Théâtre
Cuisine et dépendance au Festival Une semaine en compagnie

Cuisine et dépendance au Festival Une semaine en compagnie

11 septembre 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Depuis hier soir se tient à la Maison des Métallos et bientôt au TGP un festival de jeune création portant le doux nom d’Une semaine en compagnie. Focus.

Femme de Chambre

[rating=3]

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La soirée aura commencé pour nous par le spectacle Femme de chambre de Sarah Capony sur un texte de Markus Orths.

Lynn/ Linda est une blonde solide, un peu psychotique. On comprend vite qu’elle vole et s’obsessionne. Dans son monde, elle est utilisée. Contre un coup tiré une fois par semaine, le patron de l’Eden Hotel lui file un job de femme de chambre, elle tombera amoureuse d’une prostituée sans cœur, Chiara et épanchera en  mentant ses soucis dans le cabinet du psy.

La mise en scène fonctionne avant de s’essouffler, elle est composée d’îlots qui viennent dire le tout . Un néon « Telefon » et c’est une cabine. Un lit et c’est une chambre.

Si les comédiens jouent très sérieusement ( mention spéciale pour  Coco Felgeirolles en maman isolée ) et campent parfaitement tous ces personnages perdus dans cet autre Bagdad Café. Ici, tout le monde tourne en rond, centré sur sa propre folie.

Malheureusement, le texte est ici trop récité, amené avec un classicisme lourd. Cela vient ternir une belle mise en scène . Par un style trop convenu, Femme de chambre ne permet pas d’entrer dans  l’horreur de la vie gâchée de Lynn. On reste ici trop en surface, comme si nous étions dans un drame bourgeois, alors que tout ici est bien plus grave.

Modeste proposition

[rating=5]

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Coup de coeur en revanche pour La modeste proposition de Jonathan Heckel qui aprés avoir enchanté Tourcoing arrive à Paris.  Le jeune homme se transforme en boucher, au sens propre comme au figuré, pour en pleine lumière et viande crue dehors jouer les discussions de comptoir.

Son yaka-faut-que à lui, c’est le cannibalisme. Ben oui, m’sieurs dam’, si on mangeait les bébés des pauvres, il n’y aurait plus de problèmes, « c’est vrai ou pas » ?

Sa proposition folle tire sa raison d’un texte qui lui en est dépourvu. EN 1729, Jonathan Swift écrit un pamphlet d’humour noir : « Modeste proposition pour empêcher les enfants pauvres d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et de les rendre utiles au public.

Jonathan Heckel joue avec le public dans un trouble qui agit parfaitement : qui parle : le personnage ou le comédien ?  Il est sympa , très sympa, alors oui, on répond volontiers à ses questions sur la pauvreté dans le quartier et on accepte de picorer du saucisson avec lui.

Au fur et à mesure que les petits oignons revenus au sucre et au balsamique cuisent, nous, on sent monter le dégoût. on rit gêné. Mais personne ne sort. Il a dans son discours et dans son dispositif scénique réussit à capter un discours totalitaire tellement bête qu’y répondre devient difficile. Il aiguise son couteau, fait passer les bouts de viande sur sa nuque avant de les faire cuire…

Il nous coince, nous retourne l’estomac.. après ça… on devient végétarien !

Informations pratiques :

Femme de chambre : le 11 septembre à 18H30 et 21H45, le 12 septembre à 20H30

Modeste proposition : Le 11 septembre à 18H30 et 22H15 le 12 septembre à 18H30 et 22h15

Le festival se poursuit au TGP du 13 au 15. Toutes les informations pratiques se trouvent ici

.Visuels :

Femme de chambre : (c) t I. Porte – HP. Korchia

Modeste proposition : (c) Service de presse du théâtre du nord

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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