. Dans sa mise en scène, Chloé Dabert met en lumière et en geste la fantasmagorie d’Honoré qui sait si bien dans ses spectacles rendre les rêves et les fantômes vivants.

Ensuite il y a un projet pédagogique

Le spectacle est le point de départ d’un parcours, un chemin théâtral. Les élèves des lycées devaient travailler en classes fusionnées entre filières professionnelles et générales. La Covid rend les choses plus complexes, c’est donc par lycée que le premier temps, celui de la découverte de l’œuvre, se fait. La représentation est immédiatement suivie d’un atelier entre les élèves, leur enseignant et les équipes du théâtre partenaire, pour Paris, la Colline. S’en suivra ensuite une semaine de résidence.

Alors pourquoi montrer cette pièce à ces adolescents ? Parce qu’elle soulève de nombreuses questions de fond et de formes toutes passionnantes. Sans tout vous dévoiler, il est question d’amour interdit, de culpabilité et de déplacement de rôle. Le père déborde. Est-ce normal ? Le prof a des sentiments passionnels. Est-ce normal ? Pourquoi Jean reste-t-il invisible ? Est-ce normal ?

« Peut-être es-tu trop jeune pour comprendre ? « 

C’est la question que pose le prof à Jean sur la boîte vocale de son téléphone. Le but du projet autour de Dear Prudence est justement de comprendre que non, ils ne sont pas trop jeunes pour comprendre. Bien au contraire, dans sa direction, Chloé Dabert s’amuse à inverser les émotions des comédiens, à les montrer dans leurs failles, et dans son texte, Christophe Honoré montre que tout est gris et qu’aucune certitude ne tient la route. Nous trouvons le père pervers, peut être est-il désespéré ? Nous trouvons le prof désarmé, peut-être est-il amoureux ?

Autant de questions sans réponse stable. Et c’est bien cela que ces élèves vont découvrir, que ne pas avoir de réponse n’est pas un problème, c’est même parfois une chance. Ils apprendront aussi, un peu plus tard, que oui les adultes dansent comme si leur vie en dépendait sur des vielles chansons. À 15 ans, ils trouvent cela drôle, après quelques chagrins, ils trouveront cela kitsch, triste et tellement beau.

Le spectacle, visible pour les professionnels, sera présenté à Strasbourg au lycée Kléber mardi 30 et mercredi 31 mars 2021 puis à Reims. Réservation auprès du service de presse.

 

Visuel : ©Tuong-Vi Nguyen-Autorisation Service de Presse

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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