Danse
À la MAC, un ballet somptueux en hommage aux Ailes du Désir

À la MAC, un ballet somptueux en hommage aux Ailes du Désir

30 mars 2022 | PAR Yohan Haddad

Sous la direction de Bruno Bouché, le Ballet National du Rhin réinvente le chef d’œuvre de Wim Wenders sous la forme d’un spectacle tout en finesse misant sur sa poésie ambiante.

Un monde poétique

Sur la scène de la Maison des Arts de Créteil, Les Ailes du Désir version ballet réinvente le film de Wim Wenders en un spectacle étonnant. Considéré comme un authentique chef d’œuvre, Les Ailes du Désir version cinéma est un véritable conte poétique qui raconte l’histoire d’un ange qui tente de quitter sa condition d’être immortel après être tombé amoureux d’une danseuse.

Le ballet reprend une partie de cette intrigue et y mêle une vingtaine de corps pour remplacer les acteurs. Le spectacle s’ouvre sur l’apparition de ces « anges » scrutant les estrades du théâtre, en hauteur par rapport à la scène et apparaissant comme les seuls éléments éclairés, le rideau n’étant pas encore ouvert. Ils scrutent les spectateurs, simples mortels, endossant cette responsabilité qu’ils ont de veiller sur notre monde. Le rideau finit alors par s’ouvrir, et le spectacle peut finalement commencer. La troupe de danseurs s’aventure lentement sur la scène autour d’un décor minimaliste composé de plusieurs cubes éclairés par une lumière sombre. Ces cubes vont changer de forme et de matière au fil de la danse, devenant tour à tour transparents puis opaques, laissant échapper une dynamique doublement poétique.

Séparée en deux parties par un entracte, Les Ailes du Désir laisse place durant son second acte à l’apparition d’un décor de ville filmé en hauteur et apparaissant par moments complètement flou, comme dans l’œuvre de Wenders, où la poésie l’emporte sur le classicisme. Cette idée se marie parfaitement avec le ballet, laissant entrevoir toute sa splendeur poétique à travers un enchaînement de séquences sans véritable rattachement, permettant au spectacle de garder un rapport cohérent  avec le film d’origine.

Sur les ailes de la danse

Au-delà de ces qualités techniques indéniables, Les Ailes du Désir propose un spectacle pouvant plaire à n’importe qui, adepte du ballet comme étranger aux spectacles de danse. Cette idée circule à travers une sorte de division apparaissant au moment de l’entracte. La première partie du spectacle reste relativement évasive sur ce qu’elle raconte, préférant multiplier les prises de risques scéniques. En témoigne cette séquence fantasmatique où un homme danse lascivement, comme sur une scène de night-club, tandis que les autres danseurs le regardent, avant de commencer à danser à leur tour. Dans la deuxième partie, le décor se voit bien moins utilisé au profit d’une performance plus classique,  voyant les danseurs s’adresser de manière plus directive aux spectateurs.

En allant plus loin que ces différentes qualités scéniques, il est important de noter l’utilisation ingénieuse de la musique tout au long de la performance. Elle permet d’appuyer cette ambiance semi-expérimentale qui imprègne le décor en mêlant aussi bien Jean-Sébastien Bach que du rock allemand aux influences psychédéliques.

Un dernier aspect important à noter est la qualité de la mise en scène, qui parvient à installer une sexualité latente, cloisonnant la représentation dans son ensemble. Tout le monde y est mêlé à un moment ou un autre, ce qui en fait un spectacle audacieux n’hésitant pas à déshabiller ses acteurs et ses actrices afin de restituer une ambiance mystérieuse et hautement sensuelle, emmenant le spectateur dans les clubs d’une ville urbaine, au beau milieu d’une soirée chaude des années 1980.

Les Ailes du Désir, par Bruno Bouché

D’après le film éponyme de Wim Wenders

À la Maison des Arts de Créteil jusqu’au 30 mars

Visuel : © Affiche du spectacle

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Yohan Haddad

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