Théâtre

Dans World of Wires, Jay Scheib joue à brouiller le réel

Dans World of Wires, Jay Scheib joue à brouiller le réel

15 novembre 2012 | PAR Christophe Candoni

Jay Scheib vient pour la deuxième fois à la Maison des arts de Créteil. Son nouveau spectacle, World of Wires, créé à New York et donné dans le cadre du Festival d’automne, se vit comme une expérience assez folle, originale et audacieuse dans sa forme comme dans son contenu. Il propose le simulacre d’une réalité apparemment sous contrôle et qui part en vrille. Tout pète les plombs et provoque le vertige et le rire.

Artiste féru de performance, de vidéo et de science fiction, Jay Scheib présente une réalité tangible, insaisissable, proche d’un cauchemar ou d’une hallucination, dans laquelle des personnages se débattent sans donner l’impression de maîtriser quoi que ce soit. Jay Scheib joue sur l’image qui est partout et impose une diffraction du regard sollicité à la fois par la multitude d’actions sur scène mais aussi dans des zones non visibles par le spectateur, et par la projection de celles-ci filmées en direct et diffusées sur plusieurs écrans de télévision qui décloisonnent l’espace. Le spectacle met en scène des situations anodines appartenant à la sphère professionnelle ou intime qui délirent, dévient, se répètent et s’annulent en suscitant une impression de plus en plus prégnante d’étrangeté, de distorsion, d’irrationnel et laissent aller des débordements des sens, de désir, de violence, de folie.

Inspirée d’une série télévisée signée Fassbinder dans les années 60 dont elle récupère le titre « World of Wires, la pièce de Jay Scheib est fortement marquée par l’esthétique à la fois feutrée et criarde  du soap opera à quoi s’ajoute un clin d’oeil au reality show. Avec une intention délibérément ironique et provocatrice, elle joue à malmener tout ce clinquant publicitaire que véhiculent les médias en nous faisant pénétrer dans un environnement au demeurant chic et favorisé (des salons conviviaux  et des bureaux d’entreprise) qui s’avère être pourtant piégeant et séquestrateur, qui impose une promiscuité en ne favorisant qu’une communication restée au stade du virtuel et du pulsionnel entre les gens condamnés à vivre ensemble et séparément. Avec ce qu’il faut de loufoquerie, de mauvais gout, de faussement sensationnel, l’artifice se délite.

C’est avec amusement que l’on suit des acteurs géniaux dans une performance explosive et décapante, à la fois acidulée et un peu trash. C’est parfois longuet et répétitif. On rit en cherchant en vain le sens de tout cela jusqu’à ce que saute aux yeux une critique bienvenue de la transparence érigée comme modèle des sociétés modernes qui virent au naufrage.

 

photo © Paula Court, courtesy of The Kitchen

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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